Madonna fête 65 ans d’une vie pas très catholique

Elle incarnait la petite Américaine parfaite. Avant de devenir l'incarnation du mal selon l'Eglise.

Elle incarnait la petite Américaine parfaite. Avant de devenir l’incarnation du mal selon l’Eglise.watson / dr

La Material Girl souffle ce mercredi 16 août ses 65 bougies. Retour sur la vie tumultueuse de la star, de son éducation strictement catholique aux scandales qui auront fait trembler plus d’un prêtre, en passant par des tubes mythiques.

16.08.2023, 19:0516.08.2023, 19:06

Margaux Habert

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Elle incarnait la petite Américaine parfaite. Avant de devenir l’incarnation du mal selon l’Eglise. Une gentille fille du Michigan, avec des origines italiennes, canadiennes et françaises, peu sûre d’elle, douée à l’école, orpheline de sa mère et qui rêve de devenir danseuse ou bonne sœur. Madonna Louise Ciccone, la jeune pom-pom girl à l’éducation catholique, a finalement préféré danser devant des croix en feu. Au sens propre et figuré. On y reviendra.

Avant de devenir la hantise du Vatican, Madonna était une petite fille sage à l'éducation catholique.

Avant de devenir la hantise du Vatican, Madonna était une petite fille sage à l’éducation catholique.dr

Après avoir été une fille modèle, la jeune femme de 20 ans quitte Bay City et son Michigan natal pour New York. Son père lui coupe les vivres, elle s’enfuit avec 35 dollars en poche. Celle qui cumule les petits boulots de serveuse, danseuse ou modèle de nu en parallèle de son école de danse avouera que son rêve américain dans la Grande Pomme n’aura pas été aussi idyllique que prévu.

«La première année, on m’a braquée avec un pistolet. J’ai été violée sur le toit d’un immeuble, où on m’avait poussée avec un couteau dans le dos, et mon appartement a été cambriolé trois fois.»

Madonna, à propos de son arrivée à New York.

Mais la jeune femme y croit, elle travaillera dans l’industrie artistique d’une manière ou d’une autre. Celle qui sait jouer du piano abandonne la danse, se met à la batterie, chante dans un groupe et apprend la guitare.

À la fin des années 1970, elle enchaîne les auditions, s’installe quelques mois en France, revient aux Etats-Unis, joue dans des clubs et finit par se faire repérer. En 1982, elle sort un premier 45 tours, qui connaîtra un certain succès dans les discos américaines, puis son premier album l’année suivante, intitulé simplement Madonna, qui contient les tubes Lucky Star, Holiday et Borderline. C’est le début de la gloire: l’album se vendra à 10 millions d’exemplaires à travers le monde.

Les provocations bibliques et sexuelles

Les influences religieuses font partie intégrante de la carrière de la Madone. À la sauce Madonna, puisqu’elles sont accompagnées de références et de provocations ouvertement sexuelles. La star annonce la couleur avec son tube Like a Virgin, en 1984, dont les paroles sont particulièrement ambiguës. Sa performance lors des MTV Video Music Awards, durant laquelle l’artiste, seule sur scène dans une robe de mariée agrémentée d’une ceinture «Toy Boy», donnant des coups de bassin, marque les esprits de l’Amérique puritaine. Et même au-delà.

Suit la sortie du single Material Girl, dans lequel Madonna clame vouloir une vie faite de richesse plutôt que de romantisme. Deux chansons qui, selon la critique, propulse la star au rang d’icône.

Elle construit sa carrière musicale en même temps que son image sulfureuse. Quand ça n’est pas à travers les paroles de ses chansons, c’est dans ses clips et ses looks qu’elle donne du grain à moudre à ses détracteurs. Dans la vidéo du tube Like A Prayer, en 1989, Madonna danse devant des croix en feu et embrasse un Saint noir dans une ambiance ségrégationniste du Sud des États-Unis. Un scandale qui pousse l’Eglise à appeler au boycott de la star, mais également de Pepsi, avec qui la chanteuse a signé un contrat de 5 millions de dollars. La marque finit par craquer et rompre le contrat.

Les critiques participent à la renommée de la sulfureuse star. Au début des années 1990, elle se lance dans une tournée mondiale que le magazine Rolling Stone qualifiera en 2017 de «référence pour tout concert pop». Mais le show n’est pas au goût de tous. Notamment à Toronto, où elle fait face à une tentative d’arrestation par la police après avoir simulé s’être masturbée sur scène lors des dates précédentes, une anecdote racontée dans le documentaire Truth or Dare (aussi connu sous le nom de In Bed with Madonna) sorti en 1991. La réponse de la star, lorsque le bureau du procureur lui demande de ne plus reproduire la masturbation sur scène?

«I’m not changing my fucking show»

Madonna, en réponse à la demande des autorités de Toronto.

(*En français: «je ne change pas mon putain de spectacle»)

Elle a tout de même changé l’intro de son show, pour y apporter une précision: Madonna a débuté par une sorte de prière, clamant «Cher Seigneur, c’est notre dernière nuit dans l’État fasciste de Toronto».

US Pop star Madonna singt und tanzt am 20. Juli 1990 bei einem Konzert ihrer Blonde Ambition Tour im Londoner Wembley Stadion. Madonna spielt ihre Skandale als junger Popstar im Rueckblick herunter. & ...

Madonna sur le Blond Ambition Tour, en 1990.Image: AP

Il n’y a pas que dans l’Amérique puritaine ou à Toronto que les agissements de la Madone choquent. En Italie, le porte-parole du vicariat de Rome la juge «hérétique et irrespectueuse». Le ministre italien de l’Instruction publique de l’époque, Sergio Mattarella, lui, parle d’une «offense au bon goût». Le 2 juillet 1990, des groupes catholiques romains qualifient le concert de «blasphématoire et débordant de vulgarité en raison des thèmes sexuels et religieux controversés» et projettent d’annuler ses représentations du Blond Ambition Tour à Rome et à Turin. Quelques jours plus tard, Madonna prononce un discours:

«Mon spectacle n’est pas un concert conventionnel, mais une présentation théâtrale de ma musique. Et, comme le théâtre, il pose des questions, suscite la réflexion et vous emmène dans un voyage émotionnel. Il dépeint le bien et le mal, la lumière et l’obscurité, la joie et la tristesse, la rédemption et le salut […]. Chaque soir, avant de monter sur scène, je fais une prière non seulement pour que le show se déroule bien, mais aussi pour que le public le regarde avec un cœur et un esprit ouverts et y voie une célébration de l’amour, de la vie et de l’humanité.»

Extrait du discours de Madonna en 1990.

Malgré la controverse, la captation du concert (filmé à Nice) lui vaudra son premier Grammy Award en 1992. Cette même année, la Madone sort l’album Erotica et le livre SEX où elle se met à nu dans le sens propre du terme à travers toute une collection de photos. Les scandales n’arrêtent pas la star, qui semble au contraire s’en nourrir.

Dans son livre SEX, Madonna se met à nu.

Dans son livre SEX, Madonna se met à nu.dr

Un autre épisode marque les esprits les plus conservateurs: le célèbre baiser entre Madonna et Britney Spears, en 2003, en direct sur la scène des MTV Video Music Awards (elle embrasse également Christina Aguilera, mais les réalisateurs, à ce moment-là, préfèrent montrer le visage de Justin Timberlake, avec qui Britney vient de rompre). Le fameux baiser fait, encore aujourd’hui, partie de la pop culture. L’image est même devenue un NFT en 2021.

In this Aug. 28, 2003 file photo, Britney Spears, left, and Madonna kiss during the opening performance of the MTV Video Music Awards at New York's Radio City Music Hall. (AP Photo/Julie Jacobson ...

