Sébastien Vauxion, le pâtissier dans les étoiles

« Le pâtissier au restaurant n’est plus un cuisinier loupé ». Dixit Sébastien Vauxion, récemment désigné « meilleur pâtissier de restaurant du monde », pour ses audacieux mariages de saveurs, « oignons-châtaignes » ou « champignons noirs-café » qui ont séduit la haute gastronomie.

Ce titre honorifique décerné par Les Grandes tables du Monde est venu s’ajouter début février aux deux étoiles de son restaurant le Sarkara à Courchevel, la première en 2019, la seconde en 2020 – inédit en pâtisserie.

Une nouvelle consécration pour ce fils de maraîchers que le Gault et Millau présente comme un « pionnier » et pour ses créations qualifiées d' »ébouriffantes » sur le site du guide Michelin.

Sébastien Vauxion, le pâtissier dans les étoiles

« Le pâtissier au restaurant n’est plus un cuisinier loupé, avant moi il y a plein de gens qui ont oeuvré en ce sens », explique à l’AFP Sébastien Vauxion depuis sa cuisine, sur les flancs de la vallée de la Tarentaise.

« L’esprit que j’ai initié à travers ce restaurant se répercute dans beaucoup d’assiettes de pâtissiers, cet esprit très végétal, cette ouverture sur le légume », dit-il.

Ouvert en 2017 au sein du K2 Palace, son « restaurant de desserts » propose des menus en plusieurs plats.

Le chef pâtissier de 40 ans travaille arômes, cuissons et textures. Le céleri-rave rôti au beurre chante dans la poêle tandis que dans un coin, une pâtissière souffle des effeuillés de sucre.

Couteau prêt à éplucher, il sourit: « des pâtissiers avec un oignon dans les mains, ça n’arrive pas souvent ». C’est pourtant un légume qu’il « adore », sucré quand il est cuit très lentement, « puissant » dans une cuisson vive.

Sébastien Vauxion, le pâtissier dans les étoiles

« Il a révolutionné une partie de la façon de faire en cuisine en apportant un peu de mélange entre sucré et salé dans un restaurant, en étant un peu plus pointu qu’un chef », observe Christophe Marguin, président des Toques blanches lyonnaises, association de chefs défenseurs de la gastronomie.

« Je suis pâtissier de formation et je n’ai jamais travaillé en cuisine. Seulement, année après année, mon travail sur les desserts a évolué, je me suis mis à travailler les fruits, puis les légumes, à la façon d’un cuisinier: en les faisant cuire, rôtir, en les braisant, en les associant ensemble, en créant des sauces et non plus des crèmes ou de simples coulis pour les accommoder. J’en suis venu à cuisiner la pâtisserie », explique Sébastien Vauxion.

‘Intelligence de coeur

Dans ses poêlons de fonte, le chef pâtissier place délicatement des noisettes torréfiées et de l’emmental au jus brun de topinambour sur une omelette. Son « topinambour-truffe noire mélanosporum » côtoie le « cerfeuil tubéreux épice » au jus d’arbousier sur le menu à 350 euros.

Sébastien Vauxion, le pâtissier dans les étoiles

« On est dans un côté hors-norme de la pâtisserie parce que l’on cuisine, on marche beaucoup au goût, il y a très peu de recettes. C’est plutôt rigolo », estime son sous-chef-pâtissier, Nicolas Mormile.

Petit, Sébastien Vauxion allait « embêter les pâtissiers », à Orléans, dans la boutique de ses oncles. Ses parents étaient producteurs de plants de légumes.

« Je me souviens les week-ends de pièces montées. C’était exceptionnel. Il y avait le côté très gourmand avec ces odeurs de caramel, de choux, de crème pâtissière, mais il y avait aussi le côté artistique », raconte-t-il.

A 14 ans, il sait qu’il veut devenir pâtissier. Il quitte le lycée quelques mois avant le bac et se lance: CAP, BEP, école de pâtisserie d’Yssingeaux (Haute Loire).

Le chef pâtissier s’est ensuite formé aux côtés de grands noms: Pierre Hermé, Yannick Alléno, et surtout chez Pierre Gagnaire, pendant une dizaine d’années.

Sébastien Vauxion, le pâtissier dans les étoiles

« Il est rentré chez nous avec un esprit bagarreur », se remémore ce dernier, « puis très vite il a fait preuve d’une véritable intelligence de coeur et d’un talent indéniable ».

« Je suis frappé aujourd’hui par sa modestie sereine », confie le chef trois fois étoilé depuis 1996.

« Impensable » pour Sébastien Vauxion de se retrouver sur scène pour recevoir le prix de « meilleur pâtissier du monde »: « j’avais envie de m’asseoir, je me suis mis à trembler ».

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Seine-et-Marne : le Secours catholique donne la parole aux femmes en situation précaire

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Leur donner un peu d’humanité. Telle était l’ambition du Secours catholique de Seine-et-Marne, qui a mis en avant un recueil de onze témoignages de femmes en situation de précarité dans le département. La déléguée locale détaille l’origine du projet.

Plus que des stats’, des humains

Chaque année, le Secours catholique fait un rapport sur la situation de la pauvreté en France, en s’appuyant sur les délégations locales avec des données directement issues du terrain. « Cette année, le rapport statistiques visait la situation des femmes en situation de précarité« , détaille Laurence Taulou-Miroir, la déléguée départementale.

Afin de s’approprier le sujet et « valoriser la femme au-delà de la statistique et des chiffres », les bénévoles ont alors développé un projet de recueil, pour le 16 novembre, date de sortie du rapport. Les bénévoles souhaitaient avant tout que « ces femmes s’expriment librement sur leur situation et leur vie« .

