Ce renouveau catholique que révèle le nombre de baptêmes d’adolescents et d’adultes pour Pâques

Une catéchumène d’Italie reçoit le baptême du pape François lors de la messe de la Veillée pascale le 16 avril 2022 à la basilique Saint-Pierre au Vatican.

Atlantico : Plus de 12.000 adultes et adolescents seront baptisés à Pâques cette année en France. Derrière ce chiffre impressionnant enregistré par l’Eglise catholique, le nombre d’adultes (7100) progresse de plus de 30% en un an et celui des adolescents (5000) de plus de 50 %. Comment expliquer ce renouveau catholique et cette progression des baptêmes à l’occasion de Pâques ? Comment expliquer ce phénomène et quelle est la réalité de cet engouement ?

Jean-Baptiste Noé : Il y a en effet, depuis une dizaine d’années, une hausse régulière des baptêmes d’adultes : 3 400 en 2013, 5 400 en 2023 pour une moyenne d’environ 4 200 chaque année.

La foi catholique, que beaucoup disait en déshérence et destinée uniquement à une population vieillie, connait en réalité une nouvelle forme de dynamisme. L’accroissement du nombre de baptêmes est l’aboutissement d’un regain de la foi qui se manifeste dans de nombreuses démonstrations publiques du culte : les pèlerinages nationaux et locaux font le plein, il y a toujours du monde à la messe dominicale, les mouvements de jeunes, que ce soit le scoutisme ou les patronages, attirent et se développent. Ce qui se passe aujourd’hui, personne ne l’avait prévu il y a 20 ans et il y a 40 ans en arrière personne ne pouvait l’imaginer.  

À quoi est dû ce renouveau ? À plusieurs facteurs, mais notamment au grand dynamisme des laïcs, engagés dans de nombreux mouvements et associations, et aux familles catholiques qui, en France, ont mieux tenu qu’ailleurs en Europe, et qui sont les premières cellules d’évangélisation.

Bernard Lecomte : Ce chiffre est impressionnant, certes, parce qu’il vient contredire un long processus de déchristianisation de la société française. Le nombre de catholiques pratiquants ne cesse de baisser, en France, depuis les années 1960. Leur nombre tourne aujourd’hui, selon toutes les enquêtes, autour de 2 à 4 % de la population. En quelques décennies, les nouvelles générations ont vu le nombre de baptisés diminuer, au point que la transmission quasi-automatique de la pratique chrétienne s’est pratiquement arrêtée. C’est ce qui explique qu’on observe, dans les nouveaux baptisés, une telle proportion d’adultes et d’adolescents : il est bien fini, le temps où les familles françaises procédaient naturellement au baptême des nouveau-nés aussitôt après la naissance !

Mais cette hausse inattendue du nombre de baptêmes ne doit pas faire illusion. Il serait imprudent, pour l‘Eglise, d’y voir une inversion spectaculaire du processus de déchristianisation de la société française ! La chute des pratiques et des vocations avait atteint connu une telle accélération, depuis une vingtaine d’années, qu’elle occultait tous les phénomènes de conversion, de renouveau, voire de résistance assurant la permanence du christianisme dans la France d’aujourd’hui. Or, si l’Eglise catholique semble être devenus une association comme les autres, on aurait tort de ne pas souligner l’importance qu’elle a gardée dans le patrimoine, la culture, l’édition, les médias, etc, etc. 

Qu’est-ce que cela traduit et nous dit sur l’Eglise catholique et son évolution ? Est-ce lié à un regain de religiosité, de foi et de pratique ?

Jean-Baptiste Noé : Cela démontre que l’Église n’est pas morte et que toutes les analyses sociologiques et pseudo-marxistes portées depuis les années 1960 se sont trompées. Non seulement il y a un regain des baptêmes et de la foi en général, mais ces populations sont aussi en demande de messes mieux célébrées, de liturgies plus soignées et fidèles au missel romain. Les temps de prière, d’adoration au Saint-Sacrement et de confession sont en essor. La foi catholique n’est plus vécue uniquement comme le fait de participer à des activités sociales, mais d’abord et avant tout comme une rencontre personnelle avec le Christ. 

Bernard Lecomte : Ces chiffres montrent que l’Eglise catholique, même marginalisée, n’est pas en voie de disparition. La foi chrétienne n’est pas une mode fugace, un engouement passager. Elle est une donnée fondamentale de la culture française, comme on a pu le mesurer lors de l’incendie de Notre-Dame. Rappelons que la France est régulièrement qualifiée par ses dirigeants de « fille aînée de l’Eglise », une expression qui rappelle qu’elle s’est constituée en nation majoritairement chrétienne lors du baptême de Clovis en 496 ! On n’efface pas en quelques dizaines d’années plus de 1.500 ans de culture et de civilisation. On aurait tort de passer l‘Eglise par pertes et profits au prétexte que les églises de nos campagnes sont vides : l’expression de la foi, la spiritualité, l’engagement religieux n’ont plus les formes d’antan, mais elles perdurent dans une société elle-même en forte mutation.

Ce phénomène est-il lié à un engouement des jeunes ou est-ce plutôt lié aux adultes qui souhaitent être baptisés avant de se marier ?

Jean-Baptiste Noé : Si le nombre d’adultes baptisés augmente, c’est aussi que ces personnes n’ont pas été baptisées étant enfants. Le nombre de baptêmes d’enfants est en grande chute : 380 000 en 2000, 180 000 en 2019. Mais personne n’oblige ces enfants non baptisés à se faire baptiser adulte. Peut-être que certains demandent le baptême pour pouvoir se marier, mais cette cause utilitariste me parait peu recevable. D’une part parce que de moins en moins de monde se marie, et encore moins à l’église, d’autre part parce que le processus pour être baptisé est long, au moins 2 ans, de quoi décourager ceux qui n’ont pas une foi réellement ancrée.