Britney Spears et Madonna s’embrassent lors des MTV Video Music Awards à New York, en août 2003.Image: AP

À Coachella en 2015, Madonna remet ça et embrasse cette fois le rappeur Drake sur scène, choquant une partie du public. Elle fera taire ses détracteurs en leur répondant sur Instagram:

«If you don’t like me and still watch everything I do. Bitch, you’re a fan»*

Madonna, en réponse à ses détracteurs, sur Instagram.

(En français: «si tu ne m’aimes pas mais que tu continues de regarder ce que je fais, tu es un fan, bitch»)

Les dérives et les échecs

L’art, sous toutes ses formes, est au centre de la vie de la star. Après avoir rêvé, plus jeune, d’être danseuse, elle s’est lancée dans la musique, mais aussi dans le cinéma. Avec un succès – doux euphémisme – plus discret. Sa participation au film Recherche Susan désespérément, en 1985, lui permet d’acquérir brièvement une certaine notoriété en tant qu’actrice. Depuis, ses films n’ont pas trouvé leur public et ont été assez mal accueillis par la critique.

Outre un livre de photos où la star pose nue, elle s’illustre aussi dans d’autres formes d’art. Notamment en 2021, lorsqu’elle «accouche» au sens propre de NFTs de son vagin, qu’elle qualifiera de chefs-d’œuvre.

«Je fais ce que les femmes font depuis la nuit des temps, c’est-à-dire donner la vie […] mais à un niveau plus existentiel, je donne naissance à l’art et à la créativité, et nous serions perdus sans eux.»

Madonna, à propos de ses NFTs.

Vidéo: extern / rest

Malgré son éducation catholique, Madonna ne trouve pas les réponses à ses questions existentielles dans la religion de ses ancêtres. Une quête de spiritualité qui la pousse à s’intéresser au bouddhisme, au Taoïsme, puis à la Kabbale (un courant minoritaire du judaïsme) qui, selon elle, lui permet de trouver des réponses.

Son rapprochement de la Kabbale, à la fin des années 1990, soulève des questions. Ce courant est en effet considéré comme sectaire par certaines organisations. Mais après une quinzaine d’années, Madonna claque la porte de l’organisation religieuse en raison d’un scandale humanitaire: la fondation Raising Malawi, qu’elle copréside, ne construira finalement pas l’école pour filles promise. Le FBI enquête sur l’ONG, car une partie des 18 millions de dollars collectés pour la construction de l’école aurait été détournée par le Centre de la Kabbale, à Los Angeles. Madonna se serait aussi rapprochée des voies de l’Opus Dei au début des années 2010. Plus récemment, elle a interpelé le Pape sur Twitter car elle a «des choses importantes» à discuter avec lui.

(En français: «Bonjour, Pape François – Je suis une bonne catholique. Je jure! Je veux dire, je ne jure pas! Ma dernière confession remonte à quelques décennies. Serait-il possible de se rencontrer un jour pour discuter de certains sujets importants? J’ai été ex-communiquée 3 fois. Cela me semble injuste. Sincèrement, Madonna»)

Engagement et vie privée

La vie privée de Madonna, ouvertement bisexuelle, est scrutée et fait l’objet de nombreuses rumeurs. On lui prêtera notamment une relation avec Prince, et avec Michael Jackson. Après avoir été mariée avec Sean Penn entre 1985 et 1989, elle fréquente, dans les années 1990, le rappeur 2Pac, l’actrice Ingrid Casares, la mannequin Jenny Shimizu avant de donner naissance, le 4 octobre 1996, à sa fille Lourdes, qu’elle a eue avec le coach sportif et acteur cubain Carlos Leon.

Madonna en compagnie de 2Pac.

Madonna en compagnie de 2Pac.dr

Le 11 août 2000, elle accouche d’un garçon, Rocco Ritchie, né de son union avec Guy Ritchie. Elle adopte en 2006 un garçon, David Banda, né le 24 septembre 2005, puis trois filles. Mercy James, née le 22 janvier 2006, rejoint la famille en 2009. Madonna adopte en 2017 les jumelles Esther et Stella, nées fin août 2013. L’adoption du petit David valent des critiques à la star, accusée d’avoir obtenu des passe-droits.

Madonna est aussi une star engagée. Elle se bat notamment pour les femmes, contre le changement climatique, contre le racisme ou encore pour les droits des personnes LGBT+. Ouvertement contre la politique de George W. Bush, elle tourne, en 2003, le clip d’American Life, dans lequel elle devait initialement participer à un défilé de mode sur le thème de la guerre. Les scènes présentent des enfants effrayés et ensanglantés, des gens en feu, des tripes et des bombardements, dans une ambiance anti-guerre.

Mais le conflit en Irak vient de débuter, et c’est finalement une version «soft» du clip qui est publiée à cette époque. La version originale sort 20 ans plus tard, en avril 2023, dans un esprit toujours tristement actuel.

Aujourd’hui, la star s’apprête à remonter sur scène, après des années d’arrêt, notamment à cause de la pandémie. Selon plusieurs sources, blessée par les critiques lors de son apparition en février sur la scène des Grammy Awards, Madonna chercherait actuellement à «retrouver» son vrai visage. Sa tournée débutera à Londres, avec quatre dates en octobre 2023.

Pour d’autres portraits interminables, c’est ici que ça se passe

Madonna, la série de photos censurées par Instagram en 2021:

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Madonna, la série de photos censurées

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Football: Sochaux – US Orléans officiellement reporté

Cela ne faisait aucun doute mais la Fédération française de football a attendu ce mercredi midi 16 août pour officialiser le report du match du de la deuxième journée de National entre le FC Sochaux et l’US Orléans. Initialement, il devait se dérouler ce vendredi 18 août au stade Bonal.

US Orléans – Goal FC: le match

Privé de Ligue 2 par la DNCG pour raisons financières, le FC Sochaux se dirigeait vers le dépôt de bilan et le National 3. Mais Jean-Claude Plessis, l’ancien président de la grande époque du club franc-comtois, a réussi à monter en toute hâte un projet pour que le club puisse évoluer en National cette saison.

Devant la DNCG ce jeudi

Les acteurs locaux et surtout les collectivités se sont mobilisés, tout comme les supporters avec une cagnotte qui a déjà recueilli plus de 400.000 euros. Mais tout est encore loin d’être gagné. Les dirigeants sochaliens doivent passer ce jeudi 17 août devant la DNCG pour que son budget soit validé.

Si le gendarme financier du football français le refuse, le National restera à dix-sept clubs avec un exempt à chaque journée. Si le budget est validé, il faudra ensuite attendre le feu vert du Comex de la FFF. Les deux matches en retard (face à Versailles lors de la première journée et donc l’US Orléans pour la deuxième journée) seront alors fixés.

Une opposition interne

L’US Orléans sera donc au repos forcé ce week-end. Pour garder le rythme et « permettre à tous les joueurs de l’effectif d’avoir 90 minutes dans les jambes », Bernard Casoni, le coach orléanais, a programmé une opposition en interne, ce vendredi 18 août.

Lors de la troisième journée de National, l’US Orléans évoluera de nouveau à domicile. Ce sera face au FC Martigues, le vendredi 25 août (19 h 30) au stade de La Source.

Patrick Paumier

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Mariage entre catholiques et musulmans : pour une pastorale du discernement


1. Introduction

Ce thème sera traité en deux fiches d’aide pastorale. En premier lieu, il s’agit de donner aux prêtres, diacres et agents pastoraux laïcs des indications pour celles et ceux qui veulent conclure un mariage catholico-musulman. La première fiche pastorale permettra de se familiariser avec les éléments les plus importants du mariage musulman ; la deuxième fiche présentera les questions pratiques liées au mariage entre catholiques et musulmans et s’efforcera d’y donner des réponses.