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Témoignage écrit ? En vidéo ? Seulement audio ? En majeure partie, les intervenantes ont choisi le support écrit. « On voulait être le plus neutre possible. On avait uniquement trois questions : leur présentation, quel parcours elles ont envie de témoigner et la définition qu’elles pouvaient donner à la précarité« , reprend la déléguée. 

Ce sont alors près d’un millier de bénévoles, dans une trentaine d’équipes locales, qui ont été sondés pour répondre à cet appel de projet : « Certains sont déjà en lien avec des femmes en précarité, ont créé une confiance« , assure Laurence Taulou-Miroir. Chacune pouvait choisir de conserver son anonymat.

Présenter ces histoires au plus grand nombre

Ce sont alors 11 femmes qui ont décidé de prendre la parole pour présenter ce qu’elles vivent au quotidien, les raisons qui les ont poussées dans cette précarité ou encore les difficultés qu’elles rencontrent dans la rue. « On a tout compilé dans un recueil. On pouvait ensuite le présenter en visio pour les habitants de Seine-et-Marne« , indique Laurence Taulou-Miroir.

Le recueil a pu être mis en avant lors des récoltes de dons de fin d’année, mais aussi certains témoignages ont été lus durant les messes. Pour la déléguée départementale, il fallait aller encore plus loin : « On s’est également dit qu’il y avait la journée du 8 mars et qu’il fallait continuer de mettre en avant ces portraits de femme. » 

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Pour les bénévoles, ce fut aussi une expérience très enrichissante : « On s’est rendu compte de la diversité des situations, que ce soit les causes qui ont amené à la précarité ou des parcours dans celle-ci », confie Laurence Taulou-Miroir.

Le Secours catholique vient en aide à tous les publics, mais 60 % d’entre eux sont des femmes.

Une écrasante majorité de ces femmes sont des mères isolées.

Laurence Taulou-Miroir, la déléguée départementale du Secours catholique

Pour soutenir ces femmes, le Secours catholique accueille ces personnes précaires : « Ces femmes savent qu’il y a une écoute, avec respect, d’égal à égal. On tente d’identifier avec elles les causes principales de leur précarité, puis on répond par ordre de priorité, on trouve des solutions », confirme-t-elle.

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Ils veulent avant tout de redonner du lien social à ces personnes souvent isolées, par des ateliers. Pour les enfants, il y a de l’accompagnement à la scolarité. « On peut proposer un apprentissage du français pour une meilleure intégration dans la société », complète Laurence Taulou-Miroir. 

Pour les personnes en difficulté, « le plus simple est d’oser pousser la porte, et aller à la rencontre des bénévoles », termine-t-elle.

Retrouvez le recueil sur seineetmarne.secours-catholique.org

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Des rats « défoncés » à la marijuana: la police de la Nouvelle-Orléans se plaint de la dégradation de ses locaux

Des rats goinfres de stupéfiants, tous « défoncés »: la cheffe de la police de La Nouvelle-Orléans a fait sensation devant une commission municipale, plaidant pour un déménagement du commissariat principal de cette ville de Louisiane face à la dégradation des lieux.

« Dans la salle des pièces à conviction que vous avez visitée, je vous ai dit Mme la conseillère, venez, je veux que vous voyez (…) tous les gros rongeurs, les cafards, les rats qui mangent notre marijuana. Ils sont tous défoncés! », a lancé lundi 11 mars la commissaire Anne Kirkpatrick.

Elle plaidait pour que le siège de la police de cette ville de près de 400.000 habitants déménage, en raison de l’état de dégradation générale du bâtiment actuel, construit en 1968.

Saleté « inouïe »

« Ce n’est pas seulement le siège de la police, ce sont tous les quartiers. La saleté est inouïe », a également asséné la responsable.

Un policier expérimenté, cité par le journal local The Times-Picayune, a affirmé que le siège était infesté par la vermine depuis les plus de deux décennies qu’il travaillait pour la police de La Nouvelle-Orléans.

« C’est horrible (…) Vous avez plein de rongeurs qui grimpent dans les cloisons », a-t-il dit, citant l’ouragan Katrina en 2005, qui avait dévasté la plus grande ville de Louisiane, comme l’une des raisons de la dégradation du bâtiment.

Article original publié sur BFMTV.com

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Concert de la Francophonie au Lycée Français, de l’Amérique à l’Afrique

L’amour de la langue française se chante au Lycée Français de New York. En ce mois de la Francophonie – et pour célébrer l’arrivée du printemps – le Centre culturel organise, le jeudi 21 mars de 7pm à 9pm, un concert aux accents de la Nouvelle-Orléans et de Kinshasa. 

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Le groupe Sweet Crude, formé en Louisiane en 2013, lancera les festivités au rythme de sa musique indie-pop et de son français cajun, un dialecte encore parlé par la fondatrice du groupe, Alexis Marceaux. Sweet Crude a sorti son premier album, « Créatures », en 2017 et s’est produit dans différents festivals aux États-Unis et en France, notamment aux Francofolies de La Rochelle. Il a depuis sorti un deuxième album « Officiel/Artificiel » et a collaboré avec Big Freedia sur la chanson « Take it Back ». Pour cette première partie de soirée, deux des membres du groupe et chanteurs, Alexis Marceaux et Sam Craft, seront respectivement aux percussions et au violon électrique.

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Viendra ensuite sur scène l’artiste Nkumu Katalay, originaire de République démocratique du Congo, fondateur du groupe Life Long Project. Nkumu Katalay, qui vit à New York, se consacre à la promotion de la culture congolaise par le biais de la musique et d’initiatives socioculturelles et éducatives. Il a également créé une compagnie de danse afro-congolaise. Il sera d’ailleurs accompagné de ses musiciens et ses danseurs.

