Devenir prêtre : un « choc culturel » à dépasser pour les jeunes de banlieue

Français d’origine tamoule, Thevan (le prénom a été changé) a fait le grand saut. De Sarcelles, ville populaire et multiculturelle du Val-d’Oise, il a rejoint Évron, en Mayenne, où se trouve le séminaire de la communauté Saint-Martin. Actuellement en première année, sa formation pourrait le conduire à devenir prêtre.

Si comme lui, de nombreux jeunes des banlieues populaires, souvent issus de l’immigration, vivent leur foi avec ferveur et peuvent, pour certains, se poser des questions sur la vocation, ils sont encore très peu de cette « Église des cités » à se préparer à la prêtrise. « Je ne connais pas de prêtres issus des quartiers populaires », reconnaît le père Patrice Gaudin, de la paroisse de la cité de Bondy-Nord (Seine-Saint-Denis).

« Un manque de modèles »

Pourquoi une telle sous-représentation ? Existe-t-il un plafond de verre dans l’Église catholique ? « Il y a un manque de modèles auxquels s’identifier et le catholicisme est perçu comme la religion des CSP+ », avance Janvier Hongla, président de Fide, association qui réunit des jeunes catholiques des banlieues franciliennes.

Jary a grandi dans une cité de Sevran (Seine-Saint-Denis), avant de déménager à Paris avec sa famille. Longtemps servant d’autel, le jeune homme aujourd’hui âgé de 26 ans s’est sérieusement posé la question de devenir prêtre et a finalement décidé de prendre une année pour réfléchir avant, peut-être, d’entrer au séminaire. Mais à la maison Saint-Augustin à Paris, il raconte avoir vécu un « choc culturel ». Jeune de banlieue d’origine africaine, il se sentait en décalage, de ses origines sociales modestes jusqu’à son style vestimentaire.

« Les autres, mais ce n’est pas de leur faute, ne comprenaient pas mon mal-être », confie celui à qui l’on demande régulièrement : « Tu es français ? »« J’avais l’impression de casser les codes, d’être un spécimen ou un pionnier. Je ne voulais pas me travestir mais rester comme je suis. » Au terme de son année de discernement, Jary n’est pas entré au séminaire. « C’est une année que je recommande à tous, j’ai grandi dans la foi, découvert des frères, assure celui qui aime parler de Dieu sur les réseaux sociaux. Mais si un jeune de banlieue qui veut suivre le même chemin me demande si c’est facile, je lui dirai que non. »

Décalage culturel

Aux Mureaux (Yvelines), Samuel, 22 ans, a, lui aussi, mis du temps à trouver sa voie. Car dans ces quartiers populaires, les jeunes catholiques « ne s’autorisent pas » à penser devenir prêtre, et cela « biaise notre discernement », explique-t-il. Pourtant, lui a ressenti un appel, mais « j’avais tellement peur du jugement de ma famille et de mon environnement… », confie-t-il. Samuel s’imaginait entrer au séminaire « pour représenter les banlieues » tout en avouant qu’il ne connaissait « rien à la formation ». C’est après un pèlerinage à Lourdes, il y a deux ans, qu’il en a été convaincu : sa vocation n’était pas d’être prêtre.

D’autres, même s’ils sont encore rares, le deviennent, à l’image de Jason Nioka. Celui qui a grandi à Bailly-Romainvilliers, en Seine-et-Marne, a été ordonné le 23 juin pour le diocèse de Meaux. C’est le cas aussi d’Hadrien Mangin, prêtre du diocèse de Paris depuis un an. Ce dernier, âgé de 30 ans, originaire de Massy (Essonne), se décrit comme étant de « culture de quartier populaire ». Il se souvient du décalage culturel en entrant en année de propédeutique à Paris : « J’ai bien compris que j’étais le seul de mon espèce, à écouter du rap, à porter des baskets. »

Comment rendre le séminaire plus accessible ?

Après deux-trois années de séminaire, un doute l’a assailli. Avait-il vraiment sa place ici ? Il n’arrivait pas vraiment à se projeter dans les figures de prêtres qu’il rencontrait. Et celui qui avait été baptisé à 19 ans bataillait avec ses lacunes sur le plan scolaire et les différences de références culturelles que ses formateurs ne semblaient pas toujours comprendre. Mais Hadrien s’est accroché et a été ordonné en 2023.

Comment rendre le séminaire et la prêtrise plus accessibles à ces jeunes qui pourraient aspirer à s’engager dans la prêtrise ? « Se donne-t-on vraiment les moyens d’aller les chercher ? », s’interroge Janvier Hongla. Tutorat, cours de culture générale… La communauté Saint-Martin, notamment implantée à Sarcelles et à Garges-lès-Gonesse, réfléchit activement à la meilleure manière de les accueillir. Comme d’autres séminaires, à l’instar de celui d’Orléans.

L’une des idées qui circulent pour envoyer un signal à ces jeunes est remontée jusqu’au nonce. Elle consisterait en l’ouverture d’une année de propédeutique en banlieue, en Seine-Saint-Denis par exemple, le département métropolitain le plus jeune de France. Une structure qui pourrait permettre à des jeunes, sans être complètement coupés de leur milieu, de prendre le temps de la réflexion.

