Jean-Louis Schlegel : « Catholique, je suis pour la … – La Croix

La légitimité de la parole des religions en matière politique, a fortiori sur des sujets qui engagent directement les convictions et la responsabilité de tous, donc le bien commun, n’est pas en cause. Dans la discussion publique, la démocratie peut, et même doit, apprendre des traditions religieuses, de leur sagesse et de leur éthique, plus encore dans une société où l’utilité et la technique règnent en maîtres.

Je suis néanmoins surpris que la Conférence des responsables de culte en France (CRCF) intervienne, à propos de la fin de vie, de manière aussi rugueuse dans le débat en cours à l’Assemblée nationale. Alors que les « camps » en présence revendiquent à première vue les mêmes mots (dignité, fraternité…) pour qualifier des attitudes très opposées sur la fin de vie désirable, je ne suis pas sûr que la tribune de la CRCF quant aux « dangers d’une rupture anthropologique » soit pertinente, sur la forme et le fond.

Disons-le d’emblée sans fard : il est étrange de voir repris, dès son titre, cette expression phare, qui a fait flop en 2012-2013, lors de la loi sur le mariage pour tous. L’apocalypse promise par une telle rupture n’a pas eu lieu… tout simplement parce que la rupture anthropologique s’est produite bien avant, dans les années 1960, avec la mise en vente libre de la pilule contraceptive, qui a bouleversé le régime des relations hommes-femmes et ébranlé le modèle familial reçu.

Or l’Église catholique, pour ne parler que d’elle, n’a jamais varié : elle est restée dans le déni de cette rupture, pour engager, lors de chaque loi sociétale, des combats perdus. Le « lien social » ne s’est pas écroulé. Ce qui s’est ainsi considérablement défait, en revanche, c’est l’Église catholique, sa crédibilité et la réception de son discours.

Une Église dépassée

Les cinq points mis en avant dans la tribune de la CRCF consistent presque exclusivement en dénonciations dures du pire, présent et à venir, si le projet de loi (avant la discussion à l’Assemblée) est adopté. Les rédacteurs de la tribune s’épargnent ce faisant tout retour sur ce qu’il y a de juste et d’admissible dans ce projet de loi.

Celui-ci n’est en effet pas dû seulement à une « culture de la mort », mais à des raisons sociologiques graves et sérieuses : l’allongement considérable de la vie avec sa conséquence inéluctable, une fin de vie souvent plus difficile, plus douloureuse, plus solitaire, perçue comme « indigne » par beaucoup ; des maladies séniles redoutées ; une « médecine ultra-performante, capable de faire mourir quasiment sans souffrir », mais aussi de prolonger fortement la vie des malades et des éprouvés de tous âges (ou de différer considérablement le moment de leur mort) ; la volonté partagée d’autodétermination responsable en tous domaines du début à la fin de la vie.

De plus en plus de contemporains voient et vivent cela avec leurs proches et leurs amis. Beaucoup sont loin, et ne peuvent visiter ou aider… Bien entendu, le recul de la foi en une « autre vie » joue aussi son rôle, avec le sentiment de l’inutilité de rester plus longtemps en vie quand rien ne va plus dans le corps mortel.

La CRCF se dispense donc de légitimer ses avertissements – une « autodispense » mal accueillie par des citoyens qui ne sont pas nécessairement des laïcards bornés. Ils rappellent l’objection déjà avancée contre l’Église lors de précédentes batailles législatives sur les sujets sociétaux : de quel droit, devenue très minoritaire, et aussi dévaluée par l’écart entre le dire et le faire (cf. les abus…), peut-elle prétendre imposer sa loi contre une opinion qui va dans l’autre sens ?

Ces lois laissent une totale liberté aux croyants pour vivre leur foi et défendre leurs options éthiques : de quel droit dénient-ils aux autres la possibilité de vivre selon leurs convictions, a fortiori si ces derniers sont majoritaires ? Comment rester insensible à ces protestations démocratiques ?