Il est indéniable qu’il y a un réel retour de la foi, qui n’est pas majoritaire et qui reste faible au regard de la population générale, mais qui est réelle et en croissance.

Bernard Lecomte : Il est trop tôt, me semble-t-il, pour tirer des conclusions sociologiques aussi précises. Ainsi, une question se pose : ces nouveaux convertis, ces adultes qui n’ont pas hérité leur foi d’un baptême familial, vont-ils eux-mêmes baptiser leurs enfants ? Le renouveau de la foi passe-t-il aujourd’hui par les sacrements, les rites, et plus généralement par l’institution ecclésiale, ses règles, ses prêtres, ses références vaticanes ? Il est à noter que les nouveaux baptisés, quand on les interroge, parlent de spiritualité, de lumière, de générosité, d’amour, de fins dernières, voire de mysticisme, mais jamais de l’institution !

Est-ce prometteur pour les années à venir et pour l’Eglise catholique ? L’Eglise doit-elle revoir sa manière d’accompagner les personnes baptisées au regard de ce phénomène ?

Jean-Baptiste Noé : Tout réveil et tout regain est prometteur même si l’histoire n’est jamais gagnée d’avance. En revanche deux problèmes se posent à l’Église. Le premier est celui du temps de préparation au baptême, près de 2 ans, ce qui est trop long et trop fastidieux. D’autant qu’ensuite, et c’est le second problème, ces jeunes baptisés sont souvent peu accompagnés et beaucoup disparaissent. Le défi est donc de mieux accueillir et intégrer ces nouveaux chrétiens pour qu’ils puissent vivre leur foi après leur baptême.

Bernard Lecomte : Il est normal que les cadres de l’Eglise, prêtres ou laïcs, se réjouissent de cette « divine surprise » qui éclaire les fêtes de Pâques cette année. Un peu de lumière dans une période bien sombre ! De la Manif pour tous aux affaires de pédophilie, l’Eglise a connu bien des déboires et des drames, ces dernières années, qui ont assombri son horizon comme rarement dans une histoire pourtant mouvementée. Evidemment que ces chiffres vont faire l’objet de bien des réflexions chez les évêques de France, en particulier sur l’accompagnement proposé par l’Eglise à ces nouveaux arrivants. Mais on peut déjà parier que ces jeunes et ces moins jeunes ne vont pas se précipiter aveuglément dans des structures anciennes, dans des mouvements archaïques, dans une pratique religieuse dépassée : si les fondements et le cadre du christianisme restent les mêmes depuis deux mille ans, ce sont les croyants eux-mêmes qui portent les questions, les engagements, les débats internes, les pratiques nouvelles, les priorités vitales. Le christianisme est une religion vivante, et son avenir n’est inscrit nulle part !

Bernard Lecomte vient de publier « France-Vatican : deux siècles de guerre secrète » (Perrin, 2024)

Jean-Baptiste Noé a publié « François le diplomate. La diplomatie de la miséricorde » aux éditions Salvator

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Pâques 2024 : catholiques, protestants, orthodoxes, juifs : quelles sont les différences

La célébration de Pâques est l’occasion pour les chrétiens de célébrer la résurrection de Jésus-Christ trois jours après sa mise à mort sur la croix. Cette année, les protestants et les catholiques célèbreront cette fête dimanche 31 mars. Dans ces deux branches de la religion catholique, la date de Pâques s’appuie traditionnellement sur le calendrier grégorien. 

Elle est célébrée le premier dimanche après la première pleine lune qui suit l’équinoxe de printemps, fixé lui au 21 mars. Ladite pleine lune n’est pas celle qu’on observe dans le ciel, il s’agit plutôt d’une lune fictive dite « lune ecclésiastique ». Ainsi, la date de Pâques varie chaque année, mais tombe toujours entre 22 mars et le 25 avril

La date de Pâques dans le calendrier catholique et protestant peut différer de celle d’autres branches du christianisme, comme chez les orthodoxes. Le mode de calcul est le même, mais les orthodoxes s’appuient, eux, sur le calendrier julien. Il est donc courant que la Pâques orthodoxe tombe quelques semaines après la célébration catholique et protestante. Cette année, elle aura lieu le 5 mai. Il arrive parfois que les deux dates coïncident. La dernière fois que les catholiques, protestants et orthodoxes ont célébré Pâques le même jour, c’était en 2017, le dimanche 16 avril.

Qu’en est-il de la Pâque juive ?

La religion juive fête également Pâque, plus communément appelés « Pessa’h ». Ils commémorent la libération du peuple juif de l’esclavage en Égypte ancienne, raconté dans le récit biblique de l’Exode. C’est l’une des fêtes les plus importantes du calendrier juif et elle dure généralement sept jours, huit pour les Juifs orthodoxes. Cette fête est associée à beaucoup de pratiques et de rituels comme le seder, repas rituel qui se déroule le premier soir, ou encore la consommation du pain azyme, ou matzah. Cette année, « Pessa’h » débute le 22 avril. 

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Après 50 ans d’activité, le vestiaire du Secours catholique de Rambouillet est fermé

Les bénévoles de l’association humanitaire le Secours catholique de Rambouillet ont dû se résoudre à prendre la décision. Le dimanche 17 mars 2024, à l’issue de la braderie de printemps, qui s’est déroulée pendant trois jours, ils ont décidé de fermer définitivement le vestiaire après cinquante ans d’activité.