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11 % des séminaristes issus de banlieues populaires

Selon l’enquête inédite publiée par La Croix le 22 décembre 2023, à partir d’un questionnaire adressé aux quelque 700 séminaristes de France, 72 % proviennent de familles catholiques très pratiquantes.

Parmi les quelque 400 répondants, 84 % sont issus d’un foyer CSP+.

11 % ont grandi en banlieue populaire contre 31 % en centre-ville et 18 % en banlieue aisée.

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Les duels du second tour aux législatives : Stéphanie Rist (ENS) et Tiffanie Rabault (RN) dans la première du Loiret

Dans la première circonscription, la députée sortante Stéphanie Rist est arrivée en tête du premier tour, bénéficiant en plus du désistement du Nouveau Front populaire. Face à elle, Tiffanie Rabault a réalisé le plus bas score du RN dans le Loiret.

Trois candidates du premier tour ont obtenu leur qualification pour le second, qui se déroule dimanche 7 juillet.

Stéphanie Rist (Ensemble)

 A 50 ans, cette native d’Athis-Mons a suivi des études de médecine. En 2005, elle s’installe au CHRO en tant que rhumatologue et gravit les échelons. Chargée du projet de GHT (Groupement hospitalier de territoire), elle s’est rendu compte que pour améliorer l’accès aux soins, il fallait passer par la classe politique.

Ainsi, elle s’est engagée à La République en Marche, en 2016, et a été élue députée en 2017. Une loi de 2021 sur la rémunération des médecins intérimaires porte son nom.

Ses priorités pour la circonscription. « Je n’ai pas changé de suppléant par hasard. Si j’ai choisi Stéphane Chouin, maire de Saint-Hilaire-Saint-Mesmin et vice-président à la métropole chargé de l’habitat et du logement, c’est pour améliorer l’accès au logement. » 

Son premier dossier à l’Assemblée nationale. « Je vais poursuivre la construction du budget de la Sécurité sociale. Je m’engagerai également pour l’amélioration des conditions de vie des salariés touchant le Smic. »

Loiret : face à l’incertitude, Kounowski (NFP) se retire, Rist (Ensemble) et Rabault (RN) au second tour

Tiffanie Rabault (Rassemblement national) 

À 33 ans, la candidate du Rassemblement national, née à Châteauroux et installée à Orléans depuis 2011, vit sa première campagne des législatives. Tiffanie Rabault, conseillère vente dans une enseigne de bricolage, s’est régulièrement investie dans différents univers : le syndicat Unef lorsqu’elle était étudiante, le conseil orléanais de la jeunesse, le conseil régional des jeunes, le Secours catholique puis, en 2017, la Jeune chambre économique.

Ses priorités pour la circonscription. « Faire un état des lieux du secteur de la santé, faire valoir le droit de visite sans préavis en Ehpad et faire baisser la TVA sur les soins vétérinaires qui peuvent être la cause d’abandons des animaux. »

Son premier dossier à l’Assemblée nationale. « La suppression des allocations familiales pour les familles de délinquants multirécidivistes. »

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Hélène Theunissen : « Jeanne d’Arc est une résistante prête à tout pour faire entendre sa vérité


Première femme à mettre en scène un spectacle dans les ruines de Villers-la-Ville, Hélène Theunissen accomplit cette petite révolution avec un personnage féminin emblématique. Article réservé aux abonnés

Journaliste au pôle Culture

Par Catherine Makereel

Publié le 2/07/2024 à 11:39
Temps de lecture: 5 min

Pour accueillir Le procès de Jeanne d’Arc, qui voit cette incomparable cheffe de guerre interrogée par une assemblée de religieux et de théologiens puis accusée d’hérésie et de sorcellerie, on ne pouvait rêver meilleur écrin que les ruines de l’abbaye de Villers. Là, au milieu de ces pierres rugueuses, dans une scénographie dépouillée et logiquement alimentée par le feu (les lumières seront assurées par des bougies, des braseros, des candélabres et bien sûr, le funeste bûcher), Hélène Theunissen met en scène le destin d’une figure hors du commun.

Comment est née l’idée de mettre en scène Jeanne d’Arc ?

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Tréguier, Bretagne, une ville parfaite en images

Si vous recherchez le meilleur de la Bretagne, l’historique Tréguier constitue la base idéale. C’est parfait pour les amoureux des jardins et de la nature, les marcheurs, les nageurs, les cyclistes et ceux qui aiment bricoler sur l’eau…

La petite ville de Tréguier jouit d’un emplacement idéal au sommet d’une colline, surplombant le confluent de deux rivières immaculées, le Guindy et le Jaudy. Des rues médiévales aux maisons à colombages aux couleurs vives descendent d’une place centrale, serpentant dans des ruelles étroites jusqu’au quai. Des yachts colorés et des bateaux de pêche bordent la marina du Jaudy. Les camping-cars se garent à l’abri des arbres au-dessus du Guindy. De là, le Jaudy est soumis aux marées, coulant vers le nord-est, le long de bois doux et d’une campagne ancienne, pour rejoindre la Manche à seulement quelques kilomètres en aval.