La soirée, intitulée « Concert de la francophonie : De la Louisiane à Kinshasa »,  est organisée en collaboration avec l’Organisation Internationale de la Francophonie. Places à réserver ici (20$, gratuit pour les moins de 18 ans). 4 billets sont offerts aux lecteurs de French Morning. Pour tenter de les gagner, il suffit de remplir les champs ci-dessous :

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Des rats « défoncés » à la marijuana font vivre un calvaire à un commissariat de La Nouvelle-Orléans

Des rongeurs infestent le siège de la police de La Nouvelle-Orléans, la plus grande ville de Louisiane.
La cheffe de la police locale, qui plaide pour un déménagement du QG actuel, insalubre, a révélé, lundi 11 mars, que les rats « mangent la marijuana » saisie et stockée dans la salle des preuves.

Ils dévorent en douce la drogue saisie. La cheffe de la police de La Nouvelle-Orléans, Anne Kirkpatrick, a fait sensation, lundi 11 mars, en révélant la présence de rats goinfres de stupéfiants qui sévissent dans la salle des pièces à conviction du commissariat principal de la « Big Easy ». « Les rats mangent notre marijuana. Ils sont tous défoncés », a-t-elle lancé devant une commission du conseil municipal.

Des agissements qui ne seraient pas sans conséquence sur les affaires pénales. Les rongeurs pourraient compromettre des preuves, avec une contamination par des excréments.

Plaidant pour un déménagement du QG de la police de cette ville de Louisiane près de 400.000 habitants, en raison de l’état de dégradation du bâtiment actuel, construit en 1968, l’actuelle surintendante du département a déploré une insalubrité générale. « Ce n’est pas seulement le siège de la police, ce sont tous les quartiers » de La Nouvelle-Orléans, a-t-elle asséné aux conseillers. « La saleté est inouïe. »

« Vous avez plein de rongeurs qui grimpent dans les cloisons »

Un agent expérimenté, cité par le journal local The Times-Picayune, a affirmé que le siège était infesté depuis les plus de deux décennies où il a travaillé pour la police. « C’est horrible (…) Vous avez plein de rongeurs qui grimpent dans les cloisons », a-t-il dit, citant l’ouragan Katrina, qui avait dévasté en 2005 la plus grande ville de Louisiane, comme l’une des raisons de la dégradation du bâtiment. 

L’an dernier, un grand nombre des 400 fonctionnaires qui œuvrent dans le QG ont été contraints de travailler à domicile pendant des semaines, voire des mois, à la suite d’une panne de climatisation. « Ce n’est pas acceptable que les gens soient traités de cette façon », a dénoncé Anne Kirkpatric au sujet de l’invasion de rats. 


Yohan ROBLIN

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Cinq mois avec sursis requis contre l’un des militants catholiques traditionalistes qui avaient empêché un concert dans une église de Carnac

Une trentaine de personnes, dont des membres de Civitas avait manifesté, le 13 mai 2023, contre le concert d’une organiste américaine à l’église Sainte Cornely, à Carnac, dans le Morbihan. Le maire avait été contraint d’annuler l’événement, qui avait été autorisé par le curé et le diocèse.

Une peine de cinq mois de prison avec sursis a été requise mercredi à Lorient contre l’un des deux militants du groupe intégriste Civitas accusés d’avoir empêché, en mai 2022, la tenue d’un concert d’une musicienne américaine, Kali Malone, dans une église à Carnac, dans le Morbihan.

Deux personnes avaient été arrêtées, un homme de 29 ans, responsable local de Civitas, et une femme de 55 ans, adhérente de cette association catholique traditionaliste, fondée en 1999, proche de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, et dissoute à l’automne dernier.

À lire aussi :Concert empêché par des catholiques intégristes à Carnac. Deux personnes devant la justice

Lors de leur procès mercredi 13 mars devant le tribunal correctionnel de Lorient, le parquet a requis une peine d’emprisonnement de cinq mois, avec un sursis simple, pour le responsable local de Civitas, et une amende de 500 euros pour l’adhérente.

« Un concert de musique électronique dans un lieu de culte, c’est une profanation, un manque de respect de la religion, » a déclaré le prévenu à son procès, avant d’indiquer qu’il recommencerait si la situation devait se reproduire.

À Lire aussi : Dissolution du mouvement Civitas. L’organisation catholique intégriste avait empêché un concert dans une église à Carnac

 
Ils étaient tous deux jugés pour entrave concertée avec menace à l’exercice de la liberté d’expression et pour avoir appelé à manifester sur la voie publique sans déclaration.
La quinquagénaire a quant à elle reconnu avoir lancé « Vade Retro Satanas » à une spectatrice habillée « tout en noir », estimant que cette personne était « satanisée ».

Le jugement a été mis en délibéré au 25 mars.

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Parents catholiques d’enfants homosexuels, ils témoignent

Depuis trois mois, l’Église catholique traverse une période difficile autour de la question de sa relation avec les couples homosexuels. La déclaration « Fiducia supplicans », du 18 décembre 2023, qui autorise les bénédictions non liturgiques des couples de même sexe, a suscité beaucoup de réactions très diverses, notamment en Afrique où s’est levé un véritable vent de révolte contre cette proposition de pape François.

En 2016, dans son exhortation apostolique « Amoris laetitia« , le souverain pontife proposait une méthode pour aborder les questions d’éthique familiale. Une méthode qui peut se résumer en deux mots : rencontrer, écouter. Parce qu’il faut partir de l’expérience des personnes concernées, OÙ VA LA VIE vous propose d’entendre les témoignages de Claire et Olivier, co-fondateurs de Reconnaissance, association de parents chrétiens d’enfants homosexuels.