Le vestiaire permettait de donner des vêtements aux personnes défavorisées tout au long de l’année. Deux braderies étaient organisées par an, celles-ci permettaient de récolter des fonds pour l’association.

Le vestiaire était installé dans des locaux attenants à l’église Saint-Bernadette, dans le quartier de la Louvière. Deux raisons ont conduit les membres du Secours catholique à prendre cette décision : la baisse du nombre de bénévoles et la difficulté à les recruter, mais aussi la sécurité du local.

Le salon des métiers d’art de Rambouillet débute ce samedi 2 mars : « Le but est de mettre l’artisanat local en valeur »

Pas d’avis défavorable de la commission

La dernière commission de sécurité qui est passée dans les locaux, composée notamment de pompiers, » n’avait pas émis un avis défavorable, mais avait préconisé des conseils pour rendre les locaux plus dégagés « , rappelle Véronique Matillon, le maire de Rambouillet.

Face à la fermeture du vestiaire du Secours catholique, les bénéficiaires sont réorientés vers la Croix-Rouge et La Ressourcerie de Rambouillet.
 » On va faire un bilan suite à l’arrêt de ce vestiaire et réfléchir avec le réseau solidarités à la suite à donner », conclut Véronique Matillon.

Le Rambolitrain, musée du train jouet à Rambouillet, fête ses quarante ans avec Gérard Larcher et Christine Boutin comme invités

Claire Béguin

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Eglise catholique : hausse spectaculaire des baptêmes d’adultes et d’ados

Quelque 12 000 adolescents et adultes seront baptisés en 2024, un chiffre en nette hausse par rapport à l’année dernière. Une «tendance de fond», dont se réjouit l’épiscopat français, mais qui ne compense pas la déchristianisation de la société française.

Dans l’Eglise catholique en France, frappée de plein fouet depuis une dizaine de d’années par la crise des violences sexuelles, les bonnes nouvelles ne sont pas légion. Alors, les évêques s’accrochent, ces derniers temps, à l’embellie des baptêmes d’adultes et de jeunes qui sont en forte augmentation. D’après les chiffres de la Conférence des évêques de France (CEF) rendus publics ce mercredi, 7 135 catéchumènes adultes (les personnes qui postulent à ce sacrement) seront baptisés en 2024, ce qui représente une augmentation de 30 % par rapport à l’année dernière, où ils étaient 5 463. Traditionnellement, ceux-ci sont baptisés à la Vigile de Pâques, c’est-à-dire dans la nuit de samedi à dimanche.

Des marges de progression significatives

Avant l’épidémie de Covid, l’Eglise catholique enregistrait, chaque année, environ 4 500 baptêmes d’adultes. La progression constatée en 2023 avait été, à l’époque, analysée comme une compensation des cérémonies qui n’avaient pas pu se tenir pendant la pandémie. Le bond en avant de 2024 change l’optique. «Il ne s’agit plus d’un rattrapage mais d’une tendance de fond», estime Catherine Chevalier, directrice du service national pour la catéchèse et le catéchuménat de la CEF.

Ce rebond est confirmé par l’augmentation également très significative des baptêmes d’adolescents, ceux âgés de 11 à 17 ans. Selon la CEF, 5 025 ados seront baptisés, cette année, dans les 68 diocèses (sur 94) qui ont répondu à l’enquête. Là aussi, les marges de progression sont significatives, une hausse, en moyenne, de 50 %.

Parmi les 7 135 adultes qui seront baptisés en 2024, 36 % ont entre 18 et 25 ans. La population est également, c’est une constante, majoritairement féminine, 62 % de femmes pour 38 % d’hommes. Phénomène qui était majoritairement urbain, les demandes de baptêmes à l’âge adulte connaissent désormais une progression significative en milieu rural : 29 % des catéchumènes baptisés en 2024 vivent à la campagne. Leur origine religieuse se diversifie également. Si 61 % d’entre eux ont grandi dans des familles de tradition chrétienne, presque un quart provient de milieu sans religion et 5 % ont une origine musulmane.

Catholicisme en perte de vitesse

Le phénomène est trop récent pour donner lieu à des études approfondies qui expliqueraient ce rebond. «Les jeunes abordent la question de la foi de façon plus décomplexée que les générations précédentes», estime cependant Catherine Chevalier, qui évoque aussi «un besoin de fraternité, de tisser des relations». Selon la responsable de la CEF, l’épidémie de Covid et la crise climatique ont également mis en exergue une quête renouvelée de sens. De fait, les jeunes générations sont marquées par un retour de la religiosité comme le soulignait une enquête, publiée en décembre, sur les jeunes et la laïcité.

Quoi qu’il en soit, ce n’est pas, en France, le grand printemps du catholicisme, en perte de vitesse dans l’Hexagone. A preuve, les chiffres des baptêmes ont drastiquement chuté en vingt ans, diminuant de moitié. En l’an 2000, il y a eu en France 400 327 baptêmes et en 2019, leur nombre était tombé à 204 304. En 2020, le chiffre (le dernier disponible publiquement) était dramatiquement bas pour l’Eglise catholique, chutant à 93 464, mais il s’agissait de l’année des confinements liés à la pandémie. Pour l’institution, la flambée des baptêmes d’adultes et d’adolescents ne compense pas pour le moment, la déchristianisation de la société française.