Deux des plus beaux jardins de Bretagne – Kerdalo et le Kestellic – sont à deux pas de chez vous, s’épanouissant à l’abri des rives boisées de la rivière. Un joyau beaucoup plus secret, le Jardin du Pellinec, est caché à côté d’une crique rocheuse sur la Côte de Granit Rose à moins de 16 km. La mer turquoise scintillante est à portée de main, offrant des kilomètres de criques remarquables parsemées de rochers et de sentiers côtiers, où les réserves naturelles insulaires sont entrecoupées de longues étendues de sable argenté.

Au VIe siècle, un pieux Gallois fut contraint de fuir sa chère patrie à la suite de persécutions anglo-saxonnes. Accompagné de sa mère et de plusieurs moines, Tugdual traversa la Manche et descendit l’estuaire du Jaudy. En voyant une colline conique entourée sur trois côtés par des rivières, il fut poussé à jeter l’ancre et sut qu’il avait trouvé le refuge parfait. La colonie de Tugdual devint connue sous le nom de «Landreguer,’ ‘le monastère des trois rivières.’ Autour d’elle s’est développée une ville qui conserve encore le nom original en breton, traduit en Tréguier en français. Bien que complètement détruit par les Normands, l’humble monastère de Tugdual fut reconstruit par l’évêque Gratias vers la fin du Xe siècle, renaissant comme une cathédrale dédiée à Saint Tugdual.

Saint Tugdual couronne toujours la ville mais elle possède désormais trois tours. ‘Tournée Hasting’ C’est tout ce qui reste de l’époque de l’évêque Gratias. Une reconstruction gothique élaborée du XIVe siècle a ajouté une autre tour à balustrade, elle-même dominée par la dernière et la plus haute addition, une tour percée élancée de style régional breton, construite à la fin du XVIIIe siècle. Bien que les anciens vitraux aient été brisés pendant la Révolution, les remplacements modernes jettent encore une touche de magie sur l’intérieur. Les cloîtres du XVe siècle sont parmi les mieux conservés de Bretagne.

vendeur-de-poissons-de-treguierLa cathédrale de Trégiuer est depuis longtemps un lieu de pèlerinage et nombre de ses pèlerins se distinguent par leur richesse particulière. En 1253, un enfant naît d’une branche mineure de la noblesse bretonne au manoir de Kermartin, à Tréguier-Minihy voisin. Il s’appelait Yves. Il a étudié auprès de Thomas d’Aquin à Paris puis a suivi une formation d’avocat à Orléans. En tant que prêtre, avocat et juge, Yves a consacré sa vie à prendre soin des pauvres et des affligés, vivant lui-même une vie de simplicité et d’austérité. Épuisé par ses soins, il mourut le 19ème décédé en mai 1303 à Kermartin, à l’âge de 50 ans. Ses restes furent ensuite enterrés en grand style dans un tombeau en marbre élaboré dans la partie gothique de Saint Tugdual. Comme Saint Yves, il est le saint patron des avocats.

Le Pardon de Saint Yves se déroule à Tréguier le 19ème En mai, les processions transportant ses restes et ceux de saint Tugdual sont accompagnées de fanfares portant des bannières colorées. Le regain d’intérêt pour les coutumes celtiques et la langue bretonne parmi les jeunes générations bretonnes fait de cette fête une fête pour tous les âges. Il n’est pas nécessaire d’être religieux pour en profiter. Que vous soyez pieux, païen ou autre, vous pouvez toujours profiter de l’occasion. La fête foraine arrive en ville et s’installe sur le quai, c’est une belle occasion de faire la fête. Il y a beaucoup de choix pour manger et boire, notamment dans les belles maisons à colombages du centre-ville et sur le quai. Si vous avez envie d’un repas de luxe, un dîner au bord de l’eau à l’Hôtel Aigue Marine est exceptionnel.

Les festivités se concentrent sur la place de la cathédrale, dominée par un homme corpulent en bronze, assis sur un banc. Il s’agit d’Ernest Renan, un fervent défenseur de sa Bretagne natale. Derrière lui se tient Pallas Athéna, déesse de la sagesse. L’inauguration de sa statue juste devant la cathédrale par les citoyens de Tréguier en 1903 fut controversée. Beaucoup pensaient qu’il se moquait de l’establishment catholique, car Joseph-Ernest Renan, né à Tréguier en 1823, était un philosophe révolutionnaire et un spécialiste des religions anticlérical, qui défendait la liberté d’expression religieuse…

Jane Gifford est une écrivaine et photographe spécialisée dans les voyages, les jardins, la faune et les questions environnementales : janegifford.net

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Découvrez combien le diocèse d’Orléans compte d’églises, d’orgues, de processions… grâce à un minutieux inventaire

La Conférence des évêques de France a lancé ses États généraux du patrimoine religieux. Le Loiret y participe et a recensé ses chapelles, cloches, orgues… C’est un état des lieux inédit, fort instructif et parfois étonnant, qui a été mené. La Rep’ vous en dévoile quelques passages.

Depuis septembre 2023, la Conférence des évêques de France s’est lancée dans un grand inventaire. À travers ses États généraux du patrimoine religieux, l’Église catholique veut le connaître mieux. Et chaque diocèse (ou presque) a fait sa part.