L’ultime liberté : pour quoi ?

Pour toutes ces raisons, je dis en tout cas personnellement « oui » à la future nouvelle loi, en espérant qu’elle mettra fin à un débat épuisant pour tous et ne confirmera pas, à travers ses dérives, ceux qui craignent l’apocalypse. Mais pour ma part, je ne suis pas intéressé, je le dis franchement, par l’« ultime liberté », par l’autodétermination responsable que cette loi m’accordera pour choisir le moment de ma mort et la façon de mourir.

Si je ne me reconnais pas, ni dans le ton ni sur le fond, dans le combat que l’Église mène, avec les autres religions, contre le projet de loi en cours de discussion, je doute que la liberté « ultime », absolue, de choisir l’heure de sa mort, ainsi que le mode opératoire de cette aide, réponde aux questions multiples nées de la diversité et de la singularité des fins de vie aujourd’hui.

Pour moi, c’est le mot « accompagnement » qui définit le mieux ce que je souhaite quand l’heure viendra. Être accompagné par des soignants attentionnés et des proches aimants, qui me diront des paroles de consolation et me tiendront la main « fraternellement », tel est mon espoir. Ce n’est pas la garantie, mais la promesse ou la chance de vivre ce que signifie en réalité le mot « eu-thanasie » : une « mort heureuse » (1) ou un mourir heureux.

C’est aussi, selon moi, le comportement le plus « digne » dans une société qui se veut activement fraternelle et solidaire et ne résout pas les problèmes du vivre et du mourir en les supprimant grâce à la technique. La loi Claeys-Leonetti de 2016, qui insiste sur les soins palliatifs et permet, à la toute fin, la sédation profonde, me semble à la hauteur de ces principes. Interprétée avec ouverture et clairvoyance, elle permet la fin des souffrances et de l’acharnement thérapeutique dans le respect de la liberté du malade qui se sait « condamné ». Et elle convient très bien au catholique que je suis et reste.

[1] Hans Küng, La Mort heureuse, Seuil, 2015. J’ai traduit ce livre très personnel du théologien contestataire (et contesté), où il défend avec des arguments impressionnants, y compris chrétiens, le « droit, le moment venu, de décider quand et comment je vais mourir ». C’était son choix, il insistait sur ce point. Je ne le suis pas.

La loi sur l’aide à mourir est-elle la plus permissive au monde ? 🎥 Retrouvez l’éclairage d’Antoine d’Abbundo 👇

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— La Croix (@la-croix.com) 22 mai 2025 à 15:29

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« Le pire, c’est le repli sur soi-même » : trois représentants religieux du Loiret décryptent les actes racistes des derniers mois

La Licra Loiret organise, jeudi 22 mai à 19 h 30, une table ronde autour des religions du Livre et de la République.

Nous évoquons, avec trois représentants religieux attendus aux Archives départementales (boulevard Marie-Stuart à Orléans), les tensions qui peuvent naître entre communautés et leur souhait d’une société plus fraternelle.

Monseigneur Blaquart, évêque d’Orléans

Alors que des tensions minent la société, que des actes racistes ont été commis dans l’Orléanais, l’évêque d’Orléans appelle à rompre avec « l’ignorance de l’autre ».

Monseigneur Blaquart, évêque d’Orléans.

Quel rôle l’Église peut-elle jouer pour apaiser les tensions ? 

« Faire du lien. Au diocèse d’Orléans, il existe un service du dialogue intercroyant ; nous essayons de maintenir des liens avec les frères et sœurs des autres religions. Dès qu’il y a une crise, nous essayons de réagir ensemble. On sent que nous sommes dans une période où nous devons rester attentifs les uns aux autres. »

L’apaisement passe-t-il par l’exemple des représentants religieux ?

« Bien sûr. Plus on se rencontre, plus on se connaît et plus, on s’apprécie. Seulement, à l’intérieur de nos communautés respectives, tout le monde ne suit pas… »

Comment l’expliquez-vous ?