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La librairie chrétienne Agapè, à Orléans, cherche un repreneur

Le couple qui gère la librairie chrétienne va prendre sa retraite. Geneviève et Nicolas Joanne, 64 ans, aspirent à un repos mérité. Mais ils ne veulent pas fermer sans avoir trouvé un successeur. Qu’ils promettent d’accompagner.

Agapè est la seule librairie chrétienne d’Orléans. Et même du Loiret. Elle a ouvert, à l’automne 2017, dans un grand local clair, très haut de plafond, à deux pas de la gare, au 79, boulevard Alexandre-Martin. Joliment aménagé, l’espace propose des livres, bien sûr, pour adultes et enfants mais aussi des bibles, santons, bijoux, produits monastiques… Elle prenait, en quelque sorte, la suite de la Procure, qui avait baissé le rideau six mois plus tôt.

Agapè a ouvert il y a 6 ans et demi, au 79, boulevard Alexandre-Martin.

Il a fallu quelques mois pour se faire un trou, un réseau, une clientèle. Mais aujourd’hui, elle est présente et fidèle. « Ça marche bien. Le chiffre d’affaires est même en hausse », résume Geneviève Joanne, devenue libraire en 2009, en ouvrant un premier Agapè à Nevers.

Y a-t-il trop de librairies à Orléans et son agglo ? Voici ce qu’en pensent les principaux intéressés

Cette librairie spécialisée répond à une demande. « On a une clientèle de tradition chrétienne. Des catholiques, des protestants. On a soit des particuliers qui vivent surtout dans l’agglo, soit des paroisses, salons et associations », complète Nicolas, son mari.

Accompagnement garanti

Maintenant qu’ils ont « fait la preuve qu’on pouvait en vivre », ils cherchent à passer le flambeau. « C’est un métier passionnant mais on commence à fatiguer. On a fait des très belles rencontres, eu de riches conservations spirituelles. »

Le couple projetait, dès l’ouverture, de partir à la retraite vers 2024-2025. « On a commencé à en parler dès le mois de juin dernier. On l’a annoncé dans nos réseaux : syndicat de la librairie française et cercles chrétiens. On a eu une piste qui n’a pas abouti. On a relancé en début d’année et on espère avoir des candidats sérieux et motivés. L’objectif, c’est de ne pas fermer. Cela nous ferait mal à nous mais aussi à tous nos clients. »

« C’était ça ou la fermeture » : en difficulté, la librairie Jaune Citron, à Orléans, lance un appel aux dons

Pour se lancer, Geneviève et Nicolas assurent qu’il faut « aimer les livres, les gens et la vie d’entreprise. Et être aussi porté par une dimension religieuse ou spirituelle ». Pour assurer la transition, ils se disent « prêts à accompagner la reprise le temps qu’il faut. Car on souhaite que ça marche ! »

Pratique. Les intéressés peuvent les contacter par mail à contact@librairieagape.fr ou au 02.38.73.49.58. Le fonds de commerce est estimé à 140.000 euros et le stock à 120.000 euros.Des livres pour adultes et enfants mais pas seulement.

Marie Guibal

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L’enseignement catholique privé victime… de son succès

Quand on demande à Armelle pourquoi elle a mis ses deux enfants dans le privé, elle parle de sa propre enfance. « Je me suis souvenue de mon passage dans le privé en CE1, après un CP difficile dans le public avec la méthode globale, du contraste avec ma nouvelle classe toute calme, tenue par une religieuse. Alors j’ai voulu la même chose pour mes enfants : du calme et des méthodes classiques. » Qu’importe que la méthode globale ait disparu dans le public depuis longtemps, ou que les religieuses soient devenues rares dans le privé. Comme de nombreux jeunes parents, Armelle est venue chercher à l’école privée catholique un cadre rassurant et des « valeurs traditionnelles », deux motivations fréquentes, selon un récent sondage de l’Association des parents d’élèves de l’enseignement libre, l’Apel.

« Peu de parents disent venir pour l’Évangile en tant que tel, reconnaît Vivien Joby, à la tête du groupe scolaire La Providence, à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine). Mais en creux, ils plébiscitent notre identité catholique, qui se traduit par l’attention aux élèves. Nos familles considèrent qu’on s’occupe bien de leurs enfants. »

À l’heure où les incertitudes sur l’avenir sont nombreuses, certains parents voient dans ces écoles une offre éducative rassurante, et une façon de donner « le meilleur à leurs enfants ». La Cour des comptes, dans un rapport de 2023, pointait aussi le poids des difficultés du public dans ce succès du privé. Les magistrats expliquaient avoir visité des établissements sous contrat, dans le cadre de leurs travaux. « Pour les parents rencontrés lors de ces visites, les établissements publics font souvent figure de repoussoir », notaient les juges. Ces familles avaient trouvé dans le privé une forme de refuge après que leur enfant a été confronté, dans le public, à des problèmes « de sécurité, à l’insuffisance des remplacements en cas d’absence des enseignants ou à la moindre personnalisation des relations avec l’équipe pédagogique ou de direction », listait la Cour.

Une capacité à répondre à des attentes différentes

Les établissements estiment, eux, que leur succès s’explique surtout par la souplesse, qui permet de s’adapter aux demandes des familles aujourd’hui en quête d’aide éducative pour leurs enfants. «Nous sommes face à un changement de société évident, les parents qui viennent chez nous cherchent des valeurs, des références », estime Catherine Redon, cheffe d’établissement de Notre-Dame de Bellegarde, près de Lyon (Rhône). Or, grâce au statut particulier du privé, qui bénéficie d’une liberté pédagogique et d’une autonomie accrue, il peut coller aux demandes dans l’air du temps, qu’elles concernent le bien-être des enfants, la performance scolaire ou encore… l’écologie.