De plus en plus de prêtres et d’agents pastoraux sont contactés pour une demande de mariage dont l’un des partenaires est musulman. Cette demande exige prudence, clarté et une conscience réaffirmée de l’identité chrétienne et de la vision catholique concernant le mariage et la famille. En raison notamment des conséquences qui en dérivent au plan religieux, culturel, social et au niveau du dialogue interreligieux, l’Église catholique romaine n’encourage pas ces mariages, selon une position partagée également par les musulmans eux-mêmes. Mais il s’agit tout d’abord d’un service pastoral à rendre aux personnes concernées. L’Église catholique romaine respecte le choix d’un couple pour un mariage catholico-musulman et désire l’aider dans le cadre d’une pastorale du discernement.

Si un(e) catholique veut que l’Église catholique romaine reconnaisse son mariage avec un partenaire musulman, l’intention de mariage doit être annoncée à la paroisse compétente (domicile du partenaire catholique) et le formulaire officiel doit être rempli (« Document de mariage »). En outre, un tel mariage doit aussi bénéficier de l’autorisation expresse (techniquement : « Dispense d’empêchement de disparité de culte », c. 1086 § 1 et 2) de l’Ordinaire du lieu (évêque, vicaire général). Cette autorisation ne sera accordée que si les conditions suivantes sont remplies (cf. Annexe aux documents de mariage pour les mariages de confessions différentes) : 1) Les fiancés reconnaissent en toute honnêteté et franchise les propriétés et éléments essentiels du mariage, qui sont indispensables à un mariage valide. Dans le cas d’un mariage entre catholique et musulman, il faut vérifier en particulier que le partenaire musulman est prêt à rester fidèle à un seul conjoint et à vouloir son bien, et que le partenaire catholique déclare son attachement à l’indissolubilité de son union. 2) Le partenaire catholique se déclare prêt à continuer de vivre en conformité avec sa foi catholique. 3) Il se déclare également prêt à s’efforcer, dans le cadre des circonstances données et dans la mesure du possible, de faire baptiser et éduquer dans la confession catholique les enfants issus du mariage. Il faut signaler qu’un tel mariage est reconnu comme valide par l’Église catholique romaine mais que le mariage lui-même (entre une personne baptisée et une autre non baptisée) n’a pas valeur sacramentelle.

La demande d’accord de l’Ordinaire devrait être introduite assez tôt, c’est-à-dire avant que les préparatifs concrets pour le mariage soient engagés ou, selon les cas, avant que soient fixées les dates. Il est en effet pastoralement malheureux qu’un refus d’autorisation doive être prononcé alors que tout est prêt pour le mariage. Pour mémoire : du point de vue musulman, le mariage entre une femme musulmane et un catholique n’est pas autorisé.

2. Le mariage dans la perspective musulmane

2.1. Le contrat

Le mariage dans la tradition musulmane est surtout un contrat devant témoins musulmans ainsi qu’un règlement de l’indemnité de divorce. L’échange d’une dot (bien que symbolique aujourd’hui) a toujours une importance pour la partie musulmane. Ce contrat est valide s’il est conclu devant une instance reconnue, un officier d’État civil ou un imam, selon les lois du pays. La 1re sourate (la Fatiha) du Coran ainsi que des prières sont récitées lors de la conclusion de ce contrat.

La tradition chrétienne a développé une conception plus théologique du mariage. L’islam quant à lui insiste davantage sur les droits et devoirs en termes moraux et juridiques. Deux versets du Coran sont souvent cités en relation avec le couple : « Allah a créé pour vous, tirées de vous, des épouses afin que vous reposiez auprès d’elles, et il a établi l’amour et la bonté entre vous » (Les Romains, sourate 30, v. 21). Et « Elles (vos épouses) sont un vêtement pour vous, vous êtes pour elles, un vêtement » (La Vache, sourate 2, v. 187). Certains imams en Suisse désirent compléter la signature devant l’État civil par un contrat de mariage islamique pour valider le mariage selon la foi musulmane. Certains reconnaissent le mariage civil, d’autres requièrent, en plus de l’État civil, une récitation coranique et la fixation de la dot pour valider ce contrat.

2.2. Modalités importantes

La polygamie est permise en islam jusqu’à quatre épouses. Le Code civil suisse ne la permet pas, la tradition catholique non plus. Il est important d’engager le partenaire musulman à une promesse écrite en faveur de la monogamie. Dans la conception islamique du mariage, le mari a la responsabilité de l’ensemble du foyer. « Les hommes ont autorité sur les femmes, en vertu de la préférence qu’Allah leur a accordée sur elles, à cause des dépenses qu’ils font pour assurer leur entretien » (Les Femmes, sourate 4, v. 34). Cette autorité mal interprétée par le mari peut dégénérer en autoritarisme. Par conséquent, il est nécessaire de bien clarifier les attentes en matière d’autorité, restant sauves les notions de parité et de liberté de l’homme et de la femme selon les dispositions de la Déclaration universelle des droits de l’homme (cf. art. 1, 2, 3, 13).

2.3. Toile de fond

Le Coran et la tradition musulmane ne permettent pas de liens matrimoniaux dans les deux cas suivants :

– le mariage d’une musulmane avec un homme d’une autre religion que l’islam ;

– le mariage entre un musulman et une femme autre que musulmane, chrétienne, juive ou d’une autre religion monothéiste. « N’épousez pas de femmes polythéistes, avant qu’elles ne croient » (La Vache, sourate 2, v. 221). « L’union avec les femmes croyantes (= les musulmanes) et de bonne condition, et avec les femmes de bonne condition faisant partie du peuple auquel le Livre a été donné avant vous (= les chrétiennes et les juives), vous est permise, si vous leur avez remis leur douaire, en homme contractant une union régulière » (La Table servie, sourate 5, v. 5).

Dans un mariage islamo-chrétien, et du point de vue de l’islam, l’épouse non-musulmane jouit des mêmes droits qu’une épouse musulmane, mais elle n’a pas les mêmes devoirs puisqu’elle ne pratique pas la même religion. L’interprétation de la liberté de la femme est variable selon les régions d’origine du mari musulman et selon l’école juridique à laquelle se réfère le mari. Globalement, l’épouse chrétienne a le droit d’exercer sa religion librement, même de la signifier au foyer par des symboles chrétiens à certains endroits et discrètement. Dans certains pays musulmans cependant, cela est interdit. Concernant sa liberté par rapport aux interdits musulmans, notamment la consommation de viande de porc et d’alcool, les avis juridiques divergent beaucoup et il faudra négocier les possibilités avec le partenaire musulman.

Ceci constitue la toile de fond de la conception musulmane du mariage, mais chaque aire culturelle a développé des traditions complémentaires qu’il convient de connaître et de se faire préciser. Le partenaire musulman ignore souvent la conception chrétienne du mariage : il convient donc de l’expliciter, tout en sachant qu’il en fera une lecture à partir de ses propres convictions.

Pour que le mariage soit reconnu par l’Église, l’autorisation du supérieur déjà mentionnée (Dispense d’empêchement de disparité de culte) ne suffit pas ; le mariage lui-même doit être célébré dans les formes prévues par le Droit canon (c. 1108 § 1 ; c. 1117) et par les livres liturgiques. Le consentement doit être exprimé devant le curé ou son délégué en présence de deux témoins, au cours d’une liturgie de la Parole, sans célébration eucharistique. Aucune autre célébration matrimoniale selon le rite islamique ne peut avoir lieu. Cela n’exclut pas la « fête des noces » musulmane, pour autant qu’elle ne contienne pas des éléments qui seraient contraires à la foi de la partie catholique. L’Ordinaire (évêque ou vicaire général) peut aussi permettre de renoncer au devoir de forme catholique (Dispense de forme), bien qu’il faille, dans ce cas, compter avec des difficultés considérables ; dans une telle situation, une forme officielle de consentement (p. ex. mariage civil) est indispensable à la validité du mariage. Cette forme de mariage est reconnue par l’Église catholique romaine (cf. c. 1127 § 2).