« Par ignorance. Le grand mal, aujourd’hui, c’est l’ignorance de l’autre. Plus on est enfermé dans son réseau, plus on est méfiant. On n’oublie pas que dans toutes nos religions, il y a des extrémistes. Mais nous, les représentants des différentes religions, nous disons que malgré les conflits existant dans différents pays, nous devons vivre, ici, dans la fraternité. »

Vous évoquez l’importation des conflits. Exemple avec Gaza ? 

« Aujourd’hui, 2,5 millions de personnes sont en grande souffrance avec des enfants affamés. C’est la faillite du gouvernement de Netanyahou et Trump qui a annoncé vouloir chasser 2,5 millions de personnes de Gaza pour installer une marina, mais on rêve… Ce n’est pas possible. Où sont les droits de l’Homme ? Le danger est de vouloir se taire de crainte d’être accusé de… On ne peut pas continuer comme ça. Ce n’est pas acceptable. Des personnes souffrent, on ne peut pas rester les bras ballants. Ces deux peuples doivent vivre ensemble sur la même terre. »

Selon vous, la classe politique attise-t-elle les tensions ?

« Oui. Et le multilatéralisme est parterre. La Déclaration universelle des droits de l’homme est bafouée. On est dans une épuration ethnique. Mais c’est quoi cette histoire ? Je n’oublie pas ce qu’il s’est passé le 7 octobre en Israël, mais pas au prix de détruire tout un pays et de chasser la population. »

Aviez-vous senti la dégradation du climat, ces derniers mois, dans l’Orléanais ?

 « Ce sont des minorités, il faut éviter les amalgames. Je vois surtout, dans les quartiers, des populations qui vivent et qui font du sport ensemble. »

La société est-elle toujours fraternelle ?

« Le pire, c’est le repli sur soi. Il faut sortir, aller à la rencontre de l’autre, parler et manger ensemble. Je pousse les jeunes catholiques à aller dans des pays plus pauvres et d’une autre religion. Plus on vit sur soi, avec ses idées et son réseau, plus on s’appauvrit. »

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Rabbin agressé à Orléans : la foi plus forte que la peur

Le chandelier allumé, la cérémonie de shabbat peut commencer. Les portes de la synagogue d’Orléans (Loiret) restent ouvertes toute la matinée, ce samedi 17 mai, pour que chacun accède librement à l’office du jour. Ce jour-là, le traditionnel talit drapé sur les épaules, le rabbin Arié Engelberg est pleinement concentré à transmettre aux fidèles son « amour inconditionnel de Dieu, qui n’est que bonté », accomplissant, deux heures durant, tous les rites de l’office de shabbat : bénédictions, versets chantés, psaumes récités en hébreu à la louange de Dieu, prière en français pour la République française.

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« Il y a un effet sidération » : le témoignage d’un gendarme loirétain sur les annonces de décès routiers

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Une nouvelle mosquée inaugurée à Saran dans un contexte tendu à Orléans

L’inauguration de la nouvelle mosquée de Saran (Loiret) a eu lieu dans un contexte tendu ce vendredi, suite aux autocollants anti-musulmans retrouvés collés dans les rues d’Orléans. Les représentants des trois cultes monothéistes ont tenu à apporter un message de paix et de fraternité.

L'intérieur de la mosquée se veut sobre et épuré

L’intérieur de la mosquée se veut sobre et épuré © Radio France – Léonie Cornet

En présence des représentants des trois cultes monothéistes

Aziz Tazi (au centre) aux côtés du maire de Saran, Mathieu Gallois (à gauche)

Aziz Tazi (au centre) aux côtés du maire de Saran, Mathieu Gallois (à gauche) © Radio France – Léonie Cornet

« Bien plus qu’un lieu de prière, un lieu de paix, de fraternité et de solidarité » : une nouvelle mosquée inaugurée près d’Orléans

En ce jour d’inauguration et malgré un contexte de fortes tensions après l’épisode des autocollants anti-musulmans, deux mots couraient sur toutes les lèvres, répétés à l’envi par tous les visiteurs de la nouvelle mosquée de Saran : paix et fraternité.