Chaque établissement catholique est, en effet, régi par un projet d’établissement qui lui est propre et auxquels les parents doivent adhérer au moment de l’inscription. Le développement intégral de l’enfant, c’est-à-dire intellectuel, humain, spirituel, y est central, quitte à ce que ce grand principe se décline de façons très diverses selon les écoles. Par exemple, Notre-Dame de Bellegarde est un établissement écolabellisé dont tout le projet pédagogique est irrigué par l’encyclique Laudato si’.« Nous l’avons décliné en trois axes : apprendre à prendre soin de soi, des autres et du bien commun », liste Catherine Redon. De là ont germé des tas de projets pédagogiques : relaxation, yoga, mais aussi visites de la synagogue et de la mosquée voisines, « afin de connaître l’autre ». Sans compter divers projets solidaires : cross pour financer une école à Ouagadougou, pyramide de boîtes de conserve pour les Restos du cœur, ou carnaval avec les résidents d’un hôpital gériatrique…

Un statut particulier

Tout cela est possible grâce à l’autonomie des chefs d’établissement du privé. « Il me suffit de signer pour faire partir une classe en voyage scolaire au Liban ou remplacer un ordinateur dans la salle informatique. Nos collègues du public sont beaucoup plus contraints par les procédures, alors forcément ça les freine », avance Catherine Redon. « Nous avons les marges de manœuvre pour faire de nos classes des lieux d’expérimentation », confirme Lionel Fauthoux, à la communication des établissements lasalliens. Cette souplesse pédagogique est jugée « intéressante » par le neuropsychologue Johannes Ziegler, membre du conseil scientifique de l’éducation, qui confirme ce côté foisonnant. « Il est vrai que les enseignants du privé sont facilement partants pour mener des expérimentations dans leur classe. C’est stimulant », estime-t-il.

Vu du public, cette autonomie est perçue comme un atout, certes réel, mais qui ne serait que la partie émergée de l’iceberg. Didier Georges, secrétaire national du SNPDEN, principal syndicat des personnels de direction du public, concède que « le statut de chef d’établissement du privé est efficace », mais assortit aussitôt ce constat d’une réserve : « Ce n’est quand même qu’une partie de l’équation. C’est facile d’être bon quand on est autorisé à renvoyer dans le public les élèves qui ne font pas l’affaire. »

Beaucoup s’interrogent sur leurs pratiques

L’école privée se voit régulièrement accusée de creuser les difficultés du public, en attirant les meilleurs éléments. Ce reproche, très relayé ces derniers mois par les syndicats d’enseignants, trouve un écho auprès de nombreux personnels du privé. Nombre d’entre eux s’interrogent sur leurs pratiques de sélection notamment. « Je constate que certains collègues, et pas seulement à Paris, accordent une très grande importance au comportement pour sélectionner leurs élèves, reprend Vivien Joby. Il va peut-être falloir que ça évolue. »

Certains parents avouent qu’ils risquent de payer au prix fort les restrictions d’accès à l’école privée, liées à l’afflux des candidatures. Pour Paul Vitart, père de deux enfants scolarisés à Caen et trésorier de l’Apel nationale, l’un des défis de l’enseignement catholique dans les années qui viennent sera de jouer le jeu de l’accueil de tous. « J’ose espérer que les chefs d’établissement ne sélectionnent pas qu’en fonction des notes. S’ils le font, l’enseignement catholique court à sa perte, car la société civile ne l’acceptera pas », lâche-t-il.

Ces questions, qui traversent la communauté éducative, ne semblent pas entamer la confiance des familles, qui plébiscitent l’école de leurs enfants, comme le montre encore le sondage de l’Apel. Les récentes polémiques qui ont porté, par exemple, sur Stanislas à Paris, n’y ont rien changé. « Certains parents sont agacés, d’autres peut-être en colère, mais l’immense majorité ne reconnaît absolument pas l’école de leurs enfants dans la caricature qui en est faite », juge Gilles Demarquet, le président de l’Apel.

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Migrants déplacés depuis Paris : à Orléans, le coup de gueule du maire surprend les associations

Dans les cuisines du Secours catholique à Orléans, Joselle et d’autres bénévoles préparent le petit déjeuner de ce mercredi pour une centaine de bénéficiaires : beaucoup d’hommes, quelques familles et une part substantielle de ressortissants étrangers. Ces derniers mois, l’accueil de jour, ouvert toute l’année du lundi au dimanche, a connu un sursaut spectaculaire de son activité, franchissant régulièrement le seuil des 200 couverts par matinée. « Il y a deux ans, ils étaient 50 à 60. Les petites journées d’aujourd’hui sont les pics d’hier », avance Emmanuel Barbier, le délégué départemental de l’association dans le Loiret, qui compte dorénavant plus de 600 bénévoles.

Ce jour-là, Dominique Marc est venu prêter main-forte en cuisine. Depuis l’année dernière, ce bénévole de longue date du Secours catholique, préside aux destinées du Relais Orléanais, « la seule association de la ville à servir quotidiennement entre 250 et 300 repas chauds le midi aux personnes en situation de grande précarité », détaille-t-il. Comme au Secours catholique, il constate que « le volume des personnes accompagnées augmente d’année en année », tout en restant néanmoins très en deçà des chiffres de 2022, liés au début de la guerre en Ukraine, « où nous servions jusqu’à 450 repas par jour ».