Celui du Loiret a rempli sa mission et rendu sa copie à la mi-juin. Les 66 pages d’enquête ont été noircies par les quatre personnes qui ont piloté ce dossier en seulement trois mois. L’état des lieux est instructif. Parfois étonnant.

Combien de basiliques, d’après vous ?

Pascale de Barochez siège à la commission d’art sacré du diocèse et a fait partie de ce quatuor. « Nous savions déjà certaines choses, notamment le nombre d’églises, mais cette enquête nous a permis de resynthétiser tout ça. »

Justement, savez-vous combien le Loiret compte d’églises ? Réponse : 363. Auxquelles s’ajoutent 17 chapelles. Quarante d’entre elles sont classées au titre des monuments historiques. Onze ont été construites après 1905 (loi de séparation de l’Église et de l’État) et appartiennent donc à l’association diocésaine : citons celle d’Amilly, par exemple.

« Il y a plein d’idées pour redynamiser l’Église, ça donne de l’élan »: l’évêque du Loiret tire le bilan du synode diocésain

Trois de ces églises sont même labellisées architecture contemporaine remarquable : Sainte-Jeanne-d’Arc et Saint-Jean-Bosco, à Orléans et Sainte-Thérèse à Vésines (près de Montargis). Le département compte trois basiliques : les avez-vous trouvées ? (*)  

Une n’est pas affectée au culte : la collégiale Saint-Pierre-le-Puellier, à Orléans. Voilà, dans les grandes lignes, pour le patrimoine immobilier.

Processions, orgues…

« Nous avons aussi recensé le patrimoine mobilier : l’art sacré, les créations contemporaines… comme la pietà et le chemin de croix de Jean Anguera, visibles à Givraines ou les peintures de Marius Chatouillat sur la guerre de 14-18, à Saint-Ay. » Il a fallu faire un inventaire de toutes les sacristies et mobilier des églises. « Le pays est très riche d’objets sacrés, souvent en accès gratuit, servant à la culture populaire. Tout n’appartient pas à l’Église. »

250 catholiques, protestants et orthodoxes réunis à l’aube, au Campo santo d’Orléans, pour célébrer Pâques

Le patrimoine immatériel a également été listé, tels que les dévotions, processions et autres pèlerinages. Notamment le concours Top Crèches, la fête des mariniers à Saint-Donatien, le chemin de Compostelle, la route Saint-Michel, le pèlerinage de Sainte-Rose dans l’est du Loiret (Ervauville)… 

Enfin, l’ »environnement sonore des églises » a été passé au crible, avec l’aide du maître de chapelle, Cédric Clément. On parle là des cloches, des orgues mais aussi du carillon de Beaugency. « Le maire d’Amilly a fait construire une tribune et un orgue dans l’église Saint-Firmin« , évoque-t-elle. Qui n’ont pas encore été inaugurés.

… et crapaud protégé

Au-delà de ces précieuses données, cette enquête a été l’occasion d’évoquer la sûreté et le gardiennage de ces lieux de culte, des problématiques environnementales (saviez-vous qu’un crapaud d’une espèce protégée vivait dans la grotte dite du dragon, à La Chapelle-Saint-Mesmin ?) ou encore sur les usages compatibles des églises : expositions, concerts, visites… « Il faut que l’usage s’accorde avec la dignité du lieu et soit apolitique. L’affectataire (l’Église via le curé) et non le maire est seul juge de ce qui peut s’y dérouler », rappelle Pascale de Barochez. Une charte et des documents juridiques pour bien encadrer et harmoniser les pratiques sont d’ailleurs à l’étude, en lien avec l’association des maires du Loiret.

La pasteure de l’Église protestante unie d’Orléans, prend ses nouvelles fonctions après un congé sabbatique

L’enquête finale de ces États généraux sera dévoilée en décembre 2024, date symbolique correspondant à la réouverture de Notre-Dame de Paris.

(*) Basiliques : cathédrale Sainte-Croix, Saint-Benoît-sur-Loire et Notre-Dame de Cléry.

Marie Guibal

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« Le Catho de service », le catholique qui redynamise la foi

« Le Catho de service », le catholique qui redynamise la foi – Valeurs actuelles


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À Céret, une exposition Max Jacob comme pour sauver la France d’elle-même

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Chef d’entreprise, chauffeur ou ingénieur… Ils deviennent prêtres après 40 ans

Loin du tumulte politique, en ce dimanche 16 juin, un pâle soleil rayonne sur la ville d’Antibes (Alpes-Maritimes). Dans la cathédrale, Sébastien Frisina s’allonge sur les pierres froides de cette bâtisse aux allures romanes. Il est ordonné prêtre pour le diocèse de Nice. Dans l’assemblée, sa mère et son frère jumeau, tous les deux non-croyants. Jamais cette famille antiboise n’aurait imaginé qu’un de ses membres puisse devenir prêtre. Et encore moins à 49 ans.

Celui que l’on surnomme « Seb » est l’un des 105 prêtres ordonnés cette année en France. Lui fait partie des vocations dites tardives. Si la moyenne d’âge de ceux qui se destinent à devenir prêtres en France se situe autour de 28 ans, certains, plus âgés, entrent au séminaire après une expérience professionnelle plus longue.

