Des travaux visant à moderniser ce lieu de culte, ouvert en 1986, et à le convertir en trois salles de classe doivent débuter peu après.
Pour ces paroissiens du quartier Blackburn Hamlet, à Orléans, l’endroit revêt une forte valeur symbolique. Chaque dimanche, environ 80 fidèles célèbrent la messe dans la chapelle Saint-Claude, accolée à l’école.
«Ce qui me désole le plus, c’est que c’est un lieu de rassemblement. Notre chapelle, c’est le seul endroit où les francophones peuvent se réunir dans Blackburn», confie au Droit Viviane Côté-Maxwell, une paroissienne engagée.
«On est monté à 130 paroissiens présents à Pâques, renchérit Mariette Lavigne. Tous les dimanches, il y a beaucoup de jeunes familles immigrantes, notamment du Cameroun et de la République du Congo. Ils veulent s’impliquer.»
Jusqu’ici, le Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE) acceptait de prêter la chapelle les fins de semaine, tout en utilisant le lieu à des fins éducatives le reste du temps. Pourtant, depuis un décret de l’archidiocèse en 2011, ces paroissiens relèvent officiellement de l’église Sainte-Marie.
Face à une hausse de 34% du nombre d’élèves en quatre ans, le CECCE, propriétaire des lieux, a décidé de reprendre l’usage complet de l’espace, affirmant à l’archidiocèse «que le site devait désormais servir à l’école».
L’institution justifie sa décision à la fois par les besoins grandissants de l’établissement et par des considérations financières.
«Une classe mobile comme celles que nous utilisons pour combler l’absence d’espace coûte très cher, précise Marc Bertrand, directeur de l’éducation au CECCE. Il faut considérer la fabrication, la livraison, l’ancrage, l’électricité, les permis et les rampes pour les personnes à mobilité réduite. Deux portatives, ce serait près de 500 000 $.»
«Depuis les 15 dernières années, nous avons permis à un petit groupe d’utiliser l’espace, alors que l’église Sainte-Marie offre déjà un service satellite, explique-t-il. Le bail prend fin à la fin d’avril, mais nous avons indiqué qu’il serait possible d’utiliser les lieux jusqu’à la fin juin. Nous souhaitons une transition harmonieuse.»
Le bureau de l’archidiocèse d’Ottawa-Cornwall confirme pour sa part avoir été informé par le CECCE de la fin du bail et du besoin de créer de nouvelles classes pour répondre à la hausse des effectifs.
Dans une déclaration transmise au Droit, il reconnaît que cette décision «bouleverse» la communauté Saint-Claude, présente depuis plus de 40 ans.
«Les fidèles tiennent beaucoup à leur chapelle et sont devant un fait difficile à accepter», indique François Lanthier directeur des communications pour l’archidiocèse, précisant qu’aucune décision n’a encore été prise quant aux futurs rassemblements dominicaux.
Solutions difficiles
Les résidents sont invités à se tourner vers la paroisse Sainte-Marie d’Orléans, située plus à l’est, à une dizaine de kilomètres, soit environ 15 minutes en voiture.
Mais la solution ne convainc pas les paroissiens.
«Elle est trop loin pour certains qui n’ont pas de voiture, mais surtout, la communauté perdrait son identité culturelle, catholique et francophone», laisse entendre Mme Lavigne.
Le CECCE assure avoir «dialogué» et proposé plusieurs options. L’une d’elles consisterait à leur permettre d’utiliser le gymnase de l’école les fins de semaine. Là encore, l’accueil est froid.
«Cela demande d’entreposer les chaises, de tout installer. On l’a déjà fait pendant 13 ans avant l’ouverture de la chapelle Saint-Claude en 1986, mais on était plus jeunes. Tous les dimanches, il faut déplacer l’orgue, l’autel, le piano et s’occuper de la décoration. C’est beaucoup de travail. Il n’y a pas d’éclairage naturel, pas de fenêtres, et ce n’est pas notre lieu historique.»
M. Bertrand se dit également «ouvert» à ce que les résidents puissent bénéficier d’une partie de la chapelle une fois l’intérieur réaménagé.
«On a appris la fin du bail par accident»
Au-delà du fond du dossier, plusieurs déplorent surtout la manière.
«On a appris la fin du bail par accident, déplore Mme Lavigne. En mars, une ancienne résidente de Blackburn Hamlet, qui était paroissienne de Saint-Claude avant de déménager, a avisé un couple de nos paroissiens qu’elle avait vu un document attestant que le CECCE ne renouvellerait pas le bail de la chapelle Saint-Claude. On a compris que la décision avait été prise entre l’archidiocèse et le conseil scolaire.»
«C’est un manque de respect de leur part. Même le curé n’était pas au courant», croit Viviane Côté-Maxwell.
Ce à quoi Marc Bertrand du CECCE répond que «les conversations avec l’archidiocèse sont en cours depuis plusieurs mois, ainsi qu’avec les paroissiens».
«Je comprends les doléances, mais nous avons une mission éducative.»
D’autres options de relocalisation
Malgré tout, certains refusent de baisser les bras. Les paroissiens disent avoir commencé à explorer d’autres options pour se relocaliser, même s’ils ne peuvent entreprendre ces démarches officiellement au nom de la paroisse.
«On regarde la possibilité d’aller au centre communautaire, à l’école secondaire Louis-Riel, au Living Centre ou encore à la paroisse Good Shepherd, que l’on pourrait louer pour avoir une messe en français.»
«On garde un peu d’espoir de conserver la chapelle», conclut Mme Lavigne.
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