Des associations surprises

Avec Dominique Guy, le président du Secours catholique du Loiret, ils ont été pris de court par les déclarations de Serge Grouard, le maire d’Orléans (ex-LR), qui au cours d’une conférence de presse convoquée à la surprise générale lundi 25 mars, a dénoncé l’arrivée dans sa ville de plus de 500 migrants en moins d’un an pour décongestionner la capitale à l’approche des Jeux olympiques et paralympiques. Selon lui, un car – affrété par les services de l’État – transférerait toutes les trois semaines entre trente et cinquante sans-abris depuis la capitale, saturant les dispositifs d’hébergements d’urgence : « 70 % des places dans les logements d’urgence de la métropole d’Orléans sont occupées par des personnes sans titre de séjour », estime l’édile.

Cet afflux de migrants ne serait, selon Emmanuel Barbier, « pas suffisant pour expliquer le sursaut d’activité des associations caritatives ». Dans la ruralité, où l’accompagnement de ressortissants étrangers reste très marginal, les courbes de l’activité suivent la même pente ascendante. « À Chatillon-Coligny, au sud du Loiret, nous recevions une dizaine de familles, toutes françaises, il y a quelques années. Elles sont plus de 70 aujourd’hui. » Dans un contexte de « dégradation économique générale », Dominique Marc se dit aussi incapable d’identifier les causes de ce sursaut : « Comme au Secours catholique, nous sommes un lieu d’accueil inconditionnel. Nous ne savons pas toujours exactement d’où viennent nos bénéficiaires », admet-il. « Il y a aussi une grande variabilité de la fréquentation selon les mois ou les semaines, à laquelle nous devons nous adapter. »

« Nous ne sommes pas dans la même situation qu’à Calais »

Dans un communiqué, répondant aux accusations du maire, la préfecture du Loiret indique que 134 personnes seulement sont restées dans des structures du département depuis mai 2023. « En dix mois, 519 personnes ont été prises en charge en région Centre-Val de Loire dans l’un des dix sas d’accueil, ouvert dans le Loiret en mai 2023. À l’issue de leur prise en charge, 146 ont été orientées vers le dispositif national d’accueil pour demandeur d’asile, 335 dans l’hébergement d’urgence – leur situation au regard du droit au séjour étant en cours d’examen – et les autres ont quitté volontairement le territoire ».

Ce qui inquiète dorénavant le plus les associations, c’est la fin prochaine de la trêve hivernale. « Cela risque de mettre en avant le manque criant de structures d’hébergements d’urgence », redoute Dominique Guy. Un autre bénévole abonde : « Pour l’instant, nous ne sommes pas dans la même situation qu’à Calais ou dans le XXe arrondissement de Paris : les SDF sont très peu visibles à Orléans. Qu’en sera-t-il au printemps ou cet été ? »

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Les Bourses européennes ouvrent quasi stables

Les Bourses européennes ont ouvert sans grand changement mercredi par rapport à la veille, la séance s’annonçant relativement calme, les marchés attendant la publication d’indicateurs d’inflation en Europe et aux Etats-Unis vendredi.

Vers 08H05 GMT, la Bourse de Paris était stable (-0,05%), tout comme celle de Francfort (+0,06%) qui avait battu des records la veille. Londres reculait légèrement de 0,13%.

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Budget de l’Ontario : qu’obtiennent Ottawa et l’est ontarien?

Le budget de mi-mandat du gouvernement Ford contient peu de mesures consacrées principalement aux régions d’Ottawa et de l’est ontarien. Cependant, il met de l’avant une augmentation des dépenses en infrastructures, dont celles qui visent la construction de logements.

Les municipalités d’Ottawa et de l’est ontarien avaient presque toutes signalé leur intérêt à voir une hausse des investissements en infrastructures dans ce budget pour faire face à la croissance de leur population et afin de répondre à la demande de Doug Ford de construire plus de logements.

Alors qu’Ottawa et l’est ontarien étaient parmi les oubliés des budgets provinciaux en 2022 et 2023, est-ce toujours le cas cette année? Je vous dirais qu’ils sont un petit peu moins oubliés ces derniers temps, croit la politologue Geneviève Tellier.

<q data-attributes="{"lang":{"value":"fr","label":"Français"},"value":{"html":"Maintenant, la Ville d'Ottawa fait partie un peu de ces grandes municipalités comme Toronto qui ont besoin d'un coup de pouce supplémentaire de la province. Et l'est ontarien n’est pas vraiment négligé en ce sens que les programmes qui ont été conçus […] –si on parle d’infrastructures, d’écoles, d’hôpitaux– il va y avoir un peu d’argent pour tout le monde, saupoudré à l’ensemble de la province","text":"Maintenant, la Ville d’Ottawa fait partie un peu de ces grandes municipalités comme Toronto qui ont besoin d’un coup de pouce supplémentaire de la province. Et l’est ontarien n’est pas vraiment négligé en ce sens que les programmes qui ont été conçus […] –si on parle d’infrastructures, d’écoles, d’hôpitaux– il va y avoir un peu d’argent pour tout le monde, saupoudré à l’ensemble de la province"}} »>Maintenant, la Ville d’Ottawa fait partie un peu de ces grandes municipalités comme Toronto qui ont besoin d’un coup de pouce supplémentaire de la province. Et l’est ontarien n’est pas vraiment négligé en ce sens que les programmes qui ont été conçus […] – si on parle d’infrastructures, d’écoles, d’hôpitaux – il va y avoir un peu d’argent pour tout le monde, saupoudré à l’ensemble de la province, souligne Mme Tellier.

La région peut être un peu moins favorisée qu’ailleurs, mais je vous dirais qu’on est plutôt égal sur ce qu’il n’y pas.