Première vie déjà remplie

D’origine modeste, le père Sébastien Frisina a grandi loin de l’Église catholique. Atteint du syndrome Gilles de la Tourette, sa scolarité douloureuse s’arrête au brevet des collèges. Il apprend le métier de plombier aux côtés de son père. Au cours de cette jeunesse chahutée, il se sent attiré par les églises : « Déjà petit, sans que mes parents le sachent, je voulais toujours y aller. » Un jour, dans une boutique religieuse, il rencontre une vierge consacrée, la première personne à lui parler de Dieu.

Sébastien Frisina devient chauffeur du maire d’Antibes et « rencontre » la Vierge Marie lors d’une procession. « C’est elle qui m’a conduit à Jésus », confie celui qui n’a pas manqué un pèlerinage marial à Antibes depuis cette époque. À 20 ans, il demande le baptême et commence à aller à la messe, seul. Pendant vingt-deux ans, Sébastien « vit à toute allure ». Il travaille beaucoup, traverse quelques aventures amoureuses dont une de plusieurs années. Pourtant le désir de se rapprocher de Dieu devient de plus en plus fort. « Mais je n’osais pas y penser, je ne pensais pas avoir le niveau. » Jusqu’au jour où le curé de sa paroisse ose lui poser la question : « Et si tu devenais prêtre ? »

Quand on lui parle de sa vie d’avant, Louis Kloeckner, 40 ans, sourit. Ordonné prêtre, le 22 juin, pour la communauté Saint-Martin, il a laissé ainsi derrière lui son costume, son ordinateur, ses tableaux Excel et ses salariés. Il était à la tête de sa propre entreprise et appréciait les plaisirs de la vie parisienne. « Je voulais à tout prix ne dépendre de personne », confie-t-il. Issu d’une famille nombreuse de tradition catholique, il s’est détourné de la foi à l’adolescence. Après des études brillantes, il lance une start-up de prêt-à-porter qui se développe et goûte à une vie sociale bien remplie.

Pourtant, il reste sur sa faim. Il se confesse alors pour la première fois depuis une quinzaine d’années. « J’ai beaucoup prié et j’ai demandé au Seigneur qu’il m’indique ce qu’il voulait que je fasse de ma vie. » Du jour au lendemain, il décide de chercher à être « plus proche de l’Évangile ». Il retourne à la messe et se familiarise avec l’idée de devenir prêtre. À 33 ans, il entre au séminaire, devenant ainsi le plus âgé de sa promotion.

Quitter son indépendance

Ces séminaristes, plus âgés, doivent abandonner une partie de leur autonomie, obéir à un supérieur, faire partie d’un groupe qu’ils n’ont pas choisi, assister à des cours magistraux. Pour Sébastien, ce retour en formation a été rude : « J’avais un terrible sentiment d’infériorité, moi qui n’avais pas le bac, je ne pouvais pas faire des études de philosophie et théologie. » Mais il s’accroche et valide ses années, avec les encouragements des professeurs.

Arsène a, lui aussi, éprouvé ses difficultés. Originaire du Burkina Faso, il est entré au séminaire d’Orléans à 45 ans et a été ordonné, le 23 juin, pour le diocèse de Clermont, à 52 ans. Ancien ouvrier d’une compagnie de forage hydraulique, il découvre et accepte sa vocation de prêtre à la trentaine : « J’étais heureux, je parlais de Dieu avec mes collègues puis le désir d’étudier la théologie est arrivé. » Il est trop âgé, les portes du séminaire lui sont fermées dans son pays. Il fait alors de la France sa terre d’accueil où il s’est senti « appelé à consacrer sa vie à Dieu ». Il renonce ainsi à sa vie d’avant, son appartement… et trouve sa place au séminaire avec les plus jeunes.

« Une chance pour l’Église »

Les premières années furent plus douloureuses pour Louis Kloeckner. « Il y avait un grand écart d’âge et d’expérience surtout », se souvient-il, soulignant un décalage de maturité. Aujourd’hui, il regarde cette expérience avec philosophie. « Sur le coup, je ne me rendais pas compte que c’était si difficile. Et puis, j’y ai trouvé mon compte : j’ai appris des plus jeunes. »

Une humilité saluée par Mgr Jean-Marc Micas, président du Conseil pour les ministres ordonnés et les laïcs en mission ecclésiale de la Conférence des évêques de France (CEF). « Ça peut être râpeux pour eux de devoir rendre des comptes à des supérieurs et de vivre en communauté, analyse l’évêque de Tarbes et Lourdes. Mais ils font une très belle expérience qu’ils retrouveront plus tard dans des paroisses. »

Louis Kloeckner espère que ses années comme chef d’entreprise lui seront utiles dans son quotidien de prêtre : « J’ai appris énormément de choses, notamment en management mais aussi en comptabilité, en finances, en art oratoire… » Sébastien Frisina a, lui, déjà pu mettre son expérience en entreprise à profit lors d’un moment de tension au sein du séminaire. « Les autres, qui m’appelaient Papy, m’avaient un peu désigné comme leur délégué et j’ai été chargé de transmettre les doléances au supérieur », raconte-t-il.