« C’est un moment très important pour notre communauté, et aussi pour toute la société, à laquelle nous appartenons. Cette mosquée est bien plus qu’un lieu de prière, a affirmé Aziz Tazi, le président de la mosquée de Saran. C’est un lieu de paix, de fraternité, de solidarité. C’est un espace où l’on se retrouve, où l’on se soutient, où l’on apprend à se connaître. Elle est ouverte à toutes et à tous, sans distinction. Elle encourage le dialogue entre les cultures, entre générations, entre religions. »

Des représentants juifs et catholiques 

Pour joindre le geste aux mots, Aziz Tazi avait invité des représentants de la religion catholique, de la religion juive, de la Ville de Saran et de l’État. Étaient ainsi présents, outre les nombreux membres de la communauté musulmane, André Druon, le président de la communauté israélite d’Orléans, Gérard Godineau, le délégué au dialogue interreligieux du diocèse, Emmanuel Duplessy, le député de la circonscription, Mathieu Gallois, le maire de Saran, Mariam Pontoni, sous-préfète, ainsi que les vice-consuls du Maroc et du Mali.

Et respectant les règles de la mosquée, tous ont accepté de se déchausser ou de porter des surchaussures pour découvrir – et apprécier – ce nouveau lieu de culte, qui a ouvert ses portes pour la première fois le 28 février dernier, à la veille du ramadan.

« Surmonter ce qui peut nous diviser »

« J’ai été particulièrement touché par cette invitation. Surpris aussi, a avoué André Druon au micro. C’est la preuve que nous pouvons, que nous devons vivre ensemble. Et qu’il faut surmonter, être au-dessus de tout ce qui peut nous diviser à l’extérieur. Comme vous le savez, notre rabbin a été agressé il y a quelques mois. Mais aujourd’hui, je suis là. Parce qu’il faut aller au-delà, ne pas faire d’amalgame, et il faut le prouver. Cette preuve, c’est ma présence. »

Gérard Godineau a quant à lui rappelé que « notre volonté de dialogue dure depuis 1997 pour approfondir notre connaissance mutuelle. Et je crois que c’est ceci qui est important. Il faut que nous soyons, non pas des individus dans l’indifférence, mais il faut que nous allions les uns vers les autres. Nous sommes citoyens, nous sommes croyants, et nous avons le sens de la vie en commun. Nous sommes frères. »

Portes ouvertes dimanche

Pour poursuivre dans cette démarche d’ouverture, une journée portes ouvertes sera organisée dimanche. De 10 heures à 17 heures, la mosquée sera accessible à toutes et à tous.

La mosquée est situé rue Camille-Claudel, au nord-ouest de la commune, dans la (nouvelle) zone de la Pétrée. © Maude Milekovic
Des élus, des représentants de l’État, les vice-consuls du Maroc et du Mali, mais aussi des représentants des religions catholique et juive étaient présents pour l’occasion. © Maude Milekovic
Les invités ont pu visiter les lieux, ici la bibliothèque, qui abrite des livres en français ou en arabe. © Maude Milekovic
La mosquée compte aussi deux salles d’activités culturelles, dont une dédiée à l’aide aux devoirs. © Maude Milekovic
À l’étage, celui des femmes, le bâtiment dévoile toutes ses dimensions et sa luminosité. © Maude Milekovic
La salle des ablutions réservée aux femmes. © Maude Milekovic
La mosquée de Saran peut accueillir 400 personnes. © Maude Milekovic
La décoration allie inspirations orientales et modernité, dans une volonté de convenir aux fidèles de tous âges. © Maude Milekovic
Des représentants des religions catholique et juive étaient présents, dont Gérard Godineau, le délégué au dialogue interreligieux du diocèse religieux (à gauche) ou, à côté de lui, André Druon, le président de la communauté israélite d’Orléans. © Maude Milekovic
À la mosquée de Saran, si les prières sont dites en arabes, le prêche est en français pour faciliter la compréhension de tous, a expliqué le président Aziz Tazi. © Maude Milekovic