Une citation de Geneviève Tellier, professeure à l’École d’études politiques à l’Université d’Ottawa

Dans son budget, l’Ontario réitère qu’elle investira 1,8 milliard de dollars sur trois ans, à compter de 2024-2025, pour créer des projets d’infrastructure municipale permettant de bâtir des logements. La province en avait fait l’annonce jeudi dernier.

Images aériennes de la construction d'un ensemble résidentiel unifamilial à Bond Head, Ontario, au nord de Vaughan. Prise de vue le 1er mars 2024

Dans son budget, l’Ontario met de l’avant une augmentation des dépenses en infrastructures, dont celles qui visent la construction de logements. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Patrick Morrell

Cet argent sera distribué de deux façons : d’abord, par l’entremise d’un nouveau programme pour les projets d’infrastructure municipale et le logement, doté d’un milliard de dollars; puis par le Fonds pour les réseaux d’eau visant la construction de logements, doté de 825 millions de dollars.

En éducation, le gouvernement réitère ses intentions d’aller de l’avant avec l’agrandissement du Collège catholique Mer Bleue, dans le quartier d’Orléans, ainsi que de l’École secondaire catholique Paul-Desmarais, à Stittsvilles, annoncé en 2021.

L’Ontario annonce également dans son budget la création d’une nouvelle école publique francophone à Ottawa pouvant accueillir 475 élèves avec 49 places en garderies agréées.

En matière d’infrastructures routières, le gouvernement ontarien annonce qu’il construira un nouvel échangeur à l’angle de l’autoroute 416 et du chemin Barnsdale, près du quartier Barrhaven à Ottawa.

L’initiative vise à soutenir la croissance démographique et les projets de développement que prévoit la ville dans la région de Barrhaven-Sud, lesquels concernent notamment le logement, les zones commerciales et les zones d’emploi, peut-on lire dans le budget. Il n’est toutefois pas précisé quand sa construction doit être achevée ni quand les automobilistes pourront commencer à emprunter cet échangeur.

Par ailleurs, la province soutient dans son budget qu’elle va continuer de remplacer les ponts de l’autoroute 417, en plus de réparer les ponts et les ponceaux de la route 28 dans le comté de Renfrew.

En santé, l’Ontario maintient son financement pour le réaménagement du campus Civic de l’Hôpital d’Ottawa, et ce, dans le but d’en faire un des centres de traumatologie les plus avancés de l’est de l’Ontario.

À lire aussi : 

Dans la bonne direction, dit le maire de Clarence-Rockland

Le maire de Clarence-Rockland, Mario Zanth, se réjouit de la présence d’un fonds pour aider les villes à construire des infrastructures municipales et ainsi bâtir plus de logements.

Un homme qui est pris en photo.

Le maire de la Cité de Clarence-Rockland, Mario Zanth, voit du positif dans le budget provincial déposé mardi. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Rebecca Kwan

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Le maire d’Ottawa, Mark Sutcliffe, s’est également dit satisfait en raison des investissements en infrastructures et en transport en commun. Il espère parler au ministre des Finances de l’Ontario dans les prochains jours pour en savoir davantage sur la part du gâteau que recevra sa municipalité.

Avec la collaboration d’Alexandra Angers et de Frédéric Pepin

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Enseignement privé catholique : une autre école, d’autres valeurs

Dans un pays où les catholiques pratiquants ne représentent plus que 4 % de la population, la place de l’école catholique, qui scolarise toujours 2 millions d’enfants, interroge. Voire est source de tiraillements. Plusieurs polémiques récentes ont montré sur quelle ligne de crête se situent aujourd’hui ces écoles, qui doivent articuler l’anthropologie chrétienne et le respect de chacun, dans une époque où les fondamentaux du christianisme sont parfois mal connus et semblent se heurter aux évolutions sociétales.

Ainsi, à l’Institution Jean-Paul-II de Compiègne (Oise), l’interdiction de montrer un film consacré à Simone Veil a conduit au départ du directeur. Stanislas, fleuron des établissements parisiens, a été épinglé par un rapport d’inspection, qui lui reprochait notamment de rendre la catéchèse obligatoire, ce qui est contraire au contrat d’association avec l’État.

Comment une école catholique peut-elle désormais vivre sa spécificité? La réponse va d’autant moins de soi que les catholiques apparaissent plus divisés qu’autrefois, entre les tenants d’une religion ouverte sur le monde et ceux qui défendent un aspect plus identitaire. « L’équilibre est difficile à tenir : il faut réussir à transmettre notre spécificité sans la brader, tout en restant ouvert à tous », reconnaît une cheffe d’établissement parisienne, qui préfère ne pas être citée.

« Dans l’éducation catholique, la dimension universelle fait qu’on accueille tout le monde : mais est-ce que cela doit se faire au détriment de nos valeurs fondamentales ? », s’interroge un adjoint en pastorale dans un établissement marseillais. Il prend l’exemple de l’avortement : « Bien que je sois fondamentalement convaincu que c’est un droit essentiel, je n’inviterai pas dans l’établissement des associations qui en font la promotion sans recul. J’aurais tendance à choisir d’autres propositions, avec une position plus nuancée. »

Des attentes des familles très diverses

Les familles elles-mêmes ont des attentes très diverses, constatent les chefs d’établissement, qui sont choisis par leur tutelle – diocèse ou congrégation. Ce sont eux qui sont responsables du « caractère propre » reconnu par la loi Debré de 1959. Ce sont eux aussi qui reçoivent les enfants et leurs parents lors des inscriptions.