Mgr Jean-Marc Micas observe que ce profil de jeunes, ayant déjà eu une vie professionnelle et sentimentale, « semble se développer » parallèlement au phénomène opposé qui voit arriver dans les séminaires des jeunes tout juste bacheliers. « Les très jeunes sont souvent issus de familles chrétiennes, déjà engagées, avec une vie spirituelle développée dès l’enfance, poursuit-il, alors que les profils plus âgés ont une vie personnelle et spirituelle plus cabossée. »

Nombre sont ceux qui ont traversé des moments de doute, voire de tempêtes, où leur foi a pu être mise à rude preuve au gré des échecs et des déceptions. Certains ont été fiancés, ont vécu des ruptures amoureuses, amicales, familiales, professionnelles. « Cette maturité est une chance pour l’Église, estime Mgr Micas. Il faudrait revoir la formation à leur apporter car elle n’est pas parfaitement adaptée à leurs spécificités. »

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Les séminaristes de France en chiffres

En 2024, 105 nouveaux prêtres vont être ordonnés principalement d’ici à la fin du mois de juin, autour de la fête de saint Pierre et saint Paul. Un chiffre en légère hausse par rapport à l’année dernière qui avait vu 88 jeunes devenir prêtres.

D’après l’enquête publiée par La Croix en décembre dernier, la moyenne d’âge des 429 séminaristes interrogés était de 28 ans.

Les profils de 35 ans et plus représentent environ 8 % des aspirants au sacerdoce. Parallèlement, ils sont plus d’un quart à être âgés de moins de 24 ans.

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Les cas de faillite à surveiller après la décision de la Cour suprême des États-Unis concernant Purdue Pharma

L’arrêt rendu jeudi par la Cour suprême des États-Unis, qui a rejeté le règlement de faillite du fabricant d’OxyContin Purdue Pharma, pourrait avoir un impact considérable sur la manière dont les tribunaux des faillites américains traitent les affaires visant à résoudre des litiges tentaculaires.

Voici un aperçu de quelques affaires de faillite en cours qui pourraient être affectées.

DIOCÈSES CATHOLIQUES

Plus d’une vingtaine de diocèses catholiques ont déposé leur bilan ces dernières années à la suite d’une avalanche d’actions en justice intentées par des enfants victimes d’abus sexuels commis par des membres du clergé, à la suite de changements dans la législation des États qui ont permis d’engager de nouvelles actions en justice pour des plaintes plus anciennes concernant des abus sexuels. Les archidiocèses de San Francisco, Baltimore et La Nouvelle-Orléans, ainsi que plusieurs grands diocèses de l’État de New York et de Californie, figurent parmi les organisations catholiques actuellement en faillite.

Dans l’affaire Purdue, la Cour suprême a déclaré que la loi américaine sur les faillites ne permettait pas aux tribunaux d’effacer des créances légales à l’encontre de parties qui n’ont pas elles-mêmes déposé leur bilan sans le consentement de ceux qui les poursuivent.

Les parties extérieures contribuent souvent au financement d’un règlement de faillite en échange d’un bouclier juridique qui les protège contre les poursuites actuelles et futures. Ces « libérations de non-débiteurs » sont apparues à l’origine dans le contexte des litiges liés à l’amiante, mais leur utilisation s’est généralisée.

En l’absence de quittances de non-débiteurs offrant des protections juridiques en échange de fonds de règlement, les organisations catholiques seraient contraintes à un choix « destructeur », a déclaré la Conférence des évêques catholiques des États-Unis dans le mémoire qu’elle a déposé en soutien à Purdue. Le choix serait, selon elle, soit de payer moins aux survivants et de permettre la poursuite de « litiges fragmentaires » contre d’autres défendeurs, soit de passer par « l’énorme gâchis et la dépense » d’une procédure de faillite séparée et dupliquée pour chaque entité catholique qui pourrait être nommée dans un procès.

La protection des non-débiteurs contre les poursuites judiciaires est un élément « essentiel » de ces faillites, qui permet aux diocèses de recueillir les contributions des assureurs, des paroisses, des écoles catholiques et d’autres organisations qui pourraient également être responsables des plaintes pour abus, selon le mémoire des évêques catholiques.

La faillite du diocèse de Rockville Centre, sur l’île de Long Island à New York, qui se trouvait déjà sur un pied d’égalité avec Purdue, est un exemple de l’importance et de la controverse que peuvent revêtir les libérations des non-débiteurs.

Dans ce cas, les victimes d’abus ont massivement rejeté une offre de règlement de 200 millions de dollars après que leurs avocats eurent fait valoir que les paroisses non faillies et d’autres organisations catholiques devraient contribuer davantage au règlement.

Ces organisations extérieures ont fourni 150 millions de dollars sur les 200 millions de dollars proposés par le diocèse, et il n’était pas certain qu’elles apportent une telle somme sans la promesse d’une libération des débiteurs.

BOY SCOUTS D’AMÉRIQUE

Le règlement de 2,46 milliards de dollars de la faillite des Boy Scouts of America concernant 82 000 plaintes pour abus sexuels pourrait également être menacé, bien que l’organisation soit sortie de la faillite il y a plus d’un an. Un groupe relativement restreint de 144 plaignants et certaines compagnies d’assurance ont continué à faire appel de l’approbation du règlement par un juge des faillites américain, et l’arrêt Purdue pourrait donner de l’eau au moulin des opposants au règlement.