Des témoignages de parents catholiques d’enfants homosexuels

OÙ VA LA VIE – la bioéthique en podcast, avec les Facultés Loyola, a décidé de donner la parole à des parents catholiques d’enfants homosexuels. Chrétiens engagés dans l’Église catholique, ils parlent de l’intérieur de l’Église. « On a toujours pu penser quand c’étaient des questions difficiles, que c’étaient des gens de l’extérieur, souligne le jésuite Bruno Saintôt, directeur du département d’éthique biomédicale aux Facultés Loyola, qu’ils promouvaient des choses pour combattre l’Église, on les accuse de vouloir détruire les grands principes de la morale chrétienne, de détruire les familles. Ce n’est pas ça dont il s’agit. »

Et parce qu’ils parlent de l’intérieur de l’Église, ces fidèles lui donnent la possibilité de changer. À travers leurs témoignages, on perçoit en effet ce qui pourrait évoluer au sein de l’Église catholique. Par exemple, la différence de raisonnement entre l’éthique sociale et l’éthique sexuelle : deux domaines « qui semblent étanches l’un à l’autre », note Bruno Saintôt. « Une des tâches aujourd’hui serait de faire en sorte que cette éthique sociale et l’éthique de la sexualité communiquent, qu’elles soient pensées ensemble. »

Olivier Boidin, un déclic après la Manif pour tous

Père de cinq enfants dont le plus jeune fils est aujourd’hui marié avec un homme, Olivier Boidin est un chrétien engagé. Il a été vice-président des EDC (Entrepreneurs et dirigeants chrétiens) et s’intéresse à la doctrine sociale de l’Église, cet ensemble de textes émis par le Vatican sur le monde du travail, la dignité humaine et la justice sociale.  
 
Son fils a fait son coming out à l’âge de 26 ans. « On rencontre une réalité dont on était totalement ignorant. » Avant cela, Olivier Boidin avait défilé dans les rangs de la Manif pour tous en 2013. L’un de ses gendres lui avait alors dit : « Vous êtes sûr que c’est le bon combat ? » Cette remarque n’est pas restée sans effet. « Ça a été pour moi le premier signe, quelque chose dans ma tête a été ébranlé. » Le père de famille avait jusque-là « un système de pensée sur le couple », décrit-il. « Je me disais : La théologie du corps, c’est magnifique ça vous mène droit là où il faut aller. Le chemin était clair, tout ça tenait debout. »

J’ai pris conscience des blessures que la Manif pour tous a infligées aux personnes homosexuelles…

La remarque de son gendre avait créé des fissures, tout comme l’avait fait la doctrine de l’Église catholique en matière de contraception, qu’avec sa femme il avait trouvé « pas réaliste ». « J’avais déjà envoyé promener un certain nombre de sujets, raconte-t-il, j’avais lu Xavier Thévenot et des auteurs qui réfléchissent sur la culpabilité, la place de la morale par rapport à la foi… J’ai été préparé par ces réflexions à l’annonce que m’a fait mon fils. » Malgré cela, avoir fils qui annoncé son homosexualité, « on est très choqué, on est bouleversé », dit-il. « Après, avec un peu de recul, on se dit : Mais cette situation elle ne m’est pas propre, elle est particulière elle n’est pas singulière. »

Olivier Boidin a repensé à tout ce que défend la doctrine sociale de l’Église : « La dignité de la personne, la subsidiarité, la solidarité, destination universelle des biens… Je me suis dit : Mon fils coche toutes les cases ! » Le père de famille a aussi pris conscience des « blessures que la Manif pour tous a infligées aux personnes homosexuelles ». Olivier Boidin rappelle qu’au sein de l’association Reconnaissance, un des sujets « importants », c’est le risque de suicide ou de dépression. « Si l’accompagnement, la compréhension, la bienveillance ne les entoure pas, les jeunes qui découvrent leur homosexualité peuvent prendre des chemins mortifères. »

Claire Bévierre, se sentir « trahie » par l’Église catholique

Pour Claire Bévierre, l’Église catholique a toujours été « une famille ». Elle est issue d’une famille « extrêmement pratiquante ». « Pour moi, la famille c’est quelque chose qui doit protéger le plus faible et qui ne doit pas rejeter. Et donc j’ai eu un sentiment de trahison au moment où j’ai découvert ce que l’Église disait de ma fille et avait fait à ma fille. »

Aujourd’hui âgée de 27 ans, sa fille a fait son coming out à 19 ans. « Elle a débarqué chez nous un soir – elle était en larmes, elle tremblait, elle était bouleversée – en nous disant : Je vais vous faire de la peine, c’est horrible je ne peux pas vous mentir, c’est horrible vous allez être déçus, je suis homosexuelle. » Claire et son mari lui ont « ouvert les bras ». C’est après qu’il a fallu faire « le deuil de l’hétérosexualité de l’enfant ». « On est très triste, décrit Claire Bévierre, parce qu’on a fait des projets pour cet enfant et que ce ne sont pas ses projets. » Vient ensuite l’inquiétude. « Ma fille sera-t-elle heureuse ? Ce sera quoi son modèle ? Je n’en sais rien. Ça sera quoi sa vie ? Je n’en sais rien ? Est-ce qu’elle subira l’homophobie ? Je n’en sais rien. »

Il y a une différence qui concerne 5 % des personnes et celle-là elle n’est pas du tout acceptée, elle est rejetée. Et pour moi c’est une vraie trahison

Le samedi qui a suivi l’annonce, lors d’une messe de mariage, Claire Bévierre a pris conscience du modèle que défendait l’Église. Le mariage entre un homme et une femme, le célibat consacrée. « Ça m’a sauté à la figure, se souvient-elle, ma fille elle est où ? Est-ce qu’elle a une place dans cette histoire ? Ça a été très violent. » Mais ce qu’elle a trouvé plus violent encore, c’est tout ce que sa fille a entendu dire aux scouts, à l’aumônerie. L’Église catholique l’a « tabassée », lui a fait « se sentir mal », « avoir honte de qui elle était »… L’adolescence de sa fille avait été « extrêmement difficile ». « Elle nous a dit après qu’elle se savait homosexuelle depuis toute petite, et à l’adolescence ça été une explosion de rage, de colère, de révolte. On a fait des thérapies familiales, des psychothérapies, et elle nous a dit qu’elle avait tellement honte de qui elle était que ça ne sortait pas même pas auprès des psys. »