3. La liberté religieuse

Le Coran dit explicitement qu’il n’y a pas de contrainte en religion (La Vache, sourate 2, v. 256). Mais il y a des règles élaborées dans les écoles juridiques musulmanes qui sont aujourd’hui encore considérées comme indiscutables car relevant de la tradition musulmane la plus ancienne : notamment que le mari doit être musulman car la religion se transmet par l’homme et l’homme est le chef de la famille, selon une vision patriarcale. L’islam ne peut pas concevoir une famille sous l’autorité d’un chrétien. Concernant la religion des enfants, la tradition musulmane est claire : les enfants issus d’un foyer islamo-chrétien sont de fait musulmans, même si dans la pratique ce n’est pas toujours vécu ainsi. L’Église catholique romaine demande à la partie catholique du couple islamo-catholique de faire connaître et de partager sa foi catholique aux enfants (c. 1086 § 2 ; c. 1125). Ces attentes opposées des deux communautés religieuses peuvent provoquer des tensions considérables. Pour cette raison, les questions qui en découlent doivent être absolument clarifiées dans un contrat avant la conclusion du mariage.

En ce qui concerne la conversion : il est possible qu’un musulman se convertisse à la foi chrétienne, mais sous certaines conditions (notamment ne pas médire sur la communauté religieuse qu’il quitte), mais il est socialement très difficile voire impossible pour un musulman d’embrasser la foi chrétienne : rejet de la part de sa famille, grand sentiment de culpabilité envers elle, pressions de la communauté religieuse et des imams. La conversion de l’épouse chrétienne vers l’islam est fréquente et elle suscite des étonnements, des peurs et parfois des rejets de la part de sa famille. Et pourtant le Coran dit : « Tu ne diriges pas celui que tu aimes, mais Allah dirige qui il veut » (Le Récit, sourate 28, 56). Pastoralement, il est à recommander que la communauté chrétienne encourage le partenaire chrétien à rester chrétien, car la conversion de celui-ci vers l’islam est souvent une question de commodité du vivre ensemble et cela ne doit pas être un motif suffisant de conversion.

4. Entretiens de préparation

Lors des entretiens de préparation d’un mariage entre une personne catholique et son partenaire musulman, il convient d’expliquer au conjoint musulman que le chrétien a une vision théologique du mariage, que celui-ci est célébré religieusement et qu’il est distinct du mariage civil. Il faut relever qu’une union entre chrétien et musulman n’est pas sacramentelle. Le prêtre prépare le mariage comme de coutume. Mais il sera difficile d’obliger le partenaire musulman à assister à des rencontres communes avec d’autres couples en préparation de mariage ; à cet égard, il convient de trouver une solution au cas par cas, mais la participation ne peut être forcée. Par contre, le prêtre devra porter une attention particulière aux questions suivantes et les discuter avec les conjoints ou au moins avec le partenaire catholique :

4.1. L’interculturel se mélange avec la culture islamo-catholique

En dehors des différences religieuses, un couple islamo-chrétien affronte des différences de culture. Dans la vie commune du couple, il n’est pas toujours facile de distinguer les facteurs purement religieux d’éléments proprement culturels. C’est pourquoi l’entretien préparatoire au mariage devra comporter une réflexion sur l’interculturel, sur le respect et l’intégration, dans un seul et même foyer, de manières différentes d’aménager l’espace habitable, de cuisiner, de se comporter en société, d’envisager la place de la famille élargie ou la façon de passer les jours fériés, de gérer l’argent, etc.

4.2. L’absence de pratique religieuse

Il arrive parfois que l’un des deux partenaires a peu de convictions religieuses ou ne pratique qu’occasionnellement. Cela est spontanément considéré comme « facilitant » le défi interreligieux du couple. Néanmoins, la pratique religieuse peut devenir un problème et peser lourdement sur la vie du couple. Il n’est pas rare d’ailleurs que l’un des partenaires redécouvre sa religion dans le miroir de la pratique religieuse de son conjoint. De même, des tensions interreligieuses dans l’entourage peuvent avoir pour conséquence que l’identité religieuse de l’un des conjoints se renforce.

5. Le contrat de mariage

5.1. Conditions du contrat légal

Comme pour l’islam le mariage est un contrat, il est conseillé de le conclure devant notaire, avant le mariage. De cette manière, des questions épineuses peuvent être réglées au préalable dans le cadre du droit suisse, comme par exemple le déroulement de la cérémonie du mariage, le droit des époux à l’éducation des enfants (non seulement pendant la durée du mariage mais aussi en cas de séparation ou de divorce), l’appartenance religieuse des enfants et de l’épouse, le droit d’héritage et le règlement de la succession, le droit au divorce, le droit d’entretien pour soi et pour les enfants, la sauvegarde des apports personnels, le droit à une répartition équitable des biens en cas de séparation ou de divorce.

5.2. Les enfants

L’appartenance à deux cultures peut être un enrichissement pour les enfants mais peut aussi amener des difficultés. Les parents devront se préoccuper de la transmission de la foi.

Pour éviter une absence totale de foi, les parents doivent aider l’enfant à accueillir l’appel de Dieu et à s’ouvrir à Dieu par la prière. Cette dynamique va au-delà des traditions religieuses ; elle provient de sa propre conviction religieuse et est vécue à travers elle.

Le choix du nom de l’enfant est une première manifestation possible de la liberté d’expression. C’est aussi une marque de respect mutuel et de qualité de la relation des parents entre eux. Il y a des noms qui n’appartiennent pas qu’à une seule des deux religions, mais aux deux, comme par exemple Marie, Nadia, Samuel, David, …

5.3. La théologie

Vouloir continuer d’appartenir à sa propre religion met à l’épreuve l’amour et le projet commun des époux. Il est important de voir les diverses conceptions théologiques pour ne pas gommer les différences existantes et ne pas détourner l’autre conjoint de son chemin de foi.

L’épreuve spirituelle consiste dans le renoncement à vouloir « imposer » au conjoint quoi que ce soit par des argumentations ou des théories religieuses. Le couple islamo-chrétien n’est pas le terrain de disputes théologiques, mais le lieu pour mettre en pratique concrètement le meilleur de chacune des religions et pour faire preuve d’un respect vécu à l’égard de la foi de l’autre.

Mais, pour des couples croyants, le simple respect de la religion de l’autre n’est pas suffisant dans la durée. Un approfondissement de cet « être devant Dieu » doit être possible par l’accompagnement spirituel d’un prêtre ou d’un groupe spécialisé.

5.4. Relations avec les communautés religieuses

La relation avec les communautés religieuses musulmanes (centres islamiques) ou avec les communautés chrétiennes (paroisses et mouvements) est souvent facteur de tensions pour les couples. Il est souhaitable que le couple islamo-chrétien s’engage non seulement à respecter l’engagement religieux et communautaire de chacun des partenaires, mais aussi que l’autre partenaire participe en partie à la vie communautaire, au moins pour des activités ou rencontres sans acte religieux (réunions conviviales, échanges de vues).

6. Retour vers le pays d’origine

Le couple devra se déterminer avant le mariage sur son lieu de vie (domicile commun), même si celui-ci peut changer au cours de la vie commune. Les conditions d’établissement en Suisse ou à l’étranger devront être discutées, ainsi que le processus de décision que le couple engagera pour changer son lieu de vie.

Si un départ vers un pays étranger à prédominance musulmane forte est décidé, il est important que le partenaire chrétien se renseigne sur son statut juridique dans ce pays en tant que chrétien. La paroisse devra l’aider à trouver une insertion chrétienne dans le nouveau pays. Le Groupe de travail « Islam » de la CES se tient à disposition pour des informations souhaitées. Il est probable qu’une épouse catholique sera en difficulté dans un pays à forte identité musulmane, et il est préférable d’en être bien conscient avant le déménagement pour éviter de mauvaises surprises, comme l’illustrent de nombreux cas.