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Le pape Léon XIV, un héritier inattendu d’Haïti

Robert Prevost pape Léon XIV
Robert Prevost pape Léon XIV

L’élection du pape Léon XIV, premier Américain à accéder au trône pontifical, suscite une onde d’enthousiasme inattendue en Haïti. Derrière son nom civil, Robert Francis Prevost, certains voient les traces d’une lignée haïtienne oubliée, enracinée dans les quartiers créoles de La Nouvelle-Orléans. Si le Vatican reste silencieux, cette filiation présumée soulève espoirs, fiertés et interrogations sur l’identité du nouveau souverain pontife.

L’élection du pape Léon XIV, de son vrai nom Robert Francis Prevost, a marqué l’histoire récente de l’Église catholique : pour la première fois, un Américain accède au trône de Saint Pierre. Mais au-delà de cette avancée symbolique, une autre facette de son identité intrigue et passionne : ses liens possibles avec Haïti. Des rumeurs relayées sur les réseaux sociaux aux travaux de généalogistes, la question de son ascendance haïtienne alimente un débat brûlant entre fierté, spéculations et revendications culturelles.

Une trace dans les archives de La Nouvelle-Orléans

C’est à La Nouvelle-Orléans, cœur historique de la diaspora créole et afrodescendante aux États-Unis, que remonterait le fil familial du pape Léon XIV. Le généalogiste Jari C. Honora a identifié un acte de mariage de 1887 mentionnant Joseph Martinez, arrière-grand-père du pape, comme étant né en Haïti. Cet homme aurait ensuite émigré en Louisiane, dans le Seventh Ward, un quartier emblématique des « gens de couleur libres ». Sa descendance s’est installée à Chicago, où naquit Mildred Martinez, mère du futur pontife.

L’Église Notre-Dame du Sacré-Cœur conserve ce précieux document qui, s’il est authentifié, relierait le pape Léon XIV à la riche histoire haïtienne et créole américaine. Toutefois, le Vatican n’a pas confirmé cette origine, et le souverain pontife lui-même ne s’est pas exprimé publiquement sur ses racines.

À Port-au-Prince, l’espoir d’un regard nouveau

En Haïti, cette possible filiation résonne bien au-delà de la généalogie. Dans un pays ravagé par la violence des gangs, l’instabilité politique et la misère, la nouvelle d’un pape aux origines haïtiennes redonne un peu d’espoir. « Un pape d’origine haïtienne, je pense que nous serons dans ses prières », déclare Josue Derosier, catholique de Port-au-Prince. Beaucoup espèrent que ce lien, aussi ténu soit-il, poussera Léon XIV à se pencher davantage sur la détresse du peuple haïtien.

Pour d’autres, cette révélation incarne aussi une revanche symbolique : celle d’un peuple souvent marginalisé qui verrait l’un de ses fils, même éloigné, porter le poids spirituel de l’Église universelle. Le représentant démocrate de Louisiane, Troy Carter, s’est empressé de saluer cette ascendance, parlant avec fierté d’un « homme noir et fils de la Nouvelle-Orléans » à la tête du Vatican.

Entre silence du Vatican et attentes populaires

Malgré l’émotion suscitée, cette filiation reste à l’état de présomption. Aucun communiqué officiel ne l’a encore confirmée. L’Église catholique, prudente sur ces questions identitaires, semble vouloir éviter toute instrumentalisation ou récupération symbolique. Mais le débat, lui, est déjà lancé, et bien vivant.

Ce que cette controverse révèle, c’est l’aspiration profonde à voir dans les hautes sphères du pouvoir spirituel des figures plus proches, plus diverses, et plus représentatives de la pluralité des croyants. Léon XIV, engagé de longue date auprès des populations marginalisées en Amérique latine, semble déjà en phase avec cette mission d’ouverture. Reste à savoir s’il embrassera aussi, symboliquement, cet héritage haïtien que tant lui prêtent et revendiquent.