Quand Claire Bévierre lit le Catéchisme de l’Église catholique*, elle trouve douloureux de voir sa fille ainsi réduite à sa sexualité « alors qu’elle est tellement plus que ça ! » Et elle se sent trahie par une Église « qui nous dit tout le temps qu’il faut accueillir la différence quand elle est handicap ». « Il y a une différence qui concerne 5 % des personnes et celle-là elle n’est pas du tout acceptée, elle est rejetée. Et pour moi c’est une vraie trahison. »


* « L’homosexualité désigne les relations entre des hommes et des femmes qui éprouvent une attirance sexuelle exclusive ou prédominante envers des personnes de même sexe… S’appuyant sur la sainte Écriture qui les présente comme des dépravations graves… la Tradition a toujours déclaré que « les actes d’homosexualité sont intrinsèquement désordonnés ». Ils sont contraires à la loi naturelle, ils ferment l’acte sexuel au don de la vie, ils ne procèdent pas d’une complémentarité affective et sexuelle véritable, ils ne sauraient recevoir d’approbation en aucun cas. » (Extrait du Catéchisme de l’Eglise catholique)

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D’anciens élèves de l’établissement catholique privé Notre-Dame de Bétharram dénoncent un « régime de la terreur

C’était la même angoisse tous les dimanches matin. Emmanuel (les personnes citées par un prénom ont requis l’anonymat) jetait un œil à sa montre toutes les cinq minutes. Cette montre offerte à sa communion et dont les aiguilles ne cessaient de tourner. Chaque minute rapprochait le jeune garçon, 10 ans, du départ du bus, à 19 heures. Direction Notre-Dame de Bétharram (Pyrénées-Atlantiques), l’institut catholique pour garçons, à trente minutes de Pau, où il a vécu en internat, la semaine, de 1973 à 1980.

A 60 ans aujourd’hui, le Palois a encore les mains qui tremblent, la voix qui se bloque ou les larmes qui coulent en se plongeant dans ces souvenirs douloureux. Dès le CM2, il découvre « le régime de la terreur » et les « pétages de gueule ». En journée, lui et ses camarades ont un « jeu » : se plaquer contre un mur dès qu’ils croisent un des prêtres de l’établissement, pour éviter les caresses sur les fesses. Emmanuel a subi des agressions sexuelles. « J’ai eu de la chance, je n’ai pas été violé », estime-t-il, comme un moindre mal.

Les trois dernières années à Bétharram, Emmanuel a porté un gant de toilette dans son slip, qu’il mettait en cachette chez ses parents le dimanche, en fin d’après-midi, pour se protéger des attouchements. Le jeune homme est sorti « cassé » de cette scolarité, et a passé une partie de sa vie en haute montagne, coupé du monde. Il est toujours saisi d’angoisse le dimanche soir. Depuis 1980, il n’a plus jamais porté de montre.

L’établissement catholique Notre-Dame de Bétharram, aujourd’hui rebaptisée Le Beau Rameau, à Lestelle-Bétharram (Pyrénées-Atlantiques), le 5 février 2024. L’établissement catholique Notre-Dame de Bétharram, aujourd’hui rebaptisée Le Beau Rameau, à Lestelle-Bétharram (Pyrénées-Atlantiques), le 5 février 2024.
Emmanuel (le prénom a été changé) a 60 ans. Il était scolarisé à Notre-Dame de Bétharram entre 1973 et 1980. Il fut alors victime d’agressions sexuelles et de violences. À Pau, le 7 février 2024. Emmanuel (le prénom a été changé) a 60 ans. Il était scolarisé à Notre-Dame de Bétharram entre 1973 et 1980. Il fut alors victime d’agressions sexuelles et de violences. À Pau, le 7 février 2024.

Depuis le début de l’année 2024, 33 anciens élèves ont déposé plainte pour des faits de violences, d’agressions sexuelles ou de viols au sein de l’ensemble scolaire Notre-Dame de Bétharram, rebaptisé Le Beau Rameau, en 2009. Les faits se sont surtout déroulés entre 1970 et 1990, dans cet établissement privé sous contrat des Pyrénées-Atlantiques. Selon les victimes, qui se sont constituées en collectif, environ la moitié des plaintes seraient de nature sexuelle et deux concerneraient des faits non prescrits. L’ensemble vise pour l’instant 6 prêtres (dont cinq, au moins, sont décédés) et 2 surveillants laïcs. Le 1er février, le parquet de Pau a ouvert une enquête préliminaire. Le ministère de l’éducation nationale indique, de son côté, que « les services académiques sont en lien avec l’autorité judiciaire au sujet de la procédure judiciaire en cours », précisant que l’académie de Bordeaux « procède régulièrement à des contrôles sur les établissements privés sous contrat sur la base du respect des exigences pédagogiques réglementaires découlant de la passation du contrat ».

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Aventures politiques, fixette sur le drapeau : comment les monarques ont géré l’exil… et n’en sont jamais sortis

L’Exil des monarques (Armand Colin), dirigé par Hélène Becquet livre, à travers l’analyse d’historiens, une réflexion résolument neuve sur la période de la Révolution française, en se penchant sur la notion d’exil, à la fois conséquence de l’abdication des souverains, et moyen de reconquête du pouvoir.

La décapitation de louis XVI en 1793 précipite un mouvement qui verra au fil des années et des décennies les prétendants au trône se disperser aux quatre coins de l’Europe pour y attendre des jours meilleurs. À travers les trajectoires tourmentées des Bonaparte, des Bourbons et des Orléans, où se mêlent intrigues politiques, ambitions personnelles, destins foudroyés, nous assistons tout au long du XIXe siècle, aux soubresauts de la révolution, et au crépuscule des régimes monarchiques.