7. Préparation au mariage

Il est indispensable que le partenaire musulman soit partie prenante dans ce projet de mariage à l’église. Il devra donc participer, au moins partiellement, à la préparation de la célébration. Il va également de soi que le partenaire chrétien pourra aussi discuter seul avec le prêtre. Celui-ci sensibilisera le couple à développer leur conscience des différences culturelles et religieuses, à s’abstenir de toute pression réciproque, et à permettre le contact avec les deux communautés de croyants et avec leurs responsables. Les époux devront pratiquer l’écoute mutuelle et apprendre à connaître la culture et la religion du partenaire.

La présence d’unimam n’est pas toujours souhaitée, mais le prêtre encouragera le couple à rencontrer avant la célébration au moins un responsable de la communauté musulmane, si possible proche de la culture du partenaire musulman.

8. La célébration du mariage

La partie musulmane ne doit pas se sentir mise sous pression. Il y a diverses manières pour elle de participer à la célébration, en tenant compte également de sa personnalité. Au chapitre III du « Rituel romain de la célébration du mariage » on trouve des formulations adaptées aux situations particulières.

Dans l’esprit de la Déclaration Nostra aetate du Concile Vatican II sur les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes, il est tout à fait envisageable que des textes musulmans, notamment tirés du Coran ou de la tradition islamique, soient lus par des parents ou des connaissances du conjoint musulman – à la condition expresse qu’ils ne remplacent pas les textes liturgiques et bibliques et ne contredisent aucune vérité chrétienne.

9. Conclusion

Chaque couple est unique. Tout dépend du degré d’engagement religieux des conjoints, de la force de leurs liens avec les coutumes de leurs pays d’origine, et de leur liberté intérieure. Dans l’accompagnement du couple mixte, le prêtre doit mener un échange ouvert et empreint de compréhension.

Lors de la préparation du mariage, il convient de souligner qu’il est essentiel, pour que le mariage puisse avoir lieu, que les deux époux acceptent la nature du mariage voulue par le Créateur. Ce n’est que lorsqu’ils acceptent les éléments et les propriétés essentiels du mariage que le mariage peut être célébré. En particulier, la question de la monogamie doit être abordée avec la partie musulmane. En outre, un mariage catholique ne peut être autorisé que si la partie catholique se déclare prête à vivre sa foi et à s’efforcer, dans la mesure où les circonstances le permettent, de faire baptiser et d’élever les enfants dans la foi catholique. La partie musulmane doit être informée de cette déclaration d’intention et ne pas y être opposée. ?

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Propos antisémites lors d’un rassemblement de Civitas : «Pourquoi on ne peut lier religion et nationalité»

FIGAROVOX/TRIBUNE – Benoît Dumoulin, enseignant en histoire des idées politiques, répond aux déclarations antisémites tenues par l’essayiste Pierre Hillard lors de l’université d’été du mouvement Civitas. Ces propos sont historiquement faux et contraires à la tradition catholique, explique-t-il.

Benoît Dumoulin est directeur d’Ichtus et enseignant en histoire des idées politiques.


Le 7 août dernier, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, annonçait avoir engagé une procédure de dissolution à l’encontre de l’association Civitas, à la suite des propos tenus lors de son université d’été par l’essayiste Pierre Hillard. Celui-ci prétendait que «la naturalisation de Juifs en 1791 ouvre la porte à l’immigration» parce qu’«avant 1789, un Juif, un musulman, un bouddhiste ne pouvaient pas devenir français. Pourquoi ? Parce que c’étaient des hérétiques», poursuit-il, avant d’estimer qu’il «faudrait peut-être retrouver la situation d’avant 1789».

Un tel propos est d’abord un non-sens d’un point de vue historique car il revient à considérer la population juive comme étrangère à la France jusqu’en 1791, date du décret accordant la pleine citoyenneté aux Juifs de France. Or, sous l’Ancien Régime, le concept de nationalité n’existe pas encore; on y distingue les régnicoles, qui relèvent de la Couronne royale, des aubains, qui dépendent d’une souveraineté étrangère. Ainsi, les Juifs -plus de 40.000 en 1789- sont pleinement sujets du roi de France même s’ils font l’objet jusqu’en 1787 d’une réglementation spécifique limitant leurs droits civils.

Lier catholicisme et nationalité au point de considérer comme seuls Français les baptisés catholiques renvoie à une situation qui n’a jamais existé dans l’ancienne France. Car la « loi de catholicité » concerne, sous l’Ancien-Régime, l’État et non la société.

Benoît Dumoulin

C’est sous l’impulsion de Malesherbes que le roi Louis XVI accorde, par l’édit de Versailles du 7 novembre 1787, le bénéfice de l’état civil à tous ses sujets non-catholiques, c’est-à-dire aux protestants et aux Juifs. Ces derniers, principalement implantés en Alsace et en Lorraine (communauté ashkénaze), à Bordeaux et à Bayonne (communauté séfarade) ainsi qu’en Avignon (au sein des États pontificaux) sont diversement intégrés à la population. À Bordeaux, les Séfarades sont bien insérés dans le tissu social et participent à l’élection des députés aux États généraux de 1789. En Alsace, les Juifs sont beaucoup plus nombreux et rencontrent parfois l’hostilité de la population locale. En Lorraine, le Parlement de Metz exclut explicitement les Juifs du bénéfice du nouvel édit de tolérance.

Toujours est-il qu’un processus d’émancipation est alors en marche en France comme en Autriche où l’empereur Joseph II accorde en 1781 la liberté de culte aux Juifs et aux protestants. S’agissant de ces derniers, il serait absurde de leur dénier la qualité de Français au prétexte qu’ils ne partagent pas la religion du monarque. Même après la révocation de l’édit de Nantes (1685) et avant l’édit de tolérance (1787), on trouve des maréchaux protestants servant le roi de France, comme Maurice de Saxe, vainqueur de la bataille de Fontenoy en 1745, pour qui Louis XV fera édifier par Pigalle un mausolée funéraire dans l’église protestante saint Thomas de Strasbourg.

Lier catholicisme et nationalité au point de considérer comme seuls Français les baptisés catholiques renvoie à une situation qui n’a jamais existé dans l’ancienne France. Car la «loi de catholicité» concerne, sous l’Ancien-Régime, l’État et non la société. Cette loi signifie que le roi de France doit être catholique pour présider aux destinées du pays, comme le précise l’édit d’Union pris par Henri III en 1588, qui explique l’abjuration d’Henri IV en 1593. Mais la monarchie française a pris conscience de la nécessité de dissocier État et société afin de réunir autour d’une même allégeance royale des sujets de confession différente. Certes, cette situation ne s’est pas édifiée sans heurts –que l’on songe aux guerres de religion au XVIe siècle ou aux dragonnades sous Louis XIV– mais elle fait de la France un État singulier dans le paysage européen de la fin du XVIIIe siècle, à mi-chemin entre États catholiques du sud et États protestants du nord.

Vouloir restreindre le bénéfice de la nationalité aux adeptes d’une religion, quelle qu’elle soit, serait s’engager vers la voie du totalitarisme qui ne met plus de distinction entre État et société et veut conformer la seconde aux vouloirs du premier.

Benoît Dumoulin

D’un point de vue philosophique ensuite, vouloir restreindre le bénéfice de la nationalité aux adeptes d’une religion, quelle qu’elle soit, serait s’engager vers la voie du totalitarisme qui ne met plus de distinction entre État et société et veut conformer la seconde aux vouloirs du premier. On sait suffisamment ce qu’une telle entreprise a pu produire dans l’histoire en termes d’épuration ethnique et religieuse – que l’on songe récemment à l’État islamique – pour ne pas revendiquer aujourd’hui une telle prétention. De plus, insinuer que les juifs de France ne feraient pas pleinement partie de la communauté nationale et suggérer qu’ils pourraient être un jour déchus de leur nationalité constitue une authentique infamie envers nos compatriotes de confession israélite.