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USA : les origines afro-créoles du pape Léon XIV mises en lumière

Un historien de la Nouvelle-Orléans a révélé que le pape Léon XIV descendrait de familles créoles, identifiées comme « personnes libres de couleur » au XIXe siècle. Une page méconnue de l’histoire du souverain pontife, qui soulève autant de fierté que de réflexion.

L’élection du pape Léon XIV n’a pas seulement marqué un tournant spirituel pour l’Église catholique. Elle a aussi ravivé un pan méconnu de l’histoire américaine. En Louisiane, un généalogiste de la Nouvelle-Orléans a retracé les origines familiales du souverain pontife… jusqu’à une communauté créole bien établie avant la guerre de Sécession.

Tout est parti d’un nom : Prevost. Celui, à consonance française, du nouveau pape. Jari Honora, spécialiste des familles louisianaises, a mené l’enquête. Ses recherches dans les archives du XIXe siècle montrent que les quatre arrière-grands-parents maternels de Léon XIV étaient classés comme « personnes libres de couleur » dans les registres de l’époque.

« Pour la communauté catholique noire, cela montre la profondeur de notre héritage de foi », explique Honora. « Il remonte au XVIe siècle, même ici, en Amérique du Nord. »

Ces familles, affranchies avant l’abolition de l’esclavage, formaient une société distincte, à l’identité multiple : française, espagnole, africaine, parfois amérindienne. Ce métissage, typique de la Louisiane, a donné naissance à une culture créole riche… mais souvent effacée.

Marc Morial, ancien maire de la Nouvelle-Orléans, a grandi dans le même quartier que les ancêtres du pape. Il dit ressentir une fierté sincère, mais aussi une forme de mélancolie.

« En Amérique, beaucoup ont dû renoncer à leur identité pour survivre », rappelle-t-il. « Des Noirs se faisant passer pour Blancs, des Juifs changeant de nom pour être acceptés… C’est aussi ça, l’histoire de ce pays. »

Cette révélation sur l’ascendance du pape Léon XIV offre un éclairage inattendu sur l’histoire des migrations, de la foi et de l’effacement identitaire. Une trajectoire familiale qui relie le Vatican à la Louisiane, et qui résonne bien au-delà du monde catholique.

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Une nouvelle paroisse pour l’Église catholique de Cherbourg : « L’aboutissement d’une longue démarche

L’Église catholique de Cherbourg (Manche) et des alentours rassemble cinq paroisses présentes dans quinze communes : la paroisse Jean XXIII avec sept clochers à Cherbourg et La Glacerie, la paroisse Saint-Sauveur à Octeville et Nouainville, la paroisse Sainte-Marie du Cotentin à Équeurdreville-Hainneville, Querqueville, Tonneville et Urville-Nacqueville, la paroisse Saint-Gabriel à Tourlaville, Bretteville, Digosville et Le Mesnil-au-Val et la paroisse Sainte-Bernadette qui réunit Martinvast, Hardinvast, Virandeville, Couville, Sideville, Saint-Martin le Gréard, Teurthéville-Hague et Tollevast.

Lors de sa visite pastorale, Monseigneur Grégoire Cador, évêque de Coutances et Avranches, a confirmé le projet de regrouper ces cinq paroisses en une nouvelle grande paroisse, au plus tard le 1er janvier 2027. Le père Marc Vacher, à la tête du doyenné de Cherbourg-Hague, a accepté de répondre à nos questions.

« Inventer la paroisse de demain »

Pourquoi ce projet de regroupement des paroisses ?