Les Boy Scouts of America, tout comme les diocèses catholiques, ont utilisé des quittances de non-débiteurs pour recueillir des contributions au règlement auprès d’autres organisations susceptibles d’être poursuivies pour abus, notamment des assureurs, des conseils locaux de Boy Scouts, des organisations caritatives non affiliées et des églises qui géraient des programmes de scoutisme.

Ces organisations ont apporté la majeure partie des fonds nécessaires au règlement, tandis que l’organisation nationale des Boy Scouts, relativement pauvre en liquidités, a apporté des actifs moins liquides, tels qu’une collection de peintures de Norman Rockwell, évaluée à 59 millions de dollars.

Les Boy Scouts of America ont également déposé un mémoire dans l’affaire Purdue, demandant à la Cour suprême de s’assurer que sa décision ne s’applique pas rétroactivement à des cas de faillite plus anciens, affirmant qu’il serait « profondément inéquitable et pratiquement impossible » de forcer la reprise des pourparlers de règlement si tard après l’approbation de l’accord de faillite.

AUTRES AFFAIRES DE DÉLITS DE MASSE

La décision Purdue sera largement ressentie dans les affaires de délits de masse, car il sera plus difficile pour les débiteurs de recueillir des contributions de règlement auprès de parties extérieures, telles que les assureurs et les propriétaires de sociétés, qui sont également responsables des procès qui ont conduit une société à la faillite.

Il y a eu moins de nouvelles faillites pour délits de masse cette année, en partie à cause de l’incertitude liée à l’arrêt Purdue de la Cour suprême et du rejet très médiatisé de procédures de faillite litigieuses engagées par les riches sociétés Johnson & Johnson et 3M. Toutefois, certaines affaires plus anciennes de délits de masse sont encore en cours d’examen par les tribunaux.

Parmi les autres faillites en cours impliquant un grand nombre de poursuites, citons la chaîne de pharmacies Rite Aid, l’entreprise de santé pénitentiaire Tehum Care et l’entreprise de sécurité incendie Kidde-Fenwal.

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Dans la tête de catholiques d’extrême droite

Ils sont catholiques et votent pour l’extrême droite. Dans l’Aisne, département où le Rassemblement national a réalisé un score historiquement haut (50,64 %), Marie-Thérèse, 74 ans, sort de la messe avec sa fille et sa petite-fille, en ce dimanche 16 juin, dans l’église de Chauny. Ancienne animatrice en pastorale, qui a élevé seule ses six enfants, Marie-Thérèse confie avoir voté aux élections européennes du 9 juin pour la liste RN menée par Jordan Bardella. Elle « l’a senti ».

« Bardella, quand il parle, on a l’impression qu’il vous écoute », renchérit sa fille. Le RN, reprend Marie-Thérèse, « on n’a jamais essayé ». Pour elle, être catholique, « ça ne change rien » : « Je ne vais pas regarder dans la Bible ce qu’il faut faire en politique. Ce que je retiens de l’Évangile, c’est d’aimer. »

Comme elle, les catholiques pratiquants, même les plus réguliers dans des proportions moindres, sont de plus en plus nombreux à voter pour l’extrême droite, selon une étude Ifop pour La Croix à l’occasion des élections européennes. Mais comment l’expliquer, alors que d’autres catholiques s’indignent et pointent une incompatibilité au nom des valeurs de l’Évangile à voter pour l’extrême droite, qui porte notamment la « préférence nationale » ?

Défense des « valeurs chrétiennes »

Plus encore que Marie-Thérèse, certains défendent résolument une forme de continuité entre leur foi et leur vote pour le RN ou Reconquête !, et ce au-delà des cercles de l’extrême droite catholique traditionnelle. Le vote d’extrême droite attire aujourd’hui plus largement des catholiques qui défendent ce qu’ils pensent être l’identité chrétienne de la France, craignent l’immigration et le « libéralisme culturel ».

À l’image de Jean-Baptiste (1), 21 ans, qui déplore le déclin des valeurs traditionnelles, qu’il identifie aux valeurs chrétiennes. Étudiant dans une prestigieuse école de commerce, il s’est abreuvé des classiques de la philosophie – Aristote, saint Augustin, saint Thomas – pour chercher « ce qui donne sens à notre existence ». Il en retire que, depuis que « les valeurs proposées par l’Église sont remises en cause », l’humanité connaît « un déclin anthropologique profond ». Un constat qui se cristallise, selon lui, sur la bioéthique : « En légalisant l’avortement, et aujourd’hui avec la loi sur l’aide à mourir, on lève l’interdit de tuer qui nous a permis de vivre ensemble pendant des siècles. »

Dénonçant une société matérialiste et sans âme, le jeune homme regrette l’abandon d’une forme de tradition. À commencer par l’amour pour la patrie : « Aujourd’hui, on ne fait que se plaindre de nos erreurs historiques alors qu’on a une histoire magnifique, dans ses prouesses et ses faiblesses. »

Au lendemain de l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale, Jean-Baptiste s’est indigné devant des images d’une manifestation contre l’extrême droite à Nantes, où un drapeau français est arraché d’une fenêtre. « Je me suis dit qu’on avait échoué à transmettre les valeurs françaises et l’amour de ce pays », confie-t-il. En votant à l’extrême droite, il a l’impression de « défendre l’identité de la France et ses racines chrétiennes » qu’il sent « profondément en danger ».