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C’est que le dernier des (vrais) candidats à la royauté, le comte de Chambord, a ruiné ses chances de restaurer le trône des Bourbons, en refusant d’adopter la cocarde et le drapeau tricolore ! Cet ouvrage érudit, rythmé par les histoires des princes proscrits, nous permet de comprendre que l’instauration d’un régime républicain a pris du temps et beaucoup de chemins de traverse, dont les chemins de l’exil pour beaucoup.

Marianne : Les princes ont été balayés par les aspirations nationales et libérales de 1789, 1830, 1848 malgré la volonté de certains (Louis XVIII, Napoléon III et Louis Philippe), de porter la cocarde tricolore pour s’adapter au goût du temps. C’était s’adapter ou disparaître ? Ces derniers auraient-ils pu réussir ?

Hélène Becquet : Je pense, effectivement qu’il était nécessaire pour les princes de s’adapter. Certains ont mieux réussi que d’autres. Chez les Bourbons, Louis XVIII, qui n’a jamais, à proprement parler, adopté la cocarde tricolore, a accepté néanmoins l’idée d’une monarchie un peu plus libérale contrairement à son frère Charles X, attaché aux mœurs de l’ancien régime. Pour les Bonaparte, dont la dynastie est née de la révolution, leurs représentants, à savoir Napoléon Ier et son neveu Napoléon III, ont su s’adapter aux évolutions politiques et se sont approprié les idées révolutionnaires.

« Le Comte de Chambord n’était pas l’homme des compromissions. Alors que politiquement, la restauration monarchique est imminente, il refuse toujours le drapeau tricolore. »

Toutefois, ce qui a finalement causé leur chute, ce sont les nombreuses guerres du premier et la défaite de Sedan pour l’autre. Enfin, pour Louis Philippe (branche des Orléans), c’est peut-être d’une certaine façon, le cas le plus étrange, puisqu’il a tout fait pour adopter une monarchie plus libérale, et pourtant, au bout du compte, cela n’a pas marché. Alors s’adapter était-il impossible ? Je ne le pense pas, et eux ne le pensaient pas non plus, c’est la raison pour laquelle ils ont continué à se battre.

Le comte de Chambord, « l’enfant du miracle » (il était le dernier espoir des Bourbon, son père le duc de Berry, ayant été assassiné alors que son épouse était enceinte), exilé quarante-trois ans, reste une figure énigmatique. Sans héritier, alors qu’on lui offre la couronne, il la refuse puis semble se raviser mais trop tard ! Manquait-il de sens politique ?

C’est encore une vraie question. D’abord, c’était un homme intelligent, convenablement éduqué. Il avait des idées très réactionnaires ; traditionaliste, intransigeant sur le plan religieux, et ultraroyaliste sur le plan politique. Ensuite, il était plutôt bien informé tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des frontières. Effectivement, on se dit qu’il aurait pu accepter le drapeau tricolore, à l’instar du roi Henri IV, qui s’était converti au catholicisme avant de pouvoir être sacré roi de France (on lui aurait attribué ce mot fameux : « Paris vaut bien une messe »). Mais le Comte de Chambord n’était pas l’homme des compromissions. Alors que politiquement, la restauration monarchique est imminente, il refuse toujours le drapeau tricolore. En voulant avoir le dernier mot, il a perdu la couronne pour un symbole !

Les morts tragiques de Louis XVI, des ducs de Berry, d’Enghien, et des dauphins (Louis XVII, l’aiglon, le prince louis). Les destins contrariés d’héritiers détrônés n’ont-ils pas donné à ces personnages une dimension mythique qui continue de nous fasciner ?

C’est le côté tragique de ces destins d’exilés qui auraient pu advenir, et qui ne sont pas advenus, et c’est la répétition de ces échecs qui nous fascine. Napoléon Ier, pour parler finalement du plus célèbre des exilés, continue à nous captiver à cause de son destin hors du commun, érigé en mythe, et de sa fin pathétique voire mélancolique qu’il a su mettre en scène dans ses écrits. Il y a des histoires touchantes comme celle de l’aiglon, son fils. Alors que celui-ci prend tout juste conscience de sa filiation et c’est là vraiment la fatalité dans sa forme la plus absolue, la tuberculose l’emporte à l’âge de 21 ans.

« Napoléon III se situe dans la filiation des héros romantiques en menant une vie de proscrit, d’aventurier, qu’il met en scène, ce qui lui permet de prendre un certain avantage sur le plan politique. »

Est-ce qu’il aurait pu reconquérir son trône ? Je ne sais pas, il y aurait une belle uchronie à écrire sur Napoléon II. Napoléon III se situe dans la filiation des héros romantiques en menant une vie de proscrit, d’aventurier, qu’il met en scène comme son oncle avec un certain talent, ce qui lui permet de prendre un certain avantage sur le plan politique.

À la fin du siècle, certains princes semblent résignés, le romantisme de l’exil lié à l’ère des révolutions a disparu. Chez les descendants des Bonaparte, c’est évident. Le prince Victor va travailler la mémoire de ses illustres aïeux, plutôt que se lancer dans le combat politique… À partir des années 70-80, vous êtes dans un autre mode de relation au temps, l’époque de la modernité qui ne fait plus place à la nostalgie

Les têtes couronnées bannies de France ont tenté de maintenir leur survie politique et leur lignée royale à tout prix, dans un pays pourtant gagné par les idées révolutionnaires. Elles semblent néanmoins y avoir trouvé suffisamment de partisans. Comment l’expliquez-vous ?