« On a affaire à tout un panel de familles : de celles qui ne nous trouvent pas assez catho à celles qui trouvent qu’on en fait toujours trop, témoigne le directeur du groupe scolaire La Providence à Saint-Malo. Saint François de Sales nous a montré la voie pour composer avec les uns et les autres : proposer à tous sans jamais rien imposer à personne », résume-t-il.

Cette diversité n’est pas, en soi, gênante, selon Jérémy Torresan, nouvellement élu à la tête du principal syndicat des chefs d’établissement du privé, le SNCEEL. « À condition néanmoins que les règles soient claires pour tout le monde dès le départ. Au moment de l’inscription, le chef d’établissement doit dire si la pastorale sera très présente ou pas, afin que les parents inscrivent leurs enfants en connaissance de cause. » D’ailleurs, la pastorale ne peut pas être obligatoire, selon les termes du contrat d’association avec l’État.

Chacun sa manière de mettre en musique la proposition chrétienne. Et tout dépend du projet de l’école. Dans certains établissements, l’éducation religieuse est légère, essentiellement confinée à une heure de formation à la culture religieuse prévue par les programmes. Les élèves volontaires peuvent bénéficier d’un parcours de catéchèse et de préparation aux sacrements, mais le projet chrétien n’irrigue, finalement, que peu le projet éducatif global.

Dans d’autres établissements, en revanche, la proposition se révèle beaucoup plus affirmative et englobante avec des temps foisonnants – messes, prières, formation des enseignants – rythmant l’année scolaire. C’est le cas de l’établissement jésuite Saint-Joseph à Reims. « Notre but est qu’un élève qui sorte de chez nous connaisse et ait pu faire l’expérience de la vision chrétienne de l’homme que nous portons. En revanche, que les enfants croient ou pas, je n’ai pas à en juger », détaille le directeur Olivier Hautier.

La proposition de la foi doit toujours se faire dans le « respect de la liberté de conscience, rappelle Philippe Delorme, secrétaire général de l’enseignement catholique. C’est pourquoi la pastorale n’a pas à être imposée. »

Sylvie Latour, adjointe en pastorale, dans un établissement catholique de Vincennes (Val-de-Marne) témoigne : « Cela m’est déjà arrivé d’interpeller des parents sur le fait que leurs enfants ne semblaient pas à l’aise en catéchèse et leur rappeler que cela n’avait rien d’obligatoire. On essaie de faire ce qu’il y a de plus ajusté pour chaque élève. »

« Pas une école publique comme les autres avec option caté »

Dans l’enseignement privé, on pointe d’ailleurs un malentendu sur la portée du caractère propre : « On a le sentiment que certains voudraient faire de l’enseignement catholique, une école publique comme les autres avec option caté, or ce n’est pas ça ! L’enseignement catholique, c’est tout un projet éducatif inspiré de l’Évangile », explique Mgr Benoît Rivière, évêque d’Autun et président du conseil pour l’enseignement catholique. Il met en garde contre une tendance à l’œuvre : « Il faut faire attention à la volonté ambiante d’uniformiser le climat scolaire. »

Sur les questions affectives et sexuelles, par exemple la transidentité, il revendique que l’enseignement catholique (« qui est un lieu d’Église ») « prenne son temps ». « On n’adopte pas toutes les demandes et les évolutions. On prône un dialogue ouvert et permanent avec les familles. » Afin d’aider les chefs d’établissement, le secrétariat général a diffusé des fiches repères sur l’identité de genre, en avril 2023.

Parfois, les contestations autour du caractère propre ne viennent pas de l’extérieur mais de l’intérieur de l’enseignement catholique. Depuis plusieurs mois, la FEP-CFDT, principal syndicat du privé, monte au créneau contre ce qu’elle estime être une « dérive » dans certains établissements des Pyrénées-Atlantiques : elle dénonce le développement de pratiques « ritualistes », comme la bénédiction des cartables ou la place donnée à des congrégations « traditionalistes »…

Au-delà de ce cas précis, le secrétaire général de l’enseignement catholique s’inquiète d’une forme « de pensée unique » que tend à instaurer une conception extensive des « valeurs de la République ». « Est-ce que nous avons le droit de nous interroger ? De faire vivre un débat ?, interroge Philippe Delorme. Selon moi, notre force est de prôner l’accueil de tous, tout en incarnant une sensibilité particulière. Par notre existence même, par le fait que nous ne faisons pas la même chose que le public, nous servons ainsi la République, car nous incarnons un lien fraternel. Nous nous insérons pleinement dans la devise républicaine, en affirmant qu’il y a un espace entre la liberté et l’égalité. »

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Le caractère propre de l’enseignement catholique

Le terme de « caractère propre » est au cœur de la loi Debré de 1959.

À l’époque, plutôt que d’ouvrir de nouvelles écoles publiques pour accueillir les enfants nombreux du baby-boom, il est proposé aux écoles privées catholiques déjà existantes de s’associer au service public de l’éducation, tout en gardant leur identité. Pour cela est créé un contrat d’association qui reconnaît leur « caractère propre », et leur accorde, de ce fait, une marge d’autonomie et de liberté.

Le caractère propre n’est pas sans limites. Il doit s’articuler avec la liberté de conscience et l’ouverture à tous sans discrimination.

Dans l’enseignement catholique, il désigne la façon de faire l’école dans la tradition de l’Église.

Chaque école privée possède son caractère propre. Les écoles Diwan, par exemple, laïques et bretonnes, ont le leur.

(Source : Secrétariat général de l’enseignement catholique)

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