Refus d’une société multiculturelle

Mais d’où viendrait ce « danger » ? De ce qu’il appelle le « progressisme déconstructiviste » et de l’immigration. « Elle met en danger notre civilisation et notre religion : les gens qui arrivent sont issus d’une religion qui est tout autre, et la cohabitation risque d’être difficile pour les chrétiens », estime-t-il, visant directement l’islam. Prenant ses distances avec la vision du pape François qui promouvait, par exemple, à Marseille la « convivialité des différences », Jean-Baptiste assume résolument ne pas croire en la possibilité d’une société multiculturelle.

« La réalité des nations, c’est d’avoir une culture très précise », soutient-il, allant jusqu’à dire que « deux cultures sur un même sol, cela peut mener à la guerre civile ». Et pour lui, insécurité et immigration vont de pair. Il cite comme une évidence les émeutes de juin 2023 qui pourtant concernait essentiellement des Français. « Ils ont une carte d’identité, mais est-ce qu’ils se sentent français, est-ce qu’ils aiment leur pays ? », interroge-t-il.

Thibault, 21 ans, ancien étudiant d’une université catholique, aujourd’hui en master de relations internationales à Paris, fait, lui aussi, un lien entre sa conception de la nation, qui se doit d’être culturellement homogène, et sa foi catholique : « Le commandement “Tu honoreras ton père et ta mère” est central : il s’agit de conserver ce que nous ont transmis nos parents, nos grands-parents. Il faut protéger sa terre. » Contre le danger supposé que ferait peser l’immigration, selon lui, même s’il considère qu’il faut accueillir les « réfugiés de guerre ».

« La charité, c’est aider la personne en bas de chez soi »

Certains assument des positions encore plus radicales. Pour Adrien (1), 26 ans, catholique d’origine portugaise, le danger, c’est « le grand métissage ». Citant la théorie complotiste antisémite du « plan Kalergi », le jeune homme, cadre dans l’industrie, qui a grandi dans un quartier populaire parisien, soutient que « les élites mondialistes » ont un plan consistant « à mélanger les populations pour leur enlever leurs racines ».

Ayant grandi avec des musulmans, Adrien n’a pourtant pas de problème particulier avec l’islam, dont il partage certaines valeurs : « Je me sens plus proche des musulmans sur certains principes comme la famille, la défense de la vie ou le sens du sacré, que des gauchistes anticléricaux. » Attaché à la justice sociale, il apprécie le RN qui est « à gauche sur l’économie et à droite sur l’immigration et la laïcité ».

Mais comment ces catholiques d’extrême droite peuvent-ils concilier le rejet de l’immigration avec l’Évangile appelant notamment à accueillir l’étranger ? Perçoivent-ils une tension ? « On entend souvent qu’au nom de la charité, on devrait accueillir. Et je peux le comprendre !, pose Jean-Baptiste. Mais il ne faut pas dévoyer le fait que la charité est toujours personnelle et jamais politique : la charité, c’est aider la personne en bas de chez soi. Cette vertu doit toujours être mise en balance avec le bien commun. » Un bien commun entendu pour lui comme celui de la nation, qui serait mise en péril par l’arrivée d’étrangers. « Avec l’immigration, on parle de masses, insiste Jean-Baptiste. Ce n’est pas cinq personnes qu’on va accueillir dans un esprit de charité, en prenant soin d’eux. »

« Le prochain, c’est celui qui est proche », renchérit Adrien, qui estime aussi que la charité se vit uniquement dans les situations interpersonnelles et pense qu’« aimer quelqu’un à 10 000 km, ça n’existe pas » : « L’amour, c’est quelque chose de concret qui s’adresse à une personne concrète. » Pour lui, limiter l’immigration, c’est aussi défendre les immigrés : « Ces personnes vont devenir livreurs Uber, être payées au lance-pierre. Je pense que ce n’est souhaitable pour personne. »

Pour eux, la gauche fait figure de repoussoir. « Je veux limiter l’emprise de ceux qui sont contre les catholiques », lance ainsi une électrice RN, la cinquantaine, à la sortie de la cathédrale gothique de Laon (Aisne), samedi 22 juin. Elle accuse la « gauche » de vouloir « fermer les écoles catholiques ». Pour cette ancienne acheteuse, il ne fait aucun doute que « la religion a toujours été menacée par la gauche, comme à Cuba ou en URSS ».

Dans le sillage des combats contre le « mariage pour tous », la question des personnes LGBT agit aussi comme un marqueur du vote d’extrême droite catholique. « Macron et Les Républicains sont beaucoup trop progressistes sur ces questions, tranche Thibault. Je pense qu’on peut être homosexuel ou transgenre, mais je n’aime pas qu’on en fasse la promotion, parce que c’est ce qui fait disparaître la famille », juge celui qui pense que « ces modèles familiaux ne correspondent pas à ce qui est souhaitable ». Une vision profondément contestataire des évolutions de la société qui est l’un des ressorts principaux du vote catholique d’extrême droite.

(1) Les prénoms ont été modifiés.

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