« C’est l’aboutissement d’une longue démarche, liée à la fois à la baisse du nombre de prêtres, à celle parallèle d’une baisse de la pratique religieuse et aux difficultés qu’ont parfois les laïcs engagés dans la vie de l’Église à trouver des successeurs pour assurer une continuité dans leurs fonctions. Il n’y a pas si longtemps, le diocèse comptait 689 paroisses. Le projet Paroisse 2000, puis d’autres regroupements, avait ramené ce nombre à une soixantaine. Monseigneur Cador estime qu’il faut inventer la paroisse de demain, et non pas se contenter de fusionner des paroisses déjà existantes. Il souhaite éviter une centralisation autour des paroisses les plus importantes, au détriment de certaines églises. L’évêque entend mutualiser et non pas centraliser. Il désire aussi repenser le fonctionnement des paroisses, afin qu’il colle aux nouvelles réalités, et ne pas faire selon des schémas anciens.

Dans chacun des quinze territoires définis dans le département pour être les futures paroisses de la Manche, il nous faudra rassembler nos forces tout en gardant un souci de proximité. »

Comment s’appellera cette nouvelle paroisse ?

« Tous les paroissiens sont invités à faire des propositions avant le 15 mai 2025 pour le nom de la nouvelle paroisse. Le nom proposé, selon la règle donnée par le diocèse, doit comporter un (e) sainte (e) ou un (e) bienheureux (se) en y ajoutant un ancrage territorial, comme « du Cotentin », « de la mer », « de la rade », « de la presqu’île » …

Les propositions motivées par quelques explications peuvent être déposées dans les églises sur un coupon-réponse distribué à cet effet ou par mail à [email protected].

Vidéos : en ce moment sur Actu

Le conseil d’animation pastoral choisira une liste de 7 ou 8 noms. À la rentrée de septembre, les paroissiens seront appelés à voter pour dégager les trois noms qui seront proposés au diocèse. »

Propos recueillis par Étienne DEVAILLY

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Les origines afro-créoles du pape Léon XIV mises en lumière

Un historien de la Nouvelle-Orléans a révélé que le pape Léon XIV descendrait de familles créoles, identifiées comme « personnes libres de couleur » au XIXe siècle. Une page méconnue de l’histoire du souverain pontife, qui soulève autant de fierté que de réflexion.

L’élection du pape Léon XIV n’a pas seulement marqué un tournant spirituel pour l’Église catholique. Elle a aussi ravivé un pan méconnu de l’histoire américaine. En Louisiane, un généalogiste de la Nouvelle-Orléans a retracé les origines familiales du souverain pontife… jusqu’à une communauté créole bien établie avant la guerre de Sécession.

Tout est parti d’un nom : Prevost. Celui, à consonance française, du nouveau pape. Jari Honora, spécialiste des familles louisianaises, a mené l’enquête. Ses recherches dans les archives du XIXe siècle montrent que les quatre arrière-grands-parents maternels de Léon XIV étaient classés comme « personnes libres de couleur » dans les registres de l’époque.

« Pour la communauté catholique noire, cela montre la profondeur de notre héritage de foi », explique Honora. « Il remonte au XVIe siècle, même ici, en Amérique du Nord. »

Ces familles, affranchies avant l’abolition de l’esclavage, formaient une société distincte, à l’identité multiple : française, espagnole, africaine, parfois amérindienne. Ce métissage, typique de la Louisiane, a donné naissance à une culture créole riche… mais souvent effacée.

Marc Morial, ancien maire de la Nouvelle-Orléans, a grandi dans le même quartier que les ancêtres du pape. Il dit ressentir une fierté sincère, mais aussi une forme de mélancolie.

« En Amérique, beaucoup ont dû renoncer à leur identité pour survivre », rappelle-t-il. « Des Noirs se faisant passer pour Blancs, des Juifs changeant de nom pour être acceptés… C’est aussi ça, l’histoire de ce pays. »

Cette révélation sur l’ascendance du pape Léon XIV offre un éclairage inattendu sur l’histoire des migrations, de la foi et de l’effacement identitaire. Une trajectoire familiale qui relie le Vatican à la Louisiane, et qui résonne bien au-delà du monde catholique.

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