Enfin, du point de vue catholique, une telle proposition est inacceptable car elle viole le droit à la liberté religieuse reconnu par la constitution Dignitatis Humanae du concile Vatican II. Celui-ci précise que «la personne humaine a droit à la liberté religieuse. Cette liberté consiste en ce que tous les hommes doivent être exempts de toute contrainte de la part tant des individus que des groupes sociaux et de quelque pouvoir humain que ce soit, de telle sorte qu’en matière religieuse nul ne soit forcé d’agir contre sa conscience ni empêché d’agir, dans de justes limites, selon sa conscience, en privé comme en public, seul ou associé à d’autres», les justes limites renvoyant au bien commun de la société et à la cohésion de celle-ci.

Cela ne signifie en rien un relativisme qui placerait toutes les religions sur un même pied d’égalité d’un point de vue philosophique, comme cela a souvent été affirmé à tort. «Le droit […] à la liberté religieuse, proclamé par la Déclaration Dignitatis humanæ du Concile Vatican II, rappelle le cardinal Ratzinger en 2002, se fonde sur la dignité ontologique de la personne humaine, et en aucun cas sur une égalité qui n’existe pas entre les religions et entre les systèmes culturels humains». Car la reconnaissance d’une liberté civile par le pouvoir politique ne signifie nullement l’abandon, pour toute personne, de l’exigence morale et spirituelle de rechercher la vérité au plan religieux. En d’autres termes, ce n’est pas parce qu’une personne a le droit de pratiquer un culte que celui-ci est vrai sur le plan théologique.

Cette distinction est la marque du catholicisme qui articule de manière équilibrée recherche de la vérité et respect de la liberté des personnes. On ne peut, au niveau individuel comme au plan social, s’affranchir de l’une ou de l’autre sous peine de tomber dans le relativisme d’un côté ou dans le totalitarisme de l’autre.

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Academia Christiana : qu’est-ce que ce mouvement catholique d’ultradroite qui tient ses universités d’été ce lundi à Angers

Les universités d’été de l’Academia Christiana, un mouvement catholique proche de l’extrême droite, débutent ce lundi 14 août près d’Angers, dans le Maine-et-Loire.

L’arrivée de l’Academia Christiana à Bécon, près d’Angers, n’est pas du goût de tout le monde. C’est dans cette commune du Maine-et-Loire que le mouvement catholique, proche de l’extrême droite, organise ses universités d’été dès ce lundi 14 août, et ce jusqu’à dimanche prochain. 

Sur son site internet, le mouvement créé en 2013 affirme «former les jeunes chrétiens et les hommes de bonne volonté qui veulent s’engager au service du Bien commun», lutter contre «un capitalisme dégénéré» pour que «les hommes aient une patrie à aimer», et défendre son «héritage gréco-romain et l’idéal de la chrétienté». 

L’événement s’organise comme chaque année autour de conférences, notamment sur des sujets politiques, d’activités physiques et de temps de prière. Cette année, le thème des universités d’été est «la beauté sauvera-t-elle le monde ?». Un regroupement très politique qui regroupe chaque année de nombreux militants des sphères nationalistes françaises, du mouvement Civitas, récemment dissous par le ministre de l’Intérieur, à l’organisation identitaire de l’Alvarium, active à Angers, réputée pour ses actions violentes.

L’arrivée de ce mouvement catholique nationaliste ne fait pas que des heureux. «Ça me dérange que la commune de Bécon soit associée à ce groupe dans l’imaginaire, mais je n’ai aucun pouvoir pour les empêcher de venir», a déclaré la maire de la commune, Marie-Ange Fouchereau, à France 3 Pays-de-la-Loire. «J’en ai parlé avec la gendarmerie, puisqu’il y a quand même des intervenants qui seraient susceptibles d’être fichés S, c’est une information qui m’a été confirmée. Mais la gendarmerie nous a informés qu’ils pouvaient se réunir dans un cadre privé», a-t-elle expliqué à la chaîne locale.

Selon une enquête de «L’œil du 20h» de France 2, diffusée en février 2022, le mouvement de l’Academia Christiana est effectivement dans le viseur des renseignements, notamment à cause de l’attrait de certains de ses membres pour les armes à feu, ou pour l’antisémitisme de certains militants.

Civitas est notamment connue pour ses positions contre le mariage homosexuel Civitas est notamment connue pour ses positions contre le mariage homosexuel

La semaine dernière, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a engagé la dissolution du mouvement Civitas, également catholique et proche de la droite identitaire, à la suite de propos antisémites tenus par l’essayiste Pierre Hillard lors de ses universités d’été. 

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Assomption : l’Eglise catholique célèbre Marie, ce mardi

Ce mardi 15 août 2023, l’Eglise catholique célèbre la Vierge Marie, mère de Jésus, élevée au ciel, corps et âme, après sa mort.

En tant que dogme de l’Eglise catholique, la fête de l’Assomption est célébrée tous les ans, le 15 août, dans l’Eglise catholique romaine et dans de nombreuses autres Eglises chrétiennes. Pendant cette solennité de l’Assomption de la Vierge Marie, on assiste à de nombreuses processions dans les rues, les statues de la Vierge Marie promenées dans la ville afin d’attirer la bienveillance de Marie sur les fidèles. Une croyance liée à Marie uniquement qui, protégée du péché originel, est montée au ciel corps et âme.

Cette dévotion est dû au fait que Marie a enfanté, sans avoir de relation charnelle ; elle est restée pure toute sa vie, n’a commis aucun péché et n’a donc pas eu besoin de se séparer de son corps pour rejoindre le ciel. D’où la célébration de sa personne et de son âme. Autrement dit, l’Eglise célèbre la Vierge et le miracle de l’immaculée conception. Qui signifie Marie «sans tache», c’est-à-dire sans péché originel hérité par tous les hommes, depuis Adam et Eve.

LA PLACE DE MARIE DANS LA FOI CHRETIENNE

En tant que mère de Jésus et modèle de foi et de dévotion pour les croyants, Marie reconnaît en son fils le Messie, l’envoyé de Dieu. En mère et en disciple, Marie se tient au pied de la croix. Malgré la condamnation de Jésus par les hommes, sa confiance demeure inébranlable. Cette célébration vivifie la croyance chrétienne, en la vie éternelle, ainsi que le rôle de la foi et de la prière pour les chrétiens.

L’évangéliste Jean relate une des dernières paroles de Jésus : «Femme, voici ton fils». Jésus confie l’apôtre Jean à sa mère. Puis Jésus confie Marie à son disciple : «Voici ta mère» (Jean 19, 25-27). Par la suite, Marie sera désignée comme mère des Chrétiens, de tous ceux qui reconnaissent le Messie de Dieu, sous les traits du crucifié et proclament sa Résurrection.

La place de Marie dans la vie de l’Eglise fait d’abord et fait surtout d’elle la servante du Seigneur. Son rôle maternel, qui ne diminue en rien l’unique médiation du Christ, est au service de l’union des croyants avec son Fils. Elle est aussi, simplement, par sa manière, modèle de l’Eglise et signe d’espérance et de consolation pour le peuple de Dieu. Le culte dû à Marie respectera toujours sa dignité de Mère de Dieu et la prééminence absolue du Christ.

A ne pas confondre Assomption et Ascension, deux termes utilisés dans les contextes religieux pour décrire des événements différents. L’ascension fait référence à l’élévation de Jésus-Christ vers le ciel. L’Ascension est célébrée quarante jours après Pâques.