Parce que les Français n’ont pas tous été partisans de la révolution qui, elle-même, a connu plusieurs étapes. Ainsi la révolution du début n’impliquait pas nécessairement la survenance de la république. La France est restée une monarchie constitutionnelle jusqu’en 92. Pour beaucoup de citoyens, révolutionnaires ou pas, l’idée d’une monarchie moderne garantissant les libertés, était tout à fait recevable. Donc finalement, l’option républicaine n’était pas une évidence. L’expérience de la première république de 1792 à 1804 n’a pas laissé que d’excellents souvenirs dans l’opinion française.

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L’exemple vers lequel tous les hommes monarchistes modérés se tournent au XIXe siècle, c’est le système monarchique parlementaire britannique, qui devient très vite le système politique idéal pour la France post-révolutionnaire. Si l’Europe se modernise au XIXe siècle, les régimes politiques quant à eux restent, majoritairement, monarchistes. La France, elle, est une exception lorsqu’elle choisit la République en 1879 et ce, de manière définitive, avec l’élection de Jules Grévy.

Les prétendants en exil dispersés et sans armée réelle, ont dû faire face à l’éloignement des réalités politiques d’une France divisée, au soutien modéré des monarchies étrangères, et pendant leur retour, à de nombreuses insurrections et attentats. Est-ce le sens de l’histoire et le printemps des peuples qui a fait vaciller les trônes ou les nombreux clivages dynastiques autour des successions ?

C’est une question difficile, mais je dirais les deux. Louis Philippe abdique en 1848, parce que d’une part, le régime s’est sclérosé et que d’autre part il subit une crise économique importante. Un mécontentement général s’est cristallisé autour de la personne du roi, l’orléanisme ne prend pas.

Il est vrai que la révolution de 1830, qui a éclaté sous Charles X et a débouché sur la Monarchie de Juillet, ultraroyaliste, a laissé deux grands pans de l’opinion française profondément insatisfaite : les légitimistes, qui ne voulaient pas de cette monarchie-là, et les républicains, qui eux voulaient franchement une république.

« Finalement c’est de Gaulle, de tradition familiale royaliste qui émerge et s’impose alors qu’il n’est qu’un parfait inconnu. »

S’il est vrai que la France s’inscrit bien dans le mouvement international du printemps des peuples, je dirais que c’est vraiment la conjoncture intérieure agitée qui a permis le basculement, en faveur de la deuxième république. La mort accidentelle, à 31 ans, du fils aîné de Louis-Philippe, a cassé l’espoir d’un renouveau politique à moyen terme. Ce dernier était beaucoup plus libéral et populaire que son père et donc, sans doute, plus capable, en ralliant la gauche, de faire basculer l’orléanisme dans une monarchie républicaine. On peut faire l’hypothèse que si le duc d’Orléans avait vécu, peut être que la monarchie se serait installée.

Que reste-t-il du royalisme aujourd’hui ?

En termes d’idées politiques, toutes celles qui ont pu être véhiculées par les monarchies constitutionnelles du XIXe siècle, se sont ensuite dispersées dans le spectre politique. Par exemple, le grand cheval de bataille des légitimistes, pendant la monarchie de juillet, c’était d’obtenir la décentralisation. Or, cette préoccupation, au fil du temps, est passée à gauche de l’échiquier politique. À l’inverse, le nationalisme, l’antisémitisme de Maurras se sont ensuite retrouvés à l’extrême droite républicaine. Donc finalement, les héritages politiques ne sont pas linéaires. Il reste des gens qui continuent à penser qu’il faudrait une monarchie en France. Pendant la Seconde Guerre mondiale, ils étaient nombreux à y croire.

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Le comte de Paris avait sans doute une carte à jouer à cette occasion. Or, il n’a pas voulu s’opposer à Pétain, ou a cru que ce dernier l’aiderait à restaurer la monarchie comme l’avait déjà imaginé Louis XVIII en sollicitant l’aide de Bonaparte pour « restaurer la gloire de la France » ! C’est sans doute également parce qu’une partie de l’Action Française, Maurras le premier, s’est rangée du côté de Pétain.

En fait, le comte de Paris s’est trompé de combat. Quand il s’en rend compte, c’est trop tard. Finalement c’est de Gaulle, de tradition familiale royaliste qui émerge et s’impose alors qu’il n’est qu’un parfait inconnu. Il récupère, très habilement, toute une partie des aspirations héritées de la contre-révolution du XIXe siècle et d’une partie des monarchistes.

Finalement la France n’a plus besoin de roi ! Aujourd’hui, le royalisme est un courant minoritaire, mais qui est actif. Le combat est d’abord mémoriel, autour des valeurs, des principes, certains vont se retrouver dans la Manif pour Tous par exemple, pour défendre des valeurs catholiques. Et je dirais, effectivement, que s’ils soutiennent un prétendant, c’est pour le moment sans illusion. Car aucun des prétendants, actuellement, n’est dans une situation qui lui permettrait de reconquérir quoi que ce soit.

Les deux derniers prétendants épousent au XXe siècle le nationalisme et l’antisémitisme, qui sont des affects d’extrême droite, portées par l’Action française de Maurras. Ce royalisme n’a pourtant rien à voir avec celui de leurs aïeux. Pouvez-vous nous expliquer ?

Il faut redonner une espèce de cadre idéologique pour le XXe siècle. C’est alors le duc d’Orléans, donc le fils du premier comte de Paris, qui va, en quelque sorte, atteler la cause royaliste à l’Action française, épouser ce nationalisme antisémite dans lequel tous les royalistes ne se reconnaissent pas. Ses successeurs vont prendre du recul, mais hésitent à rompre, parce que l’Action française domine alors le royalisme de toute sa puissance tout en l’enfermant. Dans les années 30, il y a une volonté d’émancipation, facilitée par la condamnation de l’Action française par le pape en 1926. Mais la guerre arrive. Le comte de Paris va finir par tout rater.

***

Hélène Becquet, L’exil des monarques, Armand Colin, 240 p., 23 €

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L’Institut catholique de Paris se positionne sur les bachelors

À la rentrée 2024, l’ICP va ouvrir deux bachelors. Une première pour l’établissement catholique, qui souhaite ainsi élargir le public visé par ses formations.

