Jean-Louis Schlegel : « Catholique, je suis pour la … – La Croix

Jean Louis Schlegel : « Catholique, je suis pour la ..

La légitimité de la parole des religions en matière politique, a fortiori sur des sujets qui engagent directement les convictions et la responsabilité de tous, donc le bien commun, n’est pas en cause. Dans la discussion publique, la démocratie peut, et même doit, apprendre des traditions religieuses, de leur sagesse et de leur éthique, plus encore dans une société où l’utilité et la technique règnent en maîtres.

Je suis néanmoins surpris que la Conférence des responsables de culte en France (CRCF) intervienne, à propos de la fin de vie, de manière aussi rugueuse dans le débat en cours à l’Assemblée nationale. Alors que les « camps » en présence revendiquent à première vue les mêmes mots (dignité, fraternité…) pour qualifier des attitudes très opposées sur la fin de vie désirable, je ne suis pas sûr que la tribune de la CRCF quant aux « dangers d’une rupture anthropologique » soit pertinente, sur la forme et le fond.

Disons-le d’emblée sans fard : il est étrange de voir repris, dès son titre, cette expression phare, qui a fait flop en 2012-2013, lors de la loi sur le mariage pour tous. L’apocalypse promise par une telle rupture n’a pas eu lieu… tout simplement parce que la rupture anthropologique s’est produite bien avant, dans les années 1960, avec la mise en vente libre de la pilule contraceptive, qui a bouleversé le régime des relations hommes-femmes et ébranlé le modèle familial reçu.

Or l’Église catholique, pour ne parler que d’elle, n’a jamais varié : elle est restée dans le déni de cette rupture, pour engager, lors de chaque loi sociétale, des combats perdus. Le « lien social » ne s’est pas écroulé. Ce qui s’est ainsi considérablement défait, en revanche, c’est l’Église catholique, sa crédibilité et la réception de son discours.

Une Église dépassée

Les cinq points mis en avant dans la tribune de la CRCF consistent presque exclusivement en dénonciations dures du pire, présent et à venir, si le projet de loi (avant la discussion à l’Assemblée) est adopté. Les rédacteurs de la tribune s’épargnent ce faisant tout retour sur ce qu’il y a de juste et d’admissible dans ce projet de loi.

Celui-ci n’est en effet pas dû seulement à une « culture de la mort », mais à des raisons sociologiques graves et sérieuses : l’allongement considérable de la vie avec sa conséquence inéluctable, une fin de vie souvent plus difficile, plus douloureuse, plus solitaire, perçue comme « indigne » par beaucoup ; des maladies séniles redoutées ; une « médecine ultra-performante, capable de faire mourir quasiment sans souffrir », mais aussi de prolonger fortement la vie des malades et des éprouvés de tous âges (ou de différer considérablement le moment de leur mort) ; la volonté partagée d’autodétermination responsable en tous domaines du début à la fin de la vie.

De plus en plus de contemporains voient et vivent cela avec leurs proches et leurs amis. Beaucoup sont loin, et ne peuvent visiter ou aider… Bien entendu, le recul de la foi en une « autre vie » joue aussi son rôle, avec le sentiment de l’inutilité de rester plus longtemps en vie quand rien ne va plus dans le corps mortel.

La CRCF se dispense donc de légitimer ses avertissements – une « autodispense » mal accueillie par des citoyens qui ne sont pas nécessairement des laïcards bornés. Ils rappellent l’objection déjà avancée contre l’Église lors de précédentes batailles législatives sur les sujets sociétaux : de quel droit, devenue très minoritaire, et aussi dévaluée par l’écart entre le dire et le faire (cf. les abus…), peut-elle prétendre imposer sa loi contre une opinion qui va dans l’autre sens ?

Ces lois laissent une totale liberté aux croyants pour vivre leur foi et défendre leurs options éthiques : de quel droit dénient-ils aux autres la possibilité de vivre selon leurs convictions, a fortiori si ces derniers sont majoritaires ? Comment rester insensible à ces protestations démocratiques ?

L’ultime liberté : pour quoi ?

Pour toutes ces raisons, je dis en tout cas personnellement « oui » à la future nouvelle loi, en espérant qu’elle mettra fin à un débat épuisant pour tous et ne confirmera pas, à travers ses dérives, ceux qui craignent l’apocalypse. Mais pour ma part, je ne suis pas intéressé, je le dis franchement, par l’« ultime liberté », par l’autodétermination responsable que cette loi m’accordera pour choisir le moment de ma mort et la façon de mourir.

Si je ne me reconnais pas, ni dans le ton ni sur le fond, dans le combat que l’Église mène, avec les autres religions, contre le projet de loi en cours de discussion, je doute que la liberté « ultime », absolue, de choisir l’heure de sa mort, ainsi que le mode opératoire de cette aide, réponde aux questions multiples nées de la diversité et de la singularité des fins de vie aujourd’hui.

Pour moi, c’est le mot « accompagnement » qui définit le mieux ce que je souhaite quand l’heure viendra. Être accompagné par des soignants attentionnés et des proches aimants, qui me diront des paroles de consolation et me tiendront la main « fraternellement », tel est mon espoir. Ce n’est pas la garantie, mais la promesse ou la chance de vivre ce que signifie en réalité le mot « eu-thanasie » : une « mort heureuse » (1) ou un mourir heureux.

C’est aussi, selon moi, le comportement le plus « digne » dans une société qui se veut activement fraternelle et solidaire et ne résout pas les problèmes du vivre et du mourir en les supprimant grâce à la technique. La loi Claeys-Leonetti de 2016, qui insiste sur les soins palliatifs et permet, à la toute fin, la sédation profonde, me semble à la hauteur de ces principes. Interprétée avec ouverture et clairvoyance, elle permet la fin des souffrances et de l’acharnement thérapeutique dans le respect de la liberté du malade qui se sait « condamné ». Et elle convient très bien au catholique que je suis et reste.

[1] Hans Küng, La Mort heureuse, Seuil, 2015. J’ai traduit ce livre très personnel du théologien contestataire (et contesté), où il défend avec des arguments impressionnants, y compris chrétiens, le « droit, le moment venu, de décider quand et comment je vais mourir ». C’était son choix, il insistait sur ce point. Je ne le suis pas.

La loi sur l’aide à mourir est-elle la plus permissive au monde ? 🎥 Retrouvez l’éclairage d’Antoine d’Abbundo 👇

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— La Croix (@la-croix.com) 22 mai 2025 à 15:29

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