JEAN PIERRE MALOU

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Bouligny Secours Catholique : des actions pour rompre l’isolement

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RDC-Religion : Accroissement du nombre de chrétiens catholiques (étude)

<strong><em>Le cabinet d’étude Target constate un accroissement de 3% de croyants catholiques (39% en 2018 contre 36% en 2017). </em></strong>

Globalement, la RDC reste un pays à dominance chrétienne (93%), la communauté musulmane est composée de 4% de Congolais alors que 3% affirment avoir d’autres croyances, dit Target dans un rapport d’étude.

<em>« Cette situation pourrait sans doute être liée à l’implication de l’Eglise catholique dans les derniers développements de la situation politique en République Démocratique du Congo. En effet, la conférence des évêques catholiques congolais et une structure locale des laïcs ont fait entendre leurs voix en cette année et appelé la population à des manifestations publiques pour la tenue des élections, conformes à la Constitution et à l’accord dit de la Saint-Sylvestre, s’attirant de ce fait la sympathie de plus d’un Congolais. Le score des protestants (28%) et des musulmans (4%) est resté statique par rapport à 2017 »,</em> dit la firme spécialisée dans les études statistiques et d’opinions.

Les autres croyants – Eglise de réveil, Pentecôtiste, Témoins de Jéhovah, Brahmaniste et autre chrétien – connaissent une baisse de 7%, (23% en 2017 contre 30% en 2018), ajoute Target.

D’après l’étude, près de la moitié de la population ayant 50 ans et plus est catholique et c’est plus dans les Kivu (50%), Equateur (45%), Bandundu (44%). Kinshasa regorge plus d’adeptes des églises de réveil (38%).

Target explique que l’échantillon pour cette enquête est de 1400 personnes dont 700 hommes et 700 femmes, représentatif de la population congolaise âgée de 18 à 65 ans et plus. La représentativité de l’échantillon est assurée par la méthode des quotas appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, occupation et ville de résidence. Tous les 26 chefs-lieux des provinces de la RDC étaient concernés, ajoute-t-il.

L’engagement de l’Église dans la crise électorale congolaise relève à la fois de sa doctrine, de l’intérêt prononcé du Vatican et de l’intense compétition religieuse, avait révélé au début de ce mois Laurent Larcher, journaliste au quotidien La Croix, dans la dernière note du Think Tank français IFRI (Institut français des relations internationales).

Comparant l’engagement de l’église en politique en RDC à travers les époques, le journaliste soulignait qu’à l’inverse des années 1990, le pape joue un rôle actif dans ce dossier et a clairement fait connaître sa position.

Le journaliste expliquait aussi les raisons de cet engagement par le fait que Rome ne veut pas « <em>perdre</em> » l’Afrique et, en premier lieu, sa jeunesse.

<em>« Comme on l’a vu, l’Afrique est le continent où le nombre de catholiques augmente le plus chaque année. Mais, c’est aussi un continent où la compétition religieuse est intense. L’Église catholique est sérieusement concurrencée par les églises évangéliques et pentecôtistes (le protestantisme est le premier courant religieux du continent) et l’islam (sunnites et chiites) la dépasse », </em>a-t-il encore indiqué.

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Enquête En Bretagne, la fabrique des professeurs de l’enseignement catholique

Près d’une soixantaine d’élèves sont engagés à l’Isfec Bretagne de Rennes, pour suivre un master Meef second degré.
Près d’une soixantaine d’élèves sont engagés à l’Isfec Bretagne de Rennes, pour suivre un master Meef second degré. (©Enquêtes d’actu)

Enquête étudiante – En Bretagne, l’enseignement catholique est-il encore vécu comme une tradition religieuse ?

Ce travail d’enquête a été mené dans un cadre universitaire par sept étudiants en journalisme de l’IUT de Lannion. De la thématique générale de la religion, un large balayage de l’actualité et des problématiques liées a conduit à un paradoxe : la pratique de la religion catholique baisse alors que, dans le même temps, la proportion d’élèves scolarisés dans le réseau de l’enseignement catholique en Bretagne augmente.
A travers sept épisodes, Steven Couzigou, Chloé Crochu, Naomie Jourand, Valentin Longuet, Paul Louault, Théo Quintard et Matthieu Renard apporteront des éléments de réponse à la question suivante : En Bretagne, l’enseignement catholique est-il encore vécu comme une institution religieuse ?
Enquêtes d’actu publie ce travail dans le cadre d’un partenariat signé avec cette école de journalisme.

La douce lumière du jour baigne le foyer des étudiants de ses rayons. Sur des affiches collées au mur s’exposent les scouts unitaires de France, les Guides et Scouts d’Europe, les collectes de carême. Un crucifix surplombe le tout. Pour Lucie, Éléonore, Clémentine, Jade et Léa*, pas question de s’attarder sur la décoration, l’heure est à la concentration. Les cinq étudiantes en première année de master à l’Institut supérieur de formation de l’enseignement catholique (Isfec) de Bretagne, à Rennes (Ille-et-Vilaine), se sont retrouvées pour réviser.

Bien qu’un institut de formation publique offrant les mêmes cours se trouve à seulement deux kilomètres, les amies âgées d’une vingtaine d’années ont préféré s’installer ici pour les deux prochaines années. Après avoir déboursé 3 000 euros dans cet établissement privé sous contrat avec l’État, elles pourront passer le concours et, si elles l’obtiennent, rejoindre les rangs des 134 000 profs de l’enseignement catholique en France.

« À la fac publique, pas de suivi et beaucoup de grèves »

Le nez devant son ordinateur, Lucie, une jeune blonde de 22 ans, avoue que la religion n’a pas compté au moment de rentrer à l’Isfec : « Le public n’a pas une très bonne réputation, je ne voulais pas y aller. » Clémentine, sa camarade de promo aux yeux noisettes, approuve et s’appuie notamment sur sa mauvaise expérience à la fac publique de Lorient où elle a passé sa licence de langue étrangère (LLCER). « À la fac, ils s’en fichent. Il n’y a aucun accompagnement, pas de suivi et beaucoup de grèves. » Autour de la table le reste du groupe acquiesce et confirme ne pas accorder tant d’importance à l’enseignement religieux. Sauf Léa : « J’ai fait ma communion, mon baptême et tout mon cursus dans le privé. C’est assez ancré dans ma famille. Parfois, je prie. » 

Lorsqu’on évoque les motivations des élèves, Éric Tourelle, responsable pédagogique du second degré à l’Isfec de Bretagne depuis plus de 15 ans, préfère mettre en avant les arguments publicitaires qu’on retrouve lors des portes ouvertes : un cadre sécurisant, un effectif à taille humaine et une attention particulière portée à l’accompagnement et au suivi des étudiants. Le tout y est saupoudré de la volonté « de faire vivre le projet de l’enseignement catholique », souligne l’homme de 62 ans aux cheveux poivre et sel, qui achève sa dernière année dans l’institut rennais.

L’école de la pensée catholique

Dans leur cursus, les apprentis professeurs de l’Isfec suivent un module de formation particulier : l’anthropologie chrétienne. Dispensé sur une période d’environ 30 heures sur les deux années de formation, ce cours n’est pas donné dans le public (les Inspé). Selon Éric Tourelle, il ne s’agit pas d’un cours de catéchisme. Au programme : l’histoire des pères fondateurs de l’enseignement catholique, ses principes et une initiation à la pastorale. L’objectif de ce dernier atelier : former les futurs profs à ce temps d’animation en établissement auprès des élèves qui veulent approfondir leur foi.

Laurent Foucher, professeur de mathématiques au lycée Saint-Joseph à Bruz et formateur à l’Isfec de Rennes, est l’un de ses intervenants. Fort de ses 22 ans d’expérience dans l’enseignement catholique, il souligne que leur « conception de la personne est basée sur les valeurs de l’Évangile ». Selon lui, chacun peut trouver sa place en fonction de ses convictions, à condition qu’elles soient en phase avec cette perception ou en tout cas, ne s’y opposent pas.