En annonçant l’ouverture de deux bachelors à la rentrée 2024, l’Institut catholique de Paris (ICP) se positionne sur un créneau nouveau, mais avec le crédit de l’institution :  l’ICP a le statut d’établissement d’enseignement supérieur privé d’intérêt général (Eespig). Un label du ministère de l’Enseignement supérieur qui assure notamment que l’établissement remplit des missions de service public.

Un bachelor « pour ceux qui hésitent entre la prépa et l’université »

Le premier bachelor, Science politique, Géopolitique et Humanités, élaboré en collaboration avec les lycées privés Saint-Jean-de-Passy et Stanislas s’adossera à une licence de l’ICP, au choix celle d’histoire-science politique ou celle de philosophie. Sur le papier, il promet d’allier « le meilleur de la pédagogie universitaire aux exigences des classes préparatoires ».

« Concrètement, cela signifie que les étudiants du bachelor auront des cours en plus avec les enseignants de classe préparatoire des lycées partenaires », explique Pauline Piettre, directrice des Affaires Académique de l’ICP.

Si l’étudiant du bachelor est en L1 Histoire Science politique, il assistera à tous les cours magistraux et au cours de méthodologie universitaire comme les autres étudiants de la licence. Il sera en revanche dispensé des TD de science politique et de certains TD d’histoire, ce qui lui permettra d’assister aux 15 heures hebdomadaires du bachelor.

Pour ces étudiants, l’ICP promet un suivi personnalisé, avec des classes de 40 maximum, « des examens réguliers, une demande de travail qui ressemble aux classes prépas sans être aussi exigeant », précise Pauline Piettre. Le public visé est « celui qui hésite entre la prépa et l’université », estime la chercheuse.

Attirer un public qui ne va pas en CPGE

Le créneau « permet [à l’ICP] d’attirer un public qui ne vient pas chez nous« , remarque Christine Pires, enseignante en classe prépa et vice-présidente de l’Association des professeurs des classes préparatoires économiques et commerciales (APHEC).

Dans la doublette de terminale, 28.000 élèves prennent maths et SES (sciences économiques et sociales) quand 58.000 optent pour HGGSP (histoire, géographie, géopolitique et sciences politiques) et SES. « Parmi eux à peine 10% demanderont une classe prépa ECG (économique et commerciale générale), car ils ne font plus de maths« .

Et Christine Pires de regretter que « de bons étudiants, qui pourraient aller en classe prépa, optent pour des formations coûteuses ». « Nous avons un travail à faire là-dessus pour réfléchir sérieusement à ce vivier perdu et l’attirer vers les classes prépas ». Pour l’enseignante, l’offre privée, payante et donc « réservée seulement à une partie de la population », n’est pas la solution.

Nous avons un travail à faire là-dessus pour réfléchir sérieusement à ce vivier perdu et l’attirer vers les classes prépas. (C. Pires, APHEC)

Pour Pauline Piettre, en revanche, « il manque d’offre pour répondre aux besoins des nombreux étudiants intéressés par la science politique et la géopolitique ».

La prépa ECG demande des maths et la prépa B/L (lettres et sciences sociales) ne propose pas de géopolitique. Quant aux IEP, ils n’ont que peu de places. D’ailleurs ce bachelor est bien prévu pour ouvrir à des études longues et donner accès « à un large choix de masters ».

Des frais de scolarité plus élevés qu’en prépa

Comme les autres formations proposées par l’ICP, le tarif variera en fonction du quotient familial, entre environ 5.000 et 11.000 euros l’année. Les boursiers du Crous ont droit à une réduction en fonction de leur échelon.

Et l’ICP propose également des bourses en interne. « L’accessibilité sociale est importante pour nous« , précise Pauline Piettre, qui rappelle que la politique sociale de l’établissement rentre en compte dans l’attribution du label EESPIG.

Une réflexion générale de l’écosystème

Cette réflexion sur les parcours de trois ans est aussi en cours dans les établissements du Réseau national d’enseignement supérieur privé (Renasup), qui regroupe de nombreux lycées catholiques proposant des formations à bac+2 ou 3 (prépas, BTS), comme l’explique son délégué général Jean-Marc Petit.

« Les IUT sont passés en trois ans, et cela renforce l’idée qu’il faut que nos établissements puissent avoir des propositions diplômantes ou certifiantes à bac+3 car c’est le segment cible des bacs généraux et technologiques, qui délaissent de plus en plus les BTS. »

Mais pour pouvoir proposer des formations visées ou gradées, les lycées, qui ne sont pas des lieux de recherche, doivent passer des accords avec d’autres établissements du supérieur.

L’autre solution est d’aller vers la certification RNCP, en visant le niveau 6, qui correspond à un bac+3/+4. Renasup a, par exemple, développé le bachelor « responsable de mission en cabinet d’expertise comptable », sous l’impulsion de l’ordre des experts comptables pour répondre aux besoins du secteur. Le format études courtes et professionnalisantes semble être un créneau d’avenir.

Un bachelor avec l’Isep dans le domaine de la santé

L’ICP développe d’autres collaborations. Ainsi, le bachelor « système numérique pour la santé », a été construit avec l’école d’ingénieurs Isep et s’intègre à l’école de santé de l’ICP. Ce cursus, qui aura le grade de licence, vise à former des techniciens employables dès leur sortie.

« L’originalité est d’apporter des compétences techniques, tout en convoquant les SHS pour assurer une parfaite connaissance de l’environnement hospitalier et du système de santé, explique Claudine Travier, directrice du Pôle prépas, accessibilité académique et sociale de l’ICP. Cette vision globale doit permettre aux étudiants d’être au plus près des besoins des usagers, pour lesquels ils vont créer des objets connectés par exemple ».

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