Il n’empêche, des intervenants à l’Isfec de Rennes tiennent parfois des propos plus religieux que pédagogiques. « Certains se prennent pour des prophètes. Leur discours et leur vocabulaire le laissent penser », confie Éléonore, en première année de master. Sourire aux lèvres, Lucie complète l’anecdote :  « Un intervenant est venu nous parler de l’environnement. Il nous a dit que Greta Thunberg était une prophète et que le chemin l’avait amenée vers l’environnement. » D’une manière moins flagrante, les étudiants sont régulièrement confrontés à des citations bibliques ou à des références religieuses. « On a eu des cours sur le harcèlement scolaire et, dans le diapo, on avait une citation de Saint-Matthieu. Ils arrivent vraiment à ancrer la religion partout », souffle Clémentine.

Les 24 Isfec sont pourtant des établissements privés sous contrat avec l’Etat, soumis à des obligations, notamment en matière de programmes et d’examens. Ils doivent respecter les principes de laïcité et de neutralité religieuse au sein de leurs formations. Leur contrôle est assuré par le rectorat de l’académie concernée, en collaboration avec l’État et les autorités ecclésiastiques. En cas d’infraction aux règles, des mesures allant d’un simple avertissement à une enquête peuvent être prises par l’institution. 

Par exemple, dans une autre région, en février 2021, le syndicat Unsa-Snep avait dénoncé au rectorat de Normandie un acte de prosélytisme religieux à l’Isfec de Caen (Calvados), lors d’une session de formation intitulée « moment de réflexion pastorale sur le jeûne ». L’alerte portait sur le contenu qui aurait eu pour objectifs « d’accueillir ensemble davantage la résurrection du Christ » et « d’imaginer ce qui serait faisable pour permettre à vos élèves de vivre ce temps de carême et de découvrir qu’ils sont appelés à accomplir ce qu’ils sont aussi : des enfants de Dieu ». Christine Gavini, la rectrice de l’académie de Caen, avait indiqué avoir « rappelé à la direction de Formiris Normandie [Formiris a passé une convention avec l’État pour la formation d’enseignants des établissements privés sous contrat sous tutelle du ministère, ndlr] que les modules de formation à caractère religieux doivent impérativement être proposés à titre facultatif ».

La vraie sélection

En Bretagne, au moment de rentrer en formation, les candidats n’ont pas toujours une idée précise de l’enseignement catholique, de ses valeurs et de la façon de les transmettre. Cet apprentissage se fait directement lors du cursus. Cependant, une attente existe au moment du pré-accord collégial, sésame pour exercer dans les 80 lycées sous-contrat bretons. « C’est un entretien avec deux chefs d’établissement qui porte sur les motivations de l’étudiant et sa connaissance du projet de l’enseignement catholique pour voir s’il y adhère », précise Eric Tourelle, le responsable pédagogique du second degré à l’Isfec de Bretagne.

Un moyen pour l’institution de séparer le bon grain de l’ivraie. Le refus du pré-accord collégial peut entraîner l’impossibilité d’effectuer certains types de stages, de passer le concours de l’enseignement privé (CAFEP) ou encore de travailler dans un établissement privé. 

Eric Tourelle, le responsable pédagogique du second degré à l'Isfec de Rennes.
Eric Tourelle, le responsable pédagogique du second degré à l’Isfec de Rennes. (©Enquêtes d’actu)

Au détour de cet entretien de routine, les étudiants doivent répondre à des questions en apparence banales. Mais rapidement, le ton peut changer et les interrogations se porter sur la religion. L’aumônerie, la visite d’églises, la pastorale… Autant de thèmes abordés qui ne laissent aucune place à la neutralité. Les réponses doivent aller dans le sens de l’enseignement catholique, sous peine de refus de pré-accord. C’est ce qu’a vécu Clémentine. « Au début, on m’a posé des questions de présentation, puis, ça a commencé à dériver. On m’a demandé ce que je pensais de l’aumônerie, comment m’y impliquer ou encore si je visitais des églises. Je leur ai dit oui », confie-t-elle avec un air ironique avant de poursuivre plus sérieusement : « J’ai une camarade de promo qui a dit franco qu’elle n’en avait rien à faire d’être dans le public ou dans le privé et elle ne l’a pas eu ».

Lucie, sa camarade, confirme elle aussi s’être sentie obligée de répondre dans le sens des attentes de leurs interlocuteurs. « Il m’ont demandé si j’étais prête à m’engager dans la pastorale. Évidemment, j’ai répondu oui », lâche-t-elle sur le même ton que son amie. Avant d’avouer :  « On est obligé de mentir. »

*Les prénoms ont été modifiés.

Les épisodes précédents :

« En Bretagne, l’enseignement catholique ne disparaîtra pas »

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Grand Bourgtheroulde : le Secours populaire a confié ses protégés au Secours catholique

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Chantal De Vienne et Maryse Villain, responsable et co-responsable de l'antenne du Secours catholique à Grand Bourgtheroulde.
Chantal De Vienne et Maryse Villain, responsable et co-responsable de l’antenne du Secours catholique à Grand Bourgtheroulde. ©Thomas Guilbert

La cessation d’activité du Secours populaire dans le Roumois, début juin 2023, a fait grand bruit dans le territoire. Parmi les associations caritatives, l’événement a soulevé des interrogations, comme à l’antenne du Secours catholique de Grand Bourgtheroulde.

« Nous étions inquiètes au début », confie Chantal De Vienne, la responsable de l’antenne, se demandant légitimement ce que deviendraient les bénéficiaires du Secours populaire.

La responsable du Secours catholique à Grand Bourgtheroulde a été assez vite rassurée, raconte-t-elle. « J’ai eu un coup de fil de l’ancienne responsable et elle m’a expliqué la situation. »

Les familles réparties entre associations

Puis, les bénévoles du Secours populaire ont réuni le Secours catholique de Grand Bourgtheroulde, celui du Thuit-de-l’Oison, les Restos du cœur de Routot et la Banque alimentaire de Bourg-Achard, pour leur transmettre « les listes des familles accompagnées ».

L’idée était de répartir les situations entre les quatre associations, ainsi que les stocks

Chantal De Vienne

Sur le plan des distributions mensuelles, les bénévoles du Secours catholique ne semblent pas avoir été submergés. Par prudence, Chantal De Vienne et son équipe ont tout de même « doublé le temps de distribution ». L’antenne a d’ailleurs ouvert cet été, alors qu’elle est habituellement fermée.

« On pourra évaluer la charge supplémentaire en septembre. On verra alors comment on s’organise à l’avenir », poursuit-elle, en espérant recruter de nouveaux bénévoles. « On est une vingtaine. Il nous faudrait des plus jeunes », insiste Maryse Villain, co-responsable basée à Bourg-Achard. Le benjamin de l’équipe, assure cette dernière, est âgé de 68 ans.

Chez les bénéficiaires, l’inquiétude s’est aussi fait sentir. « Ils voulaient savoir comment cela allait fonctionner », raconte Chantal De Vienne. La première distribution a ainsi eu lieu dès le début du mois de juillet, avec les personnes que le Secours catholique suivait déjà. Pour la suite, la responsable de l’antenne et les bénévoles étudieront la possibilité d’ajouter un ou des créneaux de distribution dans le mois. Pour l’instant, aucune décision n’a été prise.

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Pour ses distributions, le Secours catholique est ouvert le premier vendredi et le troisième samedi de chaque mois. Le vestiaire est ouvert le samedi matin. L’antenne se situe 179, rue du Thuit-Hébert, à Grand Bourgtheroulde.Pour tout contact, appeler le tél. : 07 77 26 49 89 ou 07 84 10 